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Si vous êtes passé à côté de l’information, c’est que vous fréquentez les recoins sombres d’une grotte ou d’une cave, ou que vous habitez les coins reculés de la planète, là où les nouvelles se communiquent encore par télégramme. Victime d’un piratage massif, d’un buzz négatif au-delà de tout ce qu’on aurait pu imaginer et même de menaces d’attentats : Sony Pictures Entertainment a été contraint d’annuler purement et simplement la sortie de The Interview, le film décalé dans lequel Seth Rogen et James Franco prévoyaient de tuer Kim Jong-un.

Une histoire sans précédent


La dernière fois que Sony était autant dans la merde, c’était suite au piratage de millions de données bancaires des utilisateurs du Playstation Network, le service de jeu vidéo en ligne des consoles Playstation. Humiliés face à des millions de consommateurs mécontents, les principaux dirigeants de la branche ludique de la firme japonaise furent contraints de s’excuser publiquement, admettant une faute grave qui aura des conséquences pour les nombreuses années à venir. Et il ne serait pas trop présomptueux d’affirmer que l’ombre du PSNGate plane encore, et qu’il suffit d’une simple attaque DDoS pour que les battements cardiaques des dirigeants grimpent en flèche. 24 novembre 2014, trois ans et demi après la débâcle du Playstation Network, c’est la branche cinématographique de Sony qui est au centre de l’un des plus gros piratages de l’industrie. Au sommaire des révélations : des mails très embarrassants échangés entre dirigeants, producteurs, réalisateurs et acteurs, des films récents qui ont fuité sur la toile, des réflexions créatives concernant l’avenir de la licence Spider-Man qui n’augure rien de bon, la divulgation de budgets, de scripts, de numéros de sécurité sociale, des menaces de mort proférées à l’encontre des employés du studio, puis des menaces d’attentats à l’encontre de plusieurs cinémas américains. Tout ça pour quoi ? Pour perturber et annuler tout simplement la sortie de The Interview, cette comédie assez stupide dans laquelle James Franco et Seth Rogen s’unissent afin de liquider Kim Jong-un, le leader suprême de la Corée du Nord et dictateur à ses heures perdues.

Les gardiens de la galaxie coréenne


L’attaque informatique dont est victime Sony est immédiatement revendiquée par les Guardians Of Peace, un groupe de hackers qui ont une demande spécifique à adresser aux dirigeants de Sony, mais qui préfèrent maintenir le suspense en dévoilant d’abord une tonne d’informations assez juteuses. Très rapidement, les autorités américaines établissent un lien entre les Guardians Of Peace et la Corée du Nord. À défaut de résider dans le pays de Kim Jong-un, les membres du groupe siègeraient en Chine, et seraient affiliés à un autre groupe de soutien politique à la Corée du Nord. Si le gouvernement de Kim Jong-un nie toute affiliation aux Guardians Of Peace, ils ne peuvent qu’approuver l’attaque d’envergure dont est victime Sony, blâmant évidemment la comédie de Rogen et Franco dans laquelle leur leader suprême est au centre d’un complot meurtrier. En attendant de passer à l’acte, les pirates prennent un malin plaisir à mettre à mal la compagnie en dévoilant des mails et des informations financières que les dirigeants auraient sûrement souhaité garder confidentielles. Les semaines passent, et si le grand public se délecte de révélations assez croustillantes, l’entreprise ne sourit pas. Le pire restant évidemment à venir. Entre temps, Rogen et Franco réagissent avec humour lors d’un passage dans le célèbre Saturday Night Live, suite à leurs données personnelles qui ont fuité sur le web. Quelques jours plus tard, le groupe de Hacker formule explicitement leur requête en demandant à Sony le retrait de The Interview qu’ils jugent être « un film terroriste menaçant la paix et capable de déclencher une guerre ». Sans quoi, des menaces lourdes planeraient sur les employés de l’entreprise et leurs familles.

Un piratage d’envergure


Entre temps, Sony continue de soutenir le film de Seth Rogen, et maintient sa sortie sur le territoire américain. Des leaks en pagailles, des fuites en tout genre et des semaines plus tard : la compagnie fera machine arrière. Le 17 décembre, Sony Pictures Entertainment annule la diffusion du film sur le territoire américain, suite aux menaces d’attentats qui planent sur de nombreux cinémas, cédant ainsi aux demandes des Guardians Of Peace. Les hackers n’auront pas fait les choses à moitié. L’objectif est de s’en prendre à l’image de la société et de laisser les chiffres parler pour eux. Parmi toutes les informations divulguées, on apprend que les 17 employés les plus hauts placés de l’entreprise ont un salaire annuel dépassant million de dollar, et qu’il n’y a qu’une seule femme parmi ces personnes. Des inégalités sociales qui n’étonneront hélas personne. Quelques heures plus tard, on apprend que les pirates auraient mis la main sur les données personnelles d’un peu moins de 4000 employés. Nom, prénoms, numéro de sécurité sociale, date de naissance, bilan de compétence : tout ce qui est susceptible de mettre des bâtons dans les roues de Sony est lâché sur internet, y compris les rapports de vente et de profit. Bref, tout ce qui est censé rester confidentiel est dévoilé aux yeux de tous, y compris des concurrents. C’est ainsi qu’on apprend le budget de The Interview (environ 44 millions de dollars), le salaire des acteurs principaux, ainsi qu’un certain budget drogue pour le film. On imagine que Rogen et Franco ont dû profiter de l’occasion pour passer du bon temps. On apprend aussi d’autres faits embarrassants, comme les salaires de Jennifer Lawrence et Amy Adams pour American Bluff de David O. Russel, grandement inférieurs à ceux du casting masculin. Mais les révélations les plus gênantes viennent sûrement des mails échangés entre des employés de la firme.

