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Lâché dans une jungle impitoyable, plongée en pleine guerre froide, Naked Snake réalise une mission d’exfiltration pour le compte du gouvernement américain. Dix ans plus tard, Metal Gear Solid 3 est un monument inégalé du jeu vidéo qui fascine autant qu’il émeut.

Est-ce le contexte politique indécis ou la force de son propos pacifique qui fait de Metal Gear Solid 3 la pierre angulaire de la série ? Les deux réponses se valent. Au-delà d’une guerre passive entre deux idéologies, le titre de Konami raconte avant tout la naissance d’un personnage hors du commun, d’un antagoniste corrompu malgré lui par le serment qu’il a fait à sa patrie. Si MGS3 débute par un saut en parachute dantesque, la saga Metal Gear commence par cette scène finale. Debout dans un champ de fleurs blanches, une arme à la main, Naked Snake, alias Big Boss ou John de son vrai prénom, est forcé d’abattre de sang-froid son mentor. L’agent n’était qu’un pantin, une arme de chair et d’os au service d’une nation qui n’a que peu d’égards pour ses soldats, au point de les sacrifier comme de vulgaires pions sur un échiquier. C’est là que débute véritablement l’avènement de Big Boss, ce personnage aux convictions inébranlables dont l’ombre planera pendant des décennies sur la saga.

L’apogée de la série


Si Metal Gear Solid 2 n’a jamais fait l’unanimité (pour de nombreuses raisons contre lesquelles je n’hésiterais pas une seule seconde à m’opposer), sa suite est parvenue à marquer les esprits avec une aisance qui frôle l’insolence. La série atteint son apogée avec un titre plus cinématographique que jamais, des personnages léchés jusqu’au moindre pixel, un scénario moins confus et des idées de gameplay qui font mouche encore aujourd’hui. La survie étant au centre du jeu, Snake doit continuellement s’adapter à son environnement et ne peut se contenter de foncer tête baissée. Chasser n’importe quelle espèce vivante, la cuisiner ou la manger crue, permet au joueur de maintenir la jauge d’endurance, pendant que les soins apportés à la moindre blessure permettent tout simplement de récupérer des points de vie. Du coup, chaque situation délicate est abordée avec réflexion, sous peine de se retrouver très rapidement dans une position indélicate, avec un personnage aussi inutile que faible. L’infiltration ne se résume plus seulement à se mettre à couvert derrière un mur. Il faut désormais ruser d’astuces, faire diversion en provoquant une ruche d’abeilles à quelques pas d’un ennemi ou se camoufler en récoltant des peintures pour visages et différentes tenues. Non seulement MGS3 est l’épisode le plus amusant de la série, mais il est aussi un titre d’infiltration hors pair qui n’a encore jamais été égalé.

Une réécriture masquée


A l’image du second épisode, Metal Gear Solid 3 est une réécriture de MGS1, tant dans sa construction que dans sa narration. Certes, les mécaniques changent dans le temps, au même titre que les protagonistes et le terrain de jeu. Mais l’aventure suit exactement le même cheminement : le héros (ou l’antihéros, ça se discute) est lâché en territoire inconnu, il récupère sur le terrain divers équipements, il s’adonne à une longue séquence de sniper contre un ennemi d’envergure, il est fait prisonnier, il s’évade de manière grotesque et il affronte un robot capable de lancer une ogive nucléaire. Et ce n’est que le sommet de l’iceberg, puisqu’il faudrait beaucoup plus que ces quelques lignes pour évoquer les très nombreux points communs entre les trois opus. MGS2 affirme clairement ce statut de réécriture, puisqu’il ne s’agit ni plus ni moins que d’une simulation visant à reproduire les évènements de Shadow Moses. Le génie de la série (et de MGS3) c’est de parvenir à vous faire gober continuellement qu’il s’agit d’un titre inédit quand sa construction suit à chaque fois le fil rouge du premier épisode. Le subterfuge est aussi fascinant que ludique, tant il témoigne du talent indéniable de Hideo Kojima et de ses équipes de productions.

Un monstre de cinéma


D’un petit jeu d’infiltration mal dosé sur MSX, Metal Gear est devenu une licence à part entière, teinté d’influences cinématographiques diverses et variées. Ce troisième épisode regorge d’anecdotes consacrées au septième art, notamment lors des nombreuses phases de discussion par Codec. Sa mise en scène transpire continuellement l’hommage aux classiques du genre : de James Bond, à La Grande Évasion, MGS 3 est clairement l’aboutissement de toutes les ambitions narratives de Hideo Kojima. Comme si cela ne suffisait pas, le jeu affiche encore aujourd’hui une réalisation à couper le souffle. Chaque détail semble avoir fait l’objet d’un soin particulier. La moindre brindille, la moindre particule de poussière, le moindre feuillage participent à cette claque visuelle qui ne donne jamais l’impression d’avancer dans une coquille vide. Le monde est vivant, la jungle est vivante et Snake se trouve plus souvent dans une position de proie que de prédateur. Quant à la bande sonore, Harry Gregson Williams effectue à nouveau un travail exceptionnel qui contribue allégrement à l’ambiance si charnelle du jeu.

C’est con, mais c’est bon !


Les scènes mémorables ne manquent pas. Et si l’on devait faire un choix, MGS3 est peut-être l’épisode de la série qui en cumule le plus. Personne n’a oublié l’ouverture épique durant laquelle Snake effectue un saut en parachute. Personne n’a oublié la patience dont il fallait faire preuve en affrontant le sniper The End, qu’il était aussi possible de flinguer lâchement bien avant cette rencontre. Personne n’a oublié ce face à face contre Ocelot, ce jeune soldat qui cultive une passion pour les six coups. Personne n’a oublié cette séquence de torture qui coutera au héros son œil droit. Et surtout, personne n’oubliera cette ultime séquence de jeu, cet ultime coup de canon qui signera l’arrêt de mort de The Boss. Le jeu n’est pas seulement culte, il est organique. C’est au joueur de construire ses propres souvenirs, en faisant preuve d’un minimum d’audace. Tuer Ocelot lorsqu’il est inanimé au sol ? C’est provoquer un Time Paradoxe, synonyme de Game Over puisqu’il modifie toute l’histoire de la saga. Nager dans les rivages en arborant fièrement un masque de crocodile et ne jamais l’ôter de toute l’aventure ? C’est con, mais qu’est-ce que c’est bon ! Cauchemarder dans sa cellule et déglinguer des dizaines d’ennemis dans un beat em all qui n’a rien avoir avec le jeu ? C’est possible et surtout complètement tordu !

La menace fantôme


L’héritage de ce jeu devenu culte se poursuit encore aujourd’hui. Après un quatrième épisode très bavard et surtout discutable, Metal Gear Solid devrait se conclure avec son cinquième opus : The Phantom Pain. Tout comme MGS3 en son temps, la dernière production de Konami semble avoir révisé intégralement ses mécaniques de jeu et met en scène Big Boss et son inexorable soif de vengeance. Présenté comme le chaînon manquant de la saga, MGS5 pourrait bien laisser une emprunte aussi indélébile que celle de son aîné. Tout du moins, c’est tout ce qu’on peut lui souhaiter. Les signes ne trompent pas. Le temps ne semble pas avoir d’emprise sur Metal Gear Solid 3. Et quand bien même la boite du jeu prendrait la poussière sur l’une de vos étagères, le titre, lui, n’a pas pris une seule ride.

Par Sholid le

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