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Batman, Arkham Knight

Démons intérieurs

Ce soir, Batman va mourir. Cette première phrase interpelle dans un premier temps, comme une vague provocation à laquelle on ne peut pas croire. À laquelle on ne veut pas croire. Puis elle s’enlise, s’enracine dans votre matière grise, et finit par résonner comme une maxime, une menace qui pèse au fil des heures passées à parcourir Gotham dans la peau du Chevalier Noir. Et si c’était vrai ? Et si l’heure était venue pour Batman de rencontrer son créateur ? La série des Batman Arkham n’a jamais eu pour ambition de révolutionner la vision du super héros créé par Bob Kane. Mais d’une certaine manière, elle l’a pourtant fait. Au-delà d’être la meilleure retranscription vidéoludique de l’histoire de Bruce Wayne vue à ce jour, la trilogie engendrée par Rocksteady est peut-être l’une des meilleures adaptations que ce bas monde ait à offrir. Tous formats confondus. Non seulement parce qu’elle rassemble toutes les figures emblématiques des comics originaux, mais surtout parce-qu’elle a su centrer son intrigue globale autour d’un aspect simple, mais primordial dans la mythologie du Chevalier Noir : sa relation avec le Joker.

Et quels que soient les différents avis que vous avez pu lire sur cet ultime épisode, tous s’accordent à dire qu’il est bien la conclusion que le peuple méritait. On entend souvent des voix s’élever sur l’omniprésence de la Batmobile, l’absence de certaines figures emblématiques de la trame principale, du côté plus bourrin de cet épisode, ou encore de l’aspect redite de certaines quêtes annexes qui sont véritablement interminables. Et tout cela est vrai. Mais à constamment vouloir juger les jeux vidéos comme une succession de plus et de moins, à qui on attribue des bons et des mauvais points, certains critiques en ont oublié ce qui fait la substantifique moelle d’un bon divertissement : le ressenti. Et la chose que n’importe quel joueur normalement constitué va ressentir en prenant ce maudit pad, c’est avant tout une trique monumentale. C’est un fait, jamais un jeu de super héros n’a joui d’une telle jouabilité, d’une sensation de pouvoir aussi jubilatoire, ou bien d’une si profonde variété dans sa manière d’appréhender les situations. Que ce soit dans le système de combat (maintes fois copié, jamais égalé), ou bien dans les phases d’infiltration dont on ne se lasse pas. Si vous vous imaginez un truc à faire dans le jeu, c’est probablement possible. La foule de gadgets (dont pas mal de nouveaux) est d’ailleurs là pour sans cesse renouveler l’expérience, tout comme la possibilité de se battre avec Robin, Nightwing et Catwoman. Planer d’un gratte-ciel à l’autre, se propulser dans les airs, avant de multiplier les attaques-surprises dévastatrices. Tout ceci n’est pas seulement possible : c’est surtout fortement recommandé. C’est parce qu’il ne peut pas tirer de lasers avec les yeux que Batman est aussi grisant à jouer. Il n’est qu’un homme. Un type qui fascine par sa capacité exponentielle à s’élever au dessus de sa propre condition. Il est le fantôme de Gotham, l’ange gardien. Le héros masqué par excellence, que les scénaristes de Rocksteady se sont amusés à dynamiter petit à petit, révélant l’humain qui se cache sous la carapace. Le cœur de la bête.

À ce stade des choses, on ne pourra pas décemment parler du scénario sans vous révéler l’un des aspects majeurs d’Arkham Knight. Un événement qui intervient au bout d’une petite heure de jeu, et qui bouleverse une fois de plus la vision initiale qu’on se faisait de ce titre. Si vous ne voulez pas plus de révélations, tirez-vous de cette page tant qu’il en est encore temps. Au-delà de cette jouabilité au poil, ou de cette direction artistique absolument démentielle (qui se rapproche d’ailleurs plus de Burton que d’un Nolan), c’est bien le traitement du personnage de Batman qui est au centre de toutes les attentions. Qui est Bruce Wayne ? Quels sont ses démons intérieurs ? Jusqu’où justifie-t-il son besoin de violence, et la jouissance qu’il en tire ? Depuis la première seconde d’Arkham Asylum, sa relation avec le Joker est le fil rouge de la série. Elle porte les fondements même du personnage de Batman. Son ennemi juré est la parfaite antithèse du héros masqué. Il n’est donc pas surprenant que le Joker soit une fois de plus la vraie menace de ce nouveau Batman. À la différence près que celle-ci est bien plus vicieuse : elle le ronge de l’intérieur. Bien que mort, le Nemesis de la chauve-souris continue à vivre dans son cortex cérébral. Il apparait sans cesse, lui parle, le commande, le provoque à la moindre occasion, et pousse de plus en plus pour prendre le contrôle de Batman, qui se transforme progressivement en l’homme qu’il méprise le plus sur cette planète. Plus que jamais, les deux hommes sont les deux faces d’une seule et même pièce. En bref, Batman devient le Joker. Ils sont liés, l’un ne pouvant exister sans l’autre. Une thématique récurrente dans les comics de Frank Miller, et initiée dans le cultissime Killing Joke. A défaut d’être totalement originale, l’histoire reste néanmoins inédite dans l’univers de Batman, et sa conclusion épique restera à jamais gravée dans les mémoires. Grandiose, tout simplement.

Batman AK - VERDICT

Par Yox le

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