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Dans Game of Thrones, James Faulkner n’incarne pas vraiment le type avec qui vous aimeriez passer des vacances. Randyll Tarly est un monument d’austérité. Un être rude, bourré de principes arriérés, qui ne ressent rien d’autre que du mépris pour son fils Samwell (qu’il a d’ailleurs envoyé à la garde de nuit). Mais dans la vraie vie, l’acteur n’a rien d’un tyran.

C’est même tout le contraire. Loin des terres calcinées de Westeros, c’est dans le sud de la France que nous avons rencontré un homme avenant, à l’occasion de l’inauguration de l’espace François Truffaut à la médiathèque de Roquebrune-sur-Argens. À seulement quelques dizaines de kilomètres des terres natales de S!CK, et sous un soleil de plomb, nous avons échangé longuement sur son immense carrière. De l’impact de Game of Thrones au hack de HBO, en passant par ses rôles dans Paul, Underworld Blood Wars et Atomic Blonde. L’occasion de découvrir un coeur qui bat derrière cette charismatique voix caverneuse. Attention, spoiler inside.

Randyll, un papa en or massif / Crédits : HBO

Bonjour James ! Alors, quoi de neuf depuis ce petit face à face incendiaire avec Drogon ?

Je reviens à peine de Prague, en république de Tchécoslovaquie pour le tournage d’un nouveau film qui s’appelle DEVIL ! C’est un film satanique, un récit d’horreur. Est-ce que vous connaissez Rosemary’s Baby ? Le film de Polanski. C’est un mélange de ce film, et de Jurassic Park.

Ok, là je suis intéressé ! C’est surprenant parce-que à part Underworld, on ne vous voit pas dans beaucoup de films d’horreur. C’est d’ailleurs bien dommage !

Underworld c’était une exception. Moi, je ne fais que des films sérieux ! Là je suis sur une nouvelle série mini-série avec la BBC qui s’appelle Summer of Rockets, qui se passe en 1958. Les vedettes sont Keeley Haws et Toby Stephens, le fils de Maggie Smith. L’année passée il a joué dans la nouvelle série Lost in Space. Il y a aussi Tim Spall, qui a joué dans beaucoup beaucoup de films. Enfin Linus Roache, et moi !

Bon, la question qui tue. On en parle de la fin de Game of Thrones ? Vous en avez pensé quoi ?

J’ai cru comprendre que tout le monde avait DÉ-TES-TÉ. Mais pas moi ! J’ai aimé le dernier épisode. Parce que pourquoi pas ? Pourquoi pas Bran the Broken ? Tout le monde s’emporte, il y a ceux qui ne sont pas satisfaits. Mais c’est toute la difficulté de cette série. Rien que moi, j’ai joué Randyll Tarly, qui étais marqué comme le numéro 140 ! Vous avez un énorme nombre de personnages. Pour finir toutes les histoires… c’était impossible. Impossible de faire plaisir à tout le monde.

À ce propos, beaucoup auraient préféré que la série prenne plus le temps de la conclusion. Rajouter des épisodes, comme le voulait d’ailleurs la chaîne. Mais c’est le choix des créateurs, et ça semble fidèle à leurs partis-pris très tranchés depuis le début. D’ailleurs, qu’est-ce qu’on en dit de ce coup de poignard ?

Moi ça me plaît énormément, que Jon Snow ait tué Daenerys. Fucking give it to her ! (James imite avec vigueur le coup de poignard de Jon. Nous sommes très client de cette nouvelle interprétation prenante de la scène). C’était brutal et surtout personnel. Complètement personnel. Il y avait une sorte de connotation sexuelle, une autre forme de pénétration. J’ai vraiment adoré ce moment. D’autant plus que pour moi, elle avait perdu énormément de sa vertu le jour où elle m’a tué. Parce que j’étais quelqu’un d’honorable !

I can still lead an army / Credits : HBO

Ouais, enfin presque… Disons que Randyll était honorable à sa manière. En ce qui concerne l’aspect de la tolérance, il est quand même loin derrière son fils Samwell. D’ailleurs qu’avez-vous pensé de cet émouvant discours sur la démocratie, qui se fait salement tourner en dérision par tous les Seigneurs restants ?

C’était drôle. Vraiment. Et j’ai adoré le fait que Bran soit présent, avec son expression de « what the fuck ». C’était vraiment une blague !

Au fait, je pense connaître la réponse, mais j’aimerai bien savoir pourquoi Randyll n’a pas plié le genou. Il ne voyait pas le dragon massif devant lui ? Pourquoi avoir voulu camper sur ses principes dans un moment si crucial ?

Il savait qu’il allait mourir. Attend je vais te montrer un truc, tu vas adorer. (James sort son téléphone et fait défiler des photos du tournage. On y voit sa doublure cascade se faire calciner jusqu’à l’os par un titanesque jet de flammes). Mon double est recouvert d’une sorte de gomme, et ses yeux sont protégés par des lentilles spéciales, ignifugées contre les flammes. On a brûlé 50 mecs sur cette journée.

Avec le recul, est-ce que vous pensez que le fait de calciner Randyll vivant était le signe avant-coureur de ce qui allait se passer dans l’épisode 5 de l’ultime saison, où Daenerys transforme Kings Landing en barbecue géant ?

Oui, parfaitement. C’est là qu’elle tourne mal. Elle tourne mal à la seconde où Tyrion lui conseille de nous envoyer en cellule ou au mur. Il lui demande de ne pas faire ça, que c’est trop important. Et elle lui répond non. C’est à ce moment exact que le déclin commence.