« Angelina Jolie est une enfant pourrie gâtée sans talent à l’égo surdimensionné »


Quand certains n’hésitent pas à se moquer des films souvent risibles d’Adam Sandler, d’autres manifestent leur mécontentement quant aux performances d’acteurs des enfants de Will Smith. Au détour d’un mail, le producteur de Shame (Michael DeLuca) vante auprès d’un employé de Sony les mensurations génitales de Michael Fassbender. Angelina Jolie est qualifiée « d’enfant pourrie gâtée sans talent à l’égo surdimensionné » dans un message envoyé à Amy Pascal, l’une des grandes pointes du studio. D’ailleurs, les mails les plus polémiques proviennent de Scott Rubin, et de ses réflexions racistes concernant plusieurs acteurs afro-américains. Cela remonte même jusqu’à Barack Obama, qu’il juge être intéressé uniquement par les films traitant des problèmes raciaux et de l’esclavage. Amy Adams et Scott Rubin ont été contraints de présenter publiquement leurs excuses, même si cela remet fortement en cause leur position au sein du studio. David Fincher n’hésite pas à qualifier Adam Driver comme étant une erreur de casting concernant le prochain Star Wars, lui qui était l’un des candidats à la réalisation du nouvel épisode de la franchise. Heureusement, au milieu de la pourriture qui semble régner au sein du studio, on retrouve quelques perles comme ce message de Channing Tatum, qui exprime sa joie suite à l’excellent démarrage de 22 Jump Street. En effet, le film a effectué le deuxième meilleur démarrage de tous les temps pour un film déconseillé au moins de 17 ans, éclipsant la seconde place détenue par le film Ted.

Le Wikileaks de Sony


L’acteur laisse ainsi exploser sa joie de la sorte : « F YOU TED !!!! SECOND OF ALLLL TIMMMMME BEEEOTCH!!!! COME ON JUMPSTREETERS WE GOT CATE BLANCHETT WIT DIS BOX OFFICE BITCHES!!!!!!!! » On vous épargne la suite du message, puisque son exclamation se poursuit sur une dizaine de pages. C’est con, très con même, mais c’est déjà plus supportable que les déboires qui ont sacrément terni l’image du studio. Le groupe des Guardians Of Peace n’a clairement pas fait les choses à moitié. En plus de dévoiler des données confidentielles et des conversations privées peu élogieuses, ils ne se sont pas privés pour mettre à la disposition de tout le monde des films récents qui n’ont pas encore bénéficié d’une sortie commerciale en version physique, voir même au cinéma tout court. C’est le cas des films Annie de Will Gluck, To Write Love On Arms de Nathan Frankowski, Mr Turner de Mike Leigh et Still Alice de Wash Westmoreland et Richard Glatzer. Seul Fury de David Ayer avec Brad Pitt a déjà pu bénéficier d’une sortie en salle. Quant au prochain James Bond intitulé Spectre, c’est l’intégralité du scénario qui se promène sur le net, alors même que le casting et l’officialisation du film viennent à peine d’être communiqués. Heureusement pour Sony, il ne s’agit que d’un premier jet, qui a surement été retravaillé depuis, comme tous les scénarios qui bénéficient d’une adaptation. Au travers d’autres mails, on apprend aussi que la fin du scénario n’a pas entièrement convaincu les producteurs qui demandent un remaniement. Cerise sur le gâteau, un document dévoile le budget faramineux du prochain opus consacré à l’agent 007 : 300 millions de dollars, une somme qui explose les plus gros blockbusters, et que Sony cherche à réduire à tout prix.

Vers une diffusion gratuite sur le net ?


Avant d’être une comédie satirique qui se moque ouvertement de Kim Jong-un, The Interview c’est d’abord un film qui a monopolisé un budget de 44 millions de Dollars, et qui ne sera sûrement jamais rentabilisé. L’annulation première de la diffusion du film aux États-Unis ne sera pas unique et il y a fort à parier que Sony Pictures Entertainment fera de même avec la sortie européenne du film, toujours calée au mois de mars de l’année prochaine. Pire, il semblerait même qu’une éventuelle sortie sur les plateformes de vidéo à la demande ne soit même pas à l’ordre du jour. Suite à l’annulation pure et simple de la diffusion du film, c’est aussi l’adaptation de Pyongyang : The Hollywood Reporter avec Steve Carell en tête d’affiche qui tombe à l’eau. La raison est simple : le film se déroule en Corée du Nord, et il est évident que l’entreprise soit frileuse à l’idée de se frotter de près ou de loin avec l’idéologie de cet état. C’est donc des millions de biftons verts jeté par les fenêtres, sacrifiés sur l’autel de la sécurité intérieure du pays et la sécurité de serveurs d’une entreprise qui ferait mieux d’engager des ingénieurs informatiques afin de revoir leur système de protection. Dans l’incapacité de combattre des menaces aussi lourdes sur un pays profondément traumatisé par les événements du 11 septembre, il ne restera qu’une seule solution aux studios Sony : distribuer gratuitement et incognito The Interview sur des plateformes de téléchargements illégaux. Non seulement le film profiterait assurément du buzz dont il est victime malgré lui, mais cela permettrait à l’entreprise d’effectuer un véritable pied de nez au groupe de hacker Guardians Of Peace. Vu la situation actuelle des choses, et malgré la monopolisation de nombreuses personnalités et autres acteurs, il parait insoutenable de voir dans un futur proche The Interview débarquer sur grand ou petit écran. Du coup, autant en faire profiter tout le monde, histoire de voir une bonne fois pour toute si le duo comique parvient à liquider le leader coréen.

The Interview - NEWS03

Par Sholid le

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