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Quantum Break

Une histoire de temps

À l’image de Naughty Dog, Remedy s’est taillé une renommée d’exception dans le paysage vidéoludique, à tel point que seule l’évocation du célèbre studio suffit à générer l’impatience. Comment imaginer que les esprits tortueux qui ont accouché de Max Payne puissent ne livrer autre chose qu’un excellent jeu ? Remedy, c’est une marque, un gage de qualité, la garantie du travail bien fait qui vous invite à claquer une cinquantaine d’euros les yeux fermés, sans éplucher les dizaines de critiques publiées en amont. Au-delà de la vitrine technologique et des gros billets misés par Microsoft sur Quantum Break, la dernière œuvre de Remedy est une invitation à réfléchir sur ce qui différencie une production vidéoludique d’une production tournée caméra à la main avec des êtres fait de chair et d’os. Quantum Break, c’est surtout l’occasion de réaliser que réunir le meilleur de ces deux mondes a tout de la fausse bonne idée.

Jouons cartes sur table : Alan Wake était l’un des meilleurs jeux de la génération précédente. Il n’inventait pas grand-chose, il était loin d’être parfait, mais tout ce qu’il entreprenait, il le réalisait avec le cœur, avec les tripes, dans une véritable déclaration d’amour à la littérature et au fantastique. Autrement dit, les mains d’orfèvres de Remedy étaient parvenues à accoucher d’une œuvre atypique, sans égal, qui cumulait pourtant quelques tares difficilement dissimulables. En voulant découper leur jeu en épisodes distincts, à l’image d’une série télé, Alan Wake fracassait son rythme et s’enfonçait dans une voie sans issue. Là où la démarche est compréhensive sur un plan économique pour des jeux dont la sortie est diluée sur plusieurs mois, elle l’est beaucoup moins pour un titre qui sort dans son intégralité à un moment déterminé. Cette volonté futile de se rapprocher d’une série télévisée est poussée à son paroxysme dans Quantum Break. Le titre de Remedy est à nouveau divisé en épisodes, qui sont eux-mêmes entrecoupés par des épisodes tournés en live-action. Une belle manière de fracasser le rythme du jeu déjà chaotique, à travers une série qui met en scène les protagonistes qui ont prêté leurs traits aux personnages du jeu. C’est indéniable, le casting est assez impressionnant puisqu’il réunit des visages connus comme ceux de Shawn Ashmore (X-Men), Dominic Monaghan (Le seigneur des anneaux) ou encore Aiden Gillen et Lance Reddick, deux acteurs de l’excellente série The Wire. Cette jolie petite troupe s’active autour d’une histoire de faille temporelle et de voyage dans le temps qui perds progressivement de son intérêt, justement à cause de ces soucis de narration bâtarde. Un véritable somnifère qui ne manque pas pourtant de très bonnes idées. Quantum Break, c’est à la fois l’évolution logique d’Alan Wake, tout en étant son négatif.

Il était évident que Remedy allait poursuivre son exploration cross-média. Sauf que le principe de lier une œuvre vidéoludique à ce qui ressemble de loin à une courte saison de série télé ne prends définitivement pas. L’interprétation est globalement bonne, la réalisation est quelconque, la mayonnaise ne prend pas. Pire, elle devient indigeste quand le jeu est immédiatement confronté à ses propres failles : la motion capture, c’est bien beau, mais il n’y a rien de pire que de voir à quel point celle-ci n’est pas parfaite lorsque le titre offres des séquences réelles avec les mêmes acteurs. Si le jeu échoue donc là où son prédécesseur faisait encore preuve de retenue, il réussit justement là où Alan Wake se vautrait quelque peu : dans le gameplay. Du début à la fin, Remedy est parvenu à mettre en place une escalade impressionnante de pouvoirs en tout genre qui permettent d’offrir de belles scènes d’action nerveuse où l’ennui est relégué au fond de son trou. Depuis Max Payne, le studio n’était jamais parvenu à retrouver un tel niveau de sensation. C’est grisant, c’est jouissif, quand bien même il est nécessaire de passer par l’éternel arbre de compétence qui permet d’améliorer au fur et à mesure les pouvoirs du héros. Paradoxalement, Quantum Break laisse une impression d’inachevée, comme s’il manquait quelques scènes d’action pour pleinement profiter de l’excellente prise en main. On ne peut définitivement pas reprocher à Remedy d’innover, d’explorer de nouveaux horizons, dans ce qui ressemble de plus en plus à une quête de l’œuvre cross-média parfaite. À vrai dire, aujourd’hui, ce sont les seuls qui semblent aptes à trouver le compromis ultime, la formule idéale qui permettra d’étendre les frontières d’un jeu. En attendant, Quantum Break, c’est surtout l’énième preuve que le jeu vidéo n’est jamais meilleur que lorsqu’il s’inspire d’autres médias, plutôt que lorsqu’il en copie bêtement les codes.

QB Review 02

Par Sholid le

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