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No Man’s Sky

Time is a flat circle

Depuis qu’Armstrong a posé son premier pied sur la lune, la conquête spatiale autrefois fantasmagorique a pris une tournure étrangement concrète. Les spectaculaires progrès de la science repoussent toujours plus loin les frontières de la voie lactée, donnant à l’imaginaire collectif une quantité croissante de matière aux rêveries les plus insensées. Il ne faut pas trente secondes avant de comprendre que No Man’s Sky s’adresse principalement à cette version de vous même qui s’allongeait dans l’herbe fraiche 10, 15 ou 20 ans plus tôt, à compter les étoiles en se posant l’éternelle question que des millions se sont posée bien avant vous : y-a-t-il quelque chose d’autre ? Quelqu’un qui nous attend derrière cette fresque infinie de constellations étincelantes ? Bien que la réponse ne soit qu’à 100% fictive, No Man’s Sky entend bien sustenter de manière ouvertement artificielle cette soif incessante de découverte. En utilisant un savant mélange d’algorithmes, la principale force du titre d’Hello Game consiste à offrir un authentique sentiment de découverte. L’univers de No Man’s Sky est composé de millions de systèmes solaires, tous peuplés de différentes planètes, de lunes et de trous noirs. Avec comme destination plus ou moins explicite le noyau central de ce vaste univers, le postulat de départ promet beaucoup. Mais au fil des années lumières, l’ennui s’empare hélas du voyageur, las d’avaler des distances vertigineuses pour au final se retrouver à faire la même chose, encore et toujours.

Les premières heures du voyage se placent pourtant sous le signe l’émerveillement perpétuel. Passé l’énorme déconvenue technique, les textures d’une pauvreté extrême et le moteur graphique qui se débat dans sa propre incapacité à afficher un élément à plus de 25 mètres, No Man’s Sky se laisse aborder comme une étrange créature. Au fond d’un cratère, vous débutez votre périple sur une planète à la topographie générée de manière procédurale, peuplée d’animaux créés aléatoirement, et d’une flore qui répond au même traitement. A seulement quelques mètres, la carcasse fumante d’un vaisseau que vous allez devoir réparer en collectant des ressources dans l’éden qui vous entoure. Dans ces premières minutes à la saveur unique, tout est sujet à l’étonnement, toujours envahi de ce sentiment hautement gratifiant d’être pionnier. Un titre qui vous octroie le droit de renommer tout ce dont vous allez croiser la route, comme le moyen d’affirmer un sentiment d’appartenance qui semble vous revenir de droit. Atmosphère toxique, planète congelée, toundra turquoise, herbe violacée, désert aride, ou lunes dépouillées, les environnements s’enchaînent dans un déferlement de flatteries rétiniennes. De quoi oublier que No Man’s Sky s’avère surtout être un jeu de collecte, pour ne pas dire de survie. Très vite, la contemplation va laisser place à un forage des plus intenses. L’aspect spirituel, pratiquement philosophique cède à un capitalisme des plus cartésiens. Trouver, extraire, vendre, recommencer. Le tout en évitant les sentinelles de l’Atlas, qui semblent agir comme une police dans l’univers entier (pour ne pas dire une dictature). Le but ? Accumuler les devises.

Obtenir un meilleur vaisseau, de meilleurs équipements. Jusqu’au point où vous serez fin prêt à vous hyperpropulser jusqu’au centre de la galaxie. S’amorce alors un long rush vers l’infini, qui hélas pousse bien vite le concept de No Man’s Sky dans ses derniers retranchements. À quelques variantes près, ce sont toujours les mêmes planètes, les mêmes biomes, les mêmes atmosphères, les mêmes avant-postes, les mêmes ruines, les mêmes grottes, les mêmes aberrations de la nature. Et on exagère à peine sur ce point. Le bestiaire de No Man’s Sky ressemble aux gestations tordues d’un désaxé qui aurait démembré l’intégralité de l’arche de Noé pour en faire des êtres difformes. À vous les joies des bipèdes géants hideusement affublés d’une gueule de poulet, ou des mouflons radioactifs aux ailes de chauves-souries. S’il y a du bon, il y a surtout beaucoup du ridicule, de l’obscène, et occasionnellement de l’atroce pur et simple. Le sentiment de tourner en boucle se fait alors de plus en plus insistant. Prise dans ce sens, la symbolique du titre d’Hello Games frôle pratiquement le nihilisme. Pourquoi avancer ? Pourquoi continuer ? Y’a-t-il vraiment quelque chose ? L’ultime compréhension ? La clé de la connaissance de tous les langages ? Une réflexion poussive sur l’idée que l’homme n’aura finalement rien fait d’autre que de tuer, détruire, et piller un monde autrefois en parfaite harmonie ? À moins que ce ne soit une énième allégorie du poncif qui consiste à affirmer que l’important n’est pas la destination, mais tout le putain de voyage. Qu’importe. La véritable conclusion de No Man’s Sky a au moins le mérite d’être cohérente avec le reste du jeu : la vie, c’est surtout un éternel recommencement.

No Man's Sky REVIEW 02

Par Yox le

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