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Wrong Cops

Démonstration par l’absurde

Quentin Dupieux n’en a rien à foutre. De vous, de moi, de tout, du monde entier. Il s’en branle complètement, et c’est pour ça que tout le monde l’aime. Qu’il bombarde les ondes avec un Flat Beat écrit en deux heures, ou bien qu’il filme un de ses plus gros succès grand écran avec un putain d’appareil photo, l’homme fait preuve d’une étonnante maitrise. Au cinéma comme sur la scène électro, cette désinvolture a déjà payé par le passé, et elle continue à payer aujourd’hui. Écrits en 3 semaines et filmé en 15 jours, Wrong Cops cultive la controverse à grands coups de démonstrations par l’absurde. Et ça marche.

Il n’y a bien que Dupieux pour dégainer un Éric Judor en flic borgne cramé de l’intérieur par de la techno cheap. Dans la droite lignée de son métrage Wrong, le cinéaste adepte de la culture du film homemade explore notre monde malade avec un regard d’une neutralité déconcertante. À travers le prisme d’un commissariat vérolé, c’est tout le système qui en prend pour son grade. Il y dévoile les pires bassesses de la race humaine avec un détachement alarmant, et une banalité qui frôle l’indécence à chaque instant. En fidèle ambassadeur de cette morale piétinée, l’excellent Mark Burnham (qui campe le flic scandaleux vu dans Wrong sorti en 2012) brille de mille feux. Il terrorise les passants, braque son flingue sur tout le monde et pour n’importe quoi, incendie verbalement tout ce qui bouge et vend de la weed dans des rats crevés. En d’autres termes, un génie sur pattes dont les interventions ont souvent pour vocation de déclencher un rire bien gras. En mettant un être aussi abject en tête d’affiche de son film, Dupieux se vautre volontairement dans le graveleux. Les vannes racistes, sexistes, et homophobes qui vont avec n’en ressortent que comme un énième élément de ce monde déréglé dépeint par l’auteur. Une sorte de petit David Lynch gonflé à la sauce French Touch.

Fidèle à ses multiples casquettes, celui que la scène musicale connait sous le nom de Mr Oizo n’hésite plus à déchainer son alter ego. Dans les faits, ça donne une avalanche de titres dont certains bien connus des foules, que l’intéressé s’amuse à implanter un peu partout dans le métrage. En résulte une sorte de relation incestueuse entre Dupieux le cinéaste et Oizo le musicien, qui fait là ses propres placements de produits. Il glisse même au passage sa petite tacle sur l’industrie musicale, qu’il juge en connaissance de cause : « le marketing, c‘est 95% du job ». Wrong Cops reste d’ailleurs le film le plus auto-référencé de la carrière du français, entre l’autobranlette sur Rubber « We’re watching a great movie », ou bien l’autodérision sur son titre phare Vous êtes des animaux. Certains diront que c’est là le symbole d’une recette qui s’épuise inexorablement. Car il faut bien le dire, il y a désormais une formule Dupieux, qui tire plus ou moins sur les mêmes cordes que ses précédents films. Wrong Cops a cependant le mérite d’être plus ancré dans notre réalité, et appuyé par un casting secondaire d’une autre galaxie : l’excellent Ray Wise, Steve Howey de Shameless, ou encore Steve Little de Eastbound & Down pour ne citer qu’eux. Assurément de quoi donner du poids à un mec qui n’a pas fini de monter. Reality, son prochain film avec Alain Chabat et Jonathan Lambert est d’ailleurs déjà en chantier.

Wrong Cops - VERDICT

Par Fox Mulder le

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