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Depuis ses toutes premières minutes à l’antenne, Bojack Horseman n’a cessé de délivrer les fulgurances. Plongée dans le spleen d’une vie adulte corrompue par la célébrité, la série animée de Raphael Bob-Waksberg s’est souvent octroyé des moments de grâce. Que ce soit au détour d’une punchline irréelle, d’un regard bouleversant, ou bien d’un épisode entier plongé sous les mers, aux allures de trip psychédélique.

Des moments de pur flottement artistiques et scénaristiques, lors desquels la série se permet tout. C’est le fort d’une production animée : elle peut s’octroyer les idées les plus audacieuses à moindre coût, abuser des effets spéciaux qui ne coûtent pas plus cher que quelques coups de crayon. Pourtant, l’épisode Free Churro effectue précisément le chemin inverse. Face aux sirènes ravageuses de la démesure, l’épisode 6 de la cinquième saison de Bojack Horseman prend le parti pris de la sobriété. Et c’est peut-être ce qui fait de Free Churro l’un des meilleurs moment de toute la série, pour ne pas dire le meilleur. Tout court. Le récit commence par une situation d’apparence banale. L’étalon célébrité est debout, face à un mur sobre, lorsque sa voix rocailleuse brise subitement le silence. Face à un interlocuteur inconnu, Bojack entame alors une anecdote. Il évoque la fois où il s’est rendu au Drive du fast-food Jack in the Box. La serveuse à l’interphone lui a demandé s’il passait une bonne journée. Bojack passe rarement une bonne journée, souvent la faute à une accumulation de petits riens qui finissent par lui plomber l’existence. Mais habituellement, il se contente de répondre que oui : il passe une excellente journée. Mais aujourd’hui, Bojack avait une bonne raison de dire qu’il passait une journée exécrable : sa mère vient de mourir. Toujours en plan fixe sur la crinière de Bojack, la caméra commence à reculer. On découvre que le canasson est en réalité à un enterrement. Pas n’importe-lequel, celui de sa mère. Il poursuit son anecdote en racontant que ce jour-là, la serveuse a fondu en sanglot et lui a offert sa boîte de Churros. Il a perdu sa mère, et il a eu un Churro. Et ce n’est que le début d’un éloge funéraire que l’acteur va transformer en véritable one man show. Un seul discours, qui s’étale pratiquement sur tout l’épisode. L’exercice avait tout du truc casse-gueule, mais la finesse d’écriture du show a su transformer l’essai, prouvant qu’il ne faut parfois rien de plus qu’une bonne plume pour emporter une série. Free Churro, c’est d’abord la victoire des mots sur l’image. Soit l’antithèse parfaite de l’épisode muet Fish Out of Water, qui confirmait déjà à lui seul toute la géniale force créative de Bojack Horseman. On ne s’étalera pas sur la valeur symbolique de cet éloge funéraire qui va vous arracher les tripes, rythmée par les échos des derniers mots de la mère de Bojack : I see you. Je te vois. Soit la phrase que Bojack a voulu entendre toute sa vie, lui qui est en quelque sorte resté ce poulain en mal d’attention, à la recherche désespérée d’une validation maternelle. Subitement, on comprend tous les choix de vie de Bojack. On comprend son besoin de percer à Hollywoo. D’être une star, mais surtout d’être vu. Chose que ne lui avait jamais donnée ni son père, et encore moins sa mère. Alors que le ton se fait subitement grave, la fin de l’épisode s’achève sur une chute absolument brillante. Cette qui nous fera expulser le seul et unique éclat de rire des quelques vingt minutes de visionnage. Preuve que pour ceux qui en doutaient encore, Bojack Horseman est loin d’être la meilleure série animée dramatique du moment : c’est juste l’une des meilleures séries, point barre.

Voilà pourquoi il y a tant de choses à dire sur la psychologie des personnages du show. Cet article est d’ailleurs un complément de notre review de la saison 5 de Bojack Horseman, à paraître dans le sixième numéro de S!CK. D’ici là, sachez par ailleurs que le dernier numéro de notre revue pop culture vient de sortir. 150 pages de culture pop, sans pub, dont vous pouvez découvrir le sommaire complet juste là.

Par Yox le

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