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Beyond, Two Souls

Ni film, ni jeu

Avec la belle Ellen Page et l’énorme Willem Dafoe à l’affiche de son dernier jeu, le studio Quantic Dream affirme une fois de plus sa volonté de briser les frontières entre le monde du pixel et celui du septième art. Si The Last of us ou bien le Walking Dead de Telltales nous rappellent constamment que la ligne se fait de plus en plus floue, l’équipe du français David Cage en a clairement fait son fonds de commerce. Armé jusqu’aux dents par une technologie motion-capture de pointe, et fort du succès du polar interactif Heavy Rain (qui nous avait quand même bien retourné le cerveau), Beyond Two Souls reste néanmoins loin du coup d’éclat tant attendu. La source du problème: Beyond n’est pas un film, Beyond n’est certainement pas un jeu, et pourtant, Beyond n’est pas non plus totalement à jeter.

NI FILM

Comprenez par là que malgré tout un tas de soucis assez rédhibitoires, on parvient tout de même à se plonger dans la vie de la fameuse Jodie Holmes et de son acolyte, l’entité fantomatique Aiden. Et c’est d’ailleurs bien là le principal. Aiden est là depuis à peu près aussi longtemps que Jodie peut s’en rappeler: de ses terreurs nocturnes d‘enfant, en passant par les froides nuits passées dans la rue, jusque dans les missions à hauts risques effectuées pour le compte de la CIA. Car oui, la trame ne manque pas d’événements marquants, étirés sur une frise chronologique qui retrace une bonne quinzaine d’années de l’existence de notre héroïne, que le joueur vivra par bribes, à grand renfort de flashback / flashforward / ellipses et autres procédés stylistiques qui servent de temps à autre le scénario, et bien souvent disons-le franchement: à rien. On aurait presque l’impression d’assister à la crise existentielle d’un jeune réalisateur prétentieux, qui use et abuse de toute une panoplie d’effets fraichement acquis dans une école de cinéma à 15 000 euros l’année. N’y voyez aucune attaque personnelle, mais David Cage est à peu près aussi bon cinéaste que je suis doué pour le bilboquet. Et il faut bien reconnaitre que pour un jeu vidéo dont la fiche technique figure sur Allociné, ça fait quand même un peu tache. De manière assez frustrante, on alterne donc passages vraiment (mais vraiment) exceptionnels, avec d’autres séquences qui se lamentent sans cesse dans le pathos, et dont la narration over-morcelée compromet sérieusement toute notion d’immersion.

NI JEU

Pour faire simple, on voit ce qui se passe à l’écran, on comprend pleinement l’amplitude émotionnelle de ce que l’héroïne ressent, mais on peine fatalement à le vivre à ses côtés. Paradoxalement, on en vient à plus s’émouvoir sur la performance absolument sublime de Willem Defoe, qui vaut à lui seul le temps passé sur le jeu. Bien entendu tout est subjectif (spécialement lorsqu’il s’agit d’art), et du vécu de chacun dépendra l’intensité de l’attachement fait aux différents personnages. Mais dans l’ensemble (et c’est là qu’ Heavy Rain fonctionnait à merveille), la restriction de choix moraux et autres dialogues décisifs n’a eu pour effet que d’avoir un impact négatif direct sur ce lien tant recherché entre le protagoniste de pixel et le joueur de chair et de sang que vous êtes. Mis à part le final, les décisions cornéliennes ont disparu, cloisonnant peu à peu le joueur entre 4 murs. Ce sentiment d’être captif d’un déroulement scripté à la lettre étonne, surtout que l’aspect jeu vidéo de Beyond aurait vraiment pu contribuer à rendre l’expérience unique. Au lieu d’exploiter cette manne infinie, on se retrouve à faire mécaniquement ce que l’on nous dit de faire. Pourtant, les interactions avec Aiden s’avèrent franchement jouissives ! Terroriser un type qui vient d’essayer de vous violer, prendre le contrôle d’un garde et buter tous ses collègues avant de se tirer une balle: voilà l’idée renversante de ce Beyond, qui aurait vraiment gagné à offrir plus de libertés (notamment en offrant plusieurs manières d’appréhender une scène)… À ce stade, autant s’assoir sur un fauteuil rouge bien plus confortable, et bien moins onéreux. C’est un peu là la vraie malédiction de Beyond: à vouloir être mi-film mi-jeu, il n’est finalement ni l’un ni l’autre.

Beyond Two Souls - VERDICT

Par Yox le

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