Pour améliorer votre expérience , nous utilisons des cookies sur notre site Web.
Si vous continuez à naviguer sur ce site, vous acceptez d'utiliser des cookies sur le site Internet Sick Magazine . Ok En savoir plus

Far Cry Primal

Aux sources de la civilisation

Il y a quelque chose de profondément fascinant dans l’idée de s’affranchir totalement des codes imposés par notre société moderne. Bien avant de jouir des privilèges d’un Etat de droit, l’Homme évoluait dans une conception bien plus primitive du contrat social. On se baladait souvent à poil, un arc rudimentaire à la main, du sang séché sous les ongles, une peau de louveteau en décomposition autour du cou, prêt à jouir d’une liberté inhérente à l’Homme réduit à son état naturel. Bien que l’on fasse tout pour prétendre le contraire, nous sommes tous, et nous resterons à jamais des animaux. Far Cry Primal est la parfaite incarnation de cet état de nature Hobbesien. Une éternelle lutte pour la survie du plus fort, qui respecte à la lettre la célèbre maxime du Homo Homini Lupus Est. L’Homme est un putain de loup pour l’Homme, bien plus dangereux que n’importe quel ours des cavernes balafrés, mammouth pachydermique, ou encore tigre à dents de sabre. Cette mise en scène de l’homme totalement libre qui lutte pour la propre survie reste une véritable fascination de notre société moderne. C’est un catalyseur dans la littérature, le cinéma, la fiction théâtrale jusqu’à la télé-réalité. En choisissant de nous ramener à l’ère du Néolithique, Ubisoft a donc plus ou moins consciemment répondu à un fantasme collectif.

Il n’est donc pas foncièrement étonnant de voir à quel point une version plus dépouillée du gameplay de Far Cry 4 reste à ce point accrocheuse. Sans véhicule, sans arme à feu, sans explosif, sans deltaplane, sans wing-suit, le gameplay du FPS d’Ubisoft est réduit à sa plus simple expression. Simple, mais diablement efficace. Le trop est l’ennemi du mieux, et le retour aux sources effectué par Far Cry Primal en reste la parfaite incarnation. La question est légitime, elle est même un peu dérangeante : pourquoi prend-on autant de plaisir à virtuellement exploser le crâne d’un assaillant hostile avec un gourdin à deux mains, ou bien à transpercer un ennemi d’un grand coup de sagaie en plein visage ? Pourquoi prend-on autant notre pied à chasser des animaux devant un écran 4K, alors que le supermarché le plus proche n’est qu’à quelques minutes ? Pour un être humain, jouer à Far Cry Primal doit être l’équivalent d’un chat qui joue avec sa sourie en plastique. Sous le masque du divertissement, c’est une véritable stimulation de nos instincts les plus primitifs qui s’opère. Une belle purge aux racines de notre espèce. Et c’est probablement ce qui rend le jeu fondamentalement génial. Sur le papier, le Primal n’est pourtant pas exempt de défauts. L’intelligence artificielle peut parfois être à la ramasse, les missions annexes sont souvent répétitives, et le scénario n’existe pas. À côté de ça, certains éléments de gameplay inhérents à la série Far Cry trouvent tout leur sens. C’est notamment le cas de la chasse, et surtout du craft d’objets. Si vous voulez un manteau plus épais, quoi de plus logique que de partir à la traque d’un Rhinocéros laineux ?

Dans le pire des cas, ce sera une nouvelle excuse pour explorer le monde d’Oros, véritable point fort du jeu. En plus d’être visuellement assez sublime, la carte du Far Cry nouveau est surtout le reflet d’une vie qui existe au-delà des simples interactions du joueur. Vous n’êtes qu’un organisme de plus dans un monde ouvert qui regorge de prédateurs, de pièges, d’une faune luxuriante, d’animaux légendaires et de peuples oubliés. Vous y ferez des rencontres dangereuses, morbides, scatophiles et meurtrières. Vous allez même vous prendre une golden shower parfaitement exécutée. Mais au-delà de certaines excentricités, le monde d’Oros possède une véritable valeur contemplative, qui relèverait presque du documentaire. Les rencontres fortuites peuvent aller de la meute de loups, au voyageur solitaire en train de s’acharner sur un cadavre décapité en hurlant. Vous aller voir des femmes qui pleurent leurs défunts camarades à côté d’un ours rassasié, vous allez interrompre des parties de chasse, et vous serez souvent stoppé par la beauté renversante des décors. Vous allez même pouvoir trouver et apprivoiser des prédateurs, qui seront d’une grande aide dans votre périple primitif. C’est d’ailleurs la seule vraie nouveauté du jeu, qui donne lieu à des traques aussi longues que jubilatoires. Il faut bien l’admettre, il y a un truc d’assez fou à observer votre jaguar de compagnie décimer un camp tout entier. Le sentiment de puissance qui en résulte est grisant. Si le jeu fait l’éloge de l’homme primitif chasseur / collecteur dans toute sa splendeur, il n’en oublie pas pour autant le concept de sédentarisation. En améliorant votre village au fil de l’aventure, Far Cry Primal ouvre également une fenêtre sur ce que la société est destinée à devenir. Comme l’illusion d’une vie paisible, avant de rebasculer dans un océan de brutalité. Le paradoxe humain dans toute sa splendeur.

FC Prima REVIEW 02

Par Yox le

Plus de lecture