Pour améliorer votre expérience , nous utilisons des cookies sur notre site Web.
Si vous continuez à naviguer sur ce site, vous acceptez d'utiliser des cookies sur le site Internet Sick Magazine . Ok En savoir plus

The Place Beyond the Pines

Déterminisme paternel

Après Blue Valentine, Derek Cianfrance livre avec The Place Beyond The Pines (traduction de l’iroquois « Schenectady », ville dans l’Etat de New York où se situe l’action) une épopée familiale avec une dimension hautement tragique. Un récit dramatique sur le déterminisme social et sur la reproduