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Son lancement francophone n’est pas passé inaperçu : Netflix, le géant de la VOD américaine a fait ses armes dans nos vertes contrées le 15 septembre dernier. L’annonce a fait frémir le web, les médias, mais surtout l’industrie de la vidéo à la demande, qui voit d’un assez mauvais œil ce nouvel arrivant. Et pour cause, au pays de l’oncle Sam Netflix est un colosse. Un rouleau compresseur qui a tout écrasé sur son passage, allant même jusqu’à squatter un tiers du trafic internet national en soirée. Netflix dérange, et le chiffre isolent de 40 millions d’utilisateurs revendiqués en 2013 n’y est surement pas pour rien. Pourtant depuis quelques jours, l’hexagone a taillé au service un joli costume. Catalogue limité, site parodique, législation difficile, coups bas et concurrence rude ont été les compagnons de route du service de Reed Hastings. Mais pourquoi tant de haine ?

Une concurrence qui fait bloc


Il faut dire que Netflix débarque dans un environnement déjà occupé par une flopée de sites de VOD. Ils sont déjà 87 à être actifs en France, et parmi eux les plus connus comme TF1, OCS d’Orange, ou encore CanalPlay. À ce stade, toutes les grosses entreprises qui touchent de près ou de loin au cinéma ont déjà lancé leur service de vidéo à la demande. On pense notamment à Sony avec la PlayStation, Microsoft et sa Xbox, Allociné, SFR, et même Numéricable qui a lancé un service intitulé « Series-Flix » (original), qui est uniquement consacré aux séries, soit les 2/3 de l’audience de Netflix US… Certaines plateformes contre-attaquent même avec du contenu original, comme Yahoo qui va produire la sixième saison de Community, ou encore Amazon avec sa série Transparent. Si aux USA Netflix a depuis bien longtemps acquis sont statut de leader, chez nous tout est encore à faire. Questions de droit obligent, le catalogue de Netflix USA n’est clairement pas le même catalogue que Netflix France. L’exemple le plus frappant n’est autre que l’absence de House of Cards, une série crée et produite par Netflix, dont le groupe Canal Plus dispose actuellement des droits en France. Quant à Orange is the New Black, l’autre série phare du catalogue Netflix, elle a tout simplement du être rachetée une seconde fois pour pouvoir figurer sur le catalogue français du site. Résultat, Rodolphe Belmer, le directeur général du groupe Canal + peut se vanter à la radio en affirmant que “Netflix propose 2950 heures de séries, CanalPlay 3800“. Pour ne rien arranger, le portail OCS d’Orange fait depuis quelques années une véritable razzia sur toutes les séries de HBO, dont les épisodes sont diffusés 24H après en France. Résutat, pas de Game of Thrones, ni de True Detective, ni de The Wire, ni de Boardwalk Empire, Newsroom, ou encore Les Sopranos.

Une législation française qui ne fait pas de cadeau


L’autre énorme bête noire de Netflix dans l’hexagone reste encore et toujours cette fameuse restriction des 3 ans, qui interdit aux services de VOD par abonnement de proposer des films de moins de 3 ans d’ancienneté. Une loi qui n’existe pas dans les autres pays où le service est disponible, et qui constitue une immense déconvenue au catalogue cinématographique de Netflix. La concurrence n’a d’ailleurs pas perdu de temps pour s’en emparer, en multipliant les piques, les tweets assassins, et même les sites parodiques. En tête de liste : Notflix, une URL à l’initiative du site Vodkaster, qui regroupe une sélection pointue de films qui ne sont pas sur Netflix France, tout en prenant le soin de n’avoir sélectionné que des gros films… Résultat des courses, pas mal de médias français hurlent avec les loups, et tapent aveuglément sur Netflix, tout en sachant que ce sont exactement ces mêmes personnes qui feront du zèle à la plateforme lorsqu’elle se sera remise sur pied. Car elle se remettra forcément sur pied. Alors que la relation avec le ministère de Aurelie Filippetti était plus que tendue, la nouvelle ministre de la culture Fleur Pellerin a pris une approche plus docile avec le géant américain, en acceptant de s’assoir avec eux, leur proposant de mettre en avant le savoir-faire français au sein d’une série originale. Ce sera notamment le cas avec Marseilles, une sorte de House of Cards à la française produite par Netflix, qui révèlera les dessous crapuleux de la cité phocéenne. Cette entente n’a cependant pas suffi à faire s’installer la plateforme américaine sur nos terres, puisqu’elle réside actuellement au Luxembourg pour des raisons évidentes de fiscalité.

Un public francophone qui n’a pas encore franchi le pas de la VOD


Mais est-ce que des séries made in France seront suffisantes pour attirer un tiers des marchés français d’ici 5 à 10 ans, comme le souhaite le PDG Reed Hastings ? Rien n’est moins sûr. Il faut dire qu’à l’heure actuelle, la France est le seul pays dont les ventes digitales n’ont pas réussi à contrebalancer la chute des ventes de films et séries en format physique. Entendez par là que soit les Français sont tous devenus d’excellents pirates, soit ils regardent de moins en moins de films en location, et de plus en plus ce qui passe à la télé. C’est une réalité : le marché français aurait besoin d’une brutale explosion pour reprendre sa croissance. En 2013, les ventes de DVD et de Blu-Ray accusaient une baisse de 14,1% par rapport à 2012. Quand à la VOD, au lieu d’augmenter proportionnellement, elle a également baissé de 3%, et ce, malgré l’affluence des nouvelles plateformes disponibles. On peut surement mettre ça sur le dos du pouvoir d’achat, mais il faut bien reconnaitre que l’offre historique de Netflix pourrait dynamiser ces chiffres, notamment grâce au système d’abonnement qui l’a rendu célèbre. Chez nous, à partir de 9 euros par mois pour un accès illimité. Une offre que CanalPlay (son principal concurrent) n’a d’ailleurs pas tardé à imiter.

L’émergence de PopCorn Time, un Netflix gratuit au contenu illimité


Mais ce qui pourrait bien faire mal à Netflix, comme à toutes les plateformes de vidéos à la demande, c’est l’émergence du logiciel PopCorn Time. Pour résumer, PopCorn Time est un software entièrement gratuit, qui est la bête noire de tous les acteurs du marché de la vidéo. Cette plateforme diffuse en effet (en haute qualité) des torrents de films et séries récentes, triées sur le volet. Résultat : le catalogue est pratiquement illimité, et offre un confort d’utilisation proche des services classiques de VOD. À la différence que sur PopCorn Time, il n’y a pas 900 employés qui épient vos faits et gestes, qui notent vos préférences, les moments où vous faites pause, et les scènes que vous visionnez en boucle pour vous proposer le film qui vous conviendra le mieux sur sa page d’accueil. Mais est-ce vraiment une mauvaise chose ? N’appartenant à la fois à personne, et à tout le monde, PopCorn Time pourrait bien être – si il survit – le ras de marrée que tout le monde attendait avec Netflix. Comme l’indiquait Reed Hastings à propos de la loi française des 3 ans pour un film : « Nous respecterons cette loi, mais nous pensons qu’elle est désormais dépassée, et qu’elle ne profite finalement qu’au piratage ».

Par Fox Mulder le

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