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Face à la cohorte de commentaires négatifs de personnalités très éloignés du monde du jeu vidéo (on ne vise personne), le site Rue89 a décidé de filer une manette à Guillaume Mazeau, un historien chevronné spécialisé dans la Révolution française, afin de lui demander ce qu’il pense de Assassin’s Creed Unity. De quoi apporter un peu de nuances au propos que l’on a pu entendre ces derniers jours dans les médias.

Un outil formidable pour faire vivre l’histoire


Durant ses premiers pas fébriles dans le jeu, Guillaume semble tout d’abord happé par la qualité graphique de la retranscription. « En tant qu’historien, on a accès au passé avec des traces infimes et sélectionnées, conservées par des institutions. Il faut produire un effort considérable d’imagination pour essayer de comprendre la manière dont vivaient les gens à l’époque [..] Habitué aux traces écrites, ça me fait revivre les choses d’une manière totalement nouvelle. Ce passé m’est étrange, presque exotique. ». Il faut dire que le niveau de détail du Paris révolutionnaire est impressionnant, tout comme la vie qui émane des rues. « Là, on peut voir des gens postés devant leurs domiciles. Ils attendent, regardent. La culture du pas-de-porte a disparu aujourd’hui. Mais à l’époque, la rue constituait un spectacle quotidien, car il y avait des gens en permanence. Tout ce que les gens faisaient dans la rue était vu. »

Quelques anachronismes


L’historien fait également part de sa grande connaissance pour soulever quelques incohérences, et autre anachronismes. Par exemple, il note que les chapeaux haut-de-forme sont « des vêtements du XIXe siècle ». Un petit détail certes anodin, auquel s’ajoute le fait qu’il n’y avait pas eu de guillotiné sur la place publique avant 1792. On comprend cependant bien la volonté des studios Ubisoft de prendre quelques libertés avec l’Histoire, afin de transmettre à son jeu une atmosphère plus brutale, plus sanglante, et donc plus prenante. Par exemple, la Marseillaise et le drapeau tricolore n’étaient pas encore utilisés en 1789, tout comme la Bastille qui tient encore sur pied deux ans après sa destruction. Ce sont précisément ces libertés prises avec l’histoire qui font tiquer les détracteurs du jeu, qui appellent les jeunes joueurs à se méfier de ce qui est montré dans Unity.

La stigmatisation d’un Paris ultra-violent


Dans l’ensemble, l’historien également regrette cette peinture caricaturale de la révolution, et de ses acteurs principaux. « La violence est omniprésente. On est clairement dans le stéréotype […]. Je ne dis pas que ces évènements ne sont jamais arrivés durant la Révolution française, mais le jeu les rend quotidiens au lieu d’être ponctuels. C’est oublier que, pendant la Révolution, la plupart des mouvements populaires étaient pacifistes. Cette criminalité quotidienne est un fantasme contemporain qu’on projette sur une ville qui n’était pas tant criminogène. ». Selon lui, c’est aux historiens et aux professeurs de nuancer les propos qui sont tenus dans les différents objets de fiction. Unity n’est pas à prendre au premier degré. « Un tel jeu vidéo pourrait servir de support pédagogique pour des cours au collège et au lycée. Il permettrait de faire comprendre aux élèves le Paris d’époque. Il faut prendre les jeux vidéo au sérieux. […] C’est un nouveau moyen de faire vivre le passé. »

ACU  - NEWS01

Crédit image (modifiées), Ashhamawi. L’originale est sur la page de l’artiste que l’on vous encourage à visiter.

Par Yox le

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