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Alors que son ultime épisode vient d’être lâché sur les ondes, l’épilogue de la gargantuesque fresque adaptée de l’oeuvre littéraire de George R.R Martin n’aura pas mis tout le monde d’accord (et c’est tant mieux). À l’épicentre de toutes les conversations, le destin d’un personnage à la portée narrative exceptionnelle : une fille de monarque vendue comme pure marchandise dans un mariage arrangé, devenue par la force de sa volonté reine des Immaculés, Khaleesi du peuple Dothraki, mère des dragons et briseuse de chaînes. Vous vous en doutez, on est sur le point de parler de Daenerys Targaryen. Et puisque nous ne sommes pas des monstres, on se doit de vous avertir que TOUT CE QUI VA SUIVRE RELÈVE DU PUR SPOILER. On est pas là pour gâcher le plaisir de notre cher lectorat, alors veillez bien à être à jour avant de continuer de lire notre prose.

On ne pourra pas leur enlever ça : David Benioff et D.B Weiss ont su prendre la planète entière à revers, en évitant un final qui nous paraissait pourtant servi sur un plateau. Combien imaginaient sans mal Daenerys ou Jon Snow s’asseoir sur le trône de fer, lors d’un plan final qui aurait été aussi prévisible que jubilatoire ? La huitième et ultime saison de Game of Thrones a pourtant pris le parti de la controverse. Celui de bousculer le spectateur, l’extirper de ses acquis. Le sortir de sa zone de confort, une toute dernière fois. À bien des égards, la montée ultra violente de Daenerys était un parti pris osé : celui de révéler un autre visage d’une figure féminine forte et adulée du public. Son carnage apocalyptique dans les rues de Kings Landing dans l’épisode The Bells aura fini par totalement consumer la jeune reine, menant à sa mort prématurée de la main de Jon Snow. Un couteau planté en pleine poitrine, au terme d’une scène déchirante où le trône de fer (et tout ce qu’il symbolise) termine calciné, réduit à néant par le souffle incendiaire du dernier dragon vivant de Daenerys. Pour l’actrice, la scène était logiquement très difficile à jouer. Lors d’une interview avec EW, Emilia Clarke confie s’être écroulée en découvrant le script : « J’étais sous le choc. Je n’ai absolument pas vu les choses venir ». C’est effectivement un point qu’elle partage avec beaucoup de spectateurs, pour qui l’évolution de l’héroïque Khaleesi est venue comme un brutal changement de cap. Mais en est-ce vraiment un ? Toujours selon EW, les scénaristes se préparaient en tout cas à ce final depuis plusieurs années. Ils demandaient notamment à Emilia Clarke d’accentuer certains aspects plus cruels de sa personnalité : « Je me suis souvent retrouvé à demander ‘Pourquoi tu me donnes cette note’. Donc oui, ça m’a fait me remémorer toutes les notes que j’ai eues depuis le début ».

En y regardant de plus près, il a effectivement eu des signes avant-coureurs aux tendances expéditives de Daenerys. Un goût certain pour la violence, née d’un contexte impitoyable dont elle était la première victime (son frère la traite comme un vulgaire morceau de viande au début de la série). Daenerys a quelque chose d’une héroïne de tragédie grecque, ce côté jusqu’au-boutiste, extrême dans chaque décision. Cette vision idéaliste aussi, inapte à apprendre de ses erreurs (l’un des grands thèmes de Game of Thrones). Et bien entendu, cette vision biaisée de la distinction entre le bien et le mal. C’est peut-être ce que voulaient représenter les scénaristes avec cet ultime arc scénaristique de la Mad Queen : que les méchants sont souvent les seuls qui sont persuadés de ne pas l’être. Pour les milliers d’innocents qui se sont fait injustement vaporiser au coeur de la capitale, Daenerys restera quoiqu’il arrive bien plus maléfique que tous les Lannisters de Westeros. Dans une série qui s’est construite sur les faux-semblants, elle est l’incarnation de la corruption du pouvoir. Et lorsque EW demande à Émilia Clarke ce qu’elle pense de la direction de son personnage, elle répond : « Je me tiens aux côtés de Daenerys. Je la soutiens. Je ne peux pas faire autrement ». En portant un certain recul sur son personnage, l’actrice analyse : « Elle démarre avec les meilleures intentions du monde, et espère sincèrement que rien ne viendra écorcher sa grande vision ». Ce sont les échecs consécutifs, ses années de souffrance, la haine de son frère, son viol par Drogo, des centaines de décisions difficiles qui ont rongé son âme. Puis la mort de deux de ses dragons, la trahison de Varys, le sacrifice de son plus proche conseiller Jorah Mormont, le meurtre brutal de Missandrei, le scepticisme de Tyrion, sans compter le fait que les Stark ne l’aiment pas, et qu’elle ne reçoit strictement aucun amour du peuple de Westeros. « Elle en a tellement vu, tellement souffert. Et soudainement, ces gens lui tournent le dos en lui disant ‘On ne t’accepte pas’. Mais elle est déjà allée trop loin. Elle a déjà tué tellement de gens. Il n’y a pas de retour en arrière possible ». Elle le dit d’ailleurs elle-même : si ce n’est pas l’amour, c’est la peur. Et dans l’escalade de la violence, la peur s’est transformée en tyrannie.

Par Fox Mulder le

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