Son rôle dans Underworld Blood Wars / Crédits : Lakeshore Entertainment

C’était comment de garder le secret de la série pendant les tournages ?

Dur. Croyez-moi, ils n’ont aucun sens de l’humour quand on parle de leurs contrats. Et c’est entre autres pour ça que la série a réussi. Il y a un contrôle… c’est énorme ! Pourtant, il y a quand même eu une fuite. Quelqu’un a réussi à hacker HBO !

No fucking way.

Fucking did ! C’est arrivé l’année dernière. Nous n’avions vu que nos pages, pas le scénario complet. Jamais, jamais, jamais ! Ils nous ont toujours tout caché. Alors c’était ironique que HBO ait été hacké par quelqu’un. Cette personne a volé tous les détails, de tous les acteurs. Tous les horaires, toutes les adresses, tous les emails. C’était bizarre pourtant, il y avait énormément de sécurité. Par exemple lorsqu’on avait besoin de recevoir un email, c’était toujours en deux étapes. Il y avait des codes, partout. Quand j’étais en Espagne (pour le tournage de la saison 7) j’ai demandé ma feuille de service. C’est normal sur un plateau de tournage. Mais on ne l’a donnait jamais, de peur que quelqu’un d’autre tombe sur la feuille. Sauf que j’ai besoin de ça : il y a toutes mes scènes, les acteurs et personnages avec qui je travaille. Mais non. Ce n’était pas possible. Du coup je leur ai dit qu’à cause de ça, j’allais devoir appeler tout le monde « darling » sur le plateau. Du coup ils m’ont donné ma feuille de service.

Ouais, en gros y’a pas que dans Game of Thrones que James Faulkner est badass…

Je peux toujours mener une armée sur le champ de bataille. J’adore ça à propos de mon personnage. Randyll est un vrai dur, mais vous savez, quand j’ai quitté Cáceres (l’endroit où nous avons filmé en Espagne), la veille de mon départ, à environ 2 heures du matin, le casting et les équipes sont arrivées devant mon hôtel, juste pour me souhaiter bon voyage. Même les figurants étaient là.

Surtout que ça devait faire du monde. Il y avait combien de personnes pour la bataille de Loot Train, dans la saison 7 ?

240 ! C’était dingue. J’étais en Espagne avec les cascadeurs. Juste pour monter à cheval tous les jours. J’en ai déjà fait, mais ils voulaient être certains, parce que j’ai 70 ans… Deux semaines que j’étais là. Et soudainement, l’équipe arrive. 600 personnes. Juste pour le staff ! 600 ! 9 camera crew !

Le charisme est intact dans Atomic Blonde / Crédits : Focus Features

Ce qui est fou c’est de se dire qu’on parle d’une série, dont le budget des épisodes dépasse certaines productions cinématographiques à Hollywood. À propos de gros film, vous étiez il y a deux ans dans Atomic Blonde. C’était comment de jouer aux côtés de Charlize Theron ?

Elle est vraiment douée. Elle est… impressionnante. Tous les matins elle venait me faire une bise. C’était vraiment dur comme vie. De dures journées !

Rien à voir, mais j’ai vu que vous aviez raflé une récompense aux MovieGuide Awards pour le film Paul, l’Apôtre du Christ. Vous jouez Paul de Tarse aux côtés du très bon Jim Caviezel, qu’on avait déjà vu dans La Passion du Christ et la série Person of Interest. C’était comment de recevoir une telle distinction ?

Je suis sur une bonne lancée cette année ! J’ai été salué par l’industrie pour la performance la plus inspirante, à Los Angeles en février. Ça fait 50 ans que je fais ce métier. Un demi-siècle. Rien qu’aujourd’hui j’ai dû imprimer toute ma filmographie. Des pages, et des pages… Mais putain, qu’est-ce que j’ai pu foutre depuis toutes ces années ?

Comment on en est arrivé là ? Je pense que c’est la question qu’on finira tous par se poser. Comment James Faulkner est devenu acteur ?

Ok là ça va vraiment devenir dark. Je suis devenu acteur parce que ne voulais pas être moi. Je n’ai fait qu’échapper à la réalité, toute ma vie. Je vais m’expliquer. Mon père est mort lorsque j’avais 10 ans, et soudainement je suis devenu l’homme de la maison. Mon père était le fondateur d’une immense société à Londres, son job était de remplacer les vitres cassées après la guerre. Et il y avait beaucoup de vitres à remplacer après la guerre. Donc j’ai été élevé pour être le futur leader de sa société. À 17 ans, je suis allé à un meeting d’actionnaires, et l’homme que mon père avait nommé manager des affaires est venu pour me dire : « James, tu ne travailleras jamais dans la société de ton père. Pas même comme un putain de tea-boy ». Il avait aucun droit de me dire ça. Mais je suis retourné à l’école en me demandant ce que j’allais bien pouvoir faire. À l’époque j’étais impliqué dans toutes les activités extrascolaires d’ordre artistique. La chorale, toutes les pièces de théâtre, la poésie… Mais mon truc préféré, c’était le théâtre des marionnettes. Et je savais aussi que mon partenaire avait une cartouche de 200 cigarettes dans son bureau. Alors j’ai pris un tournevis, j’ai forcé son bureau, et sous les cigarettes, il y avait un petit livre pour une école d’art. « Central School for Speech and Drama ». Une école ? Pour acteurs ? Je tourne les pages. Page 3, je vois quoi ? Des jeunes filles, sur un banc. Je me suis dit : « OK, il faut absolument que j’aille là-bas » !

Par Yox le

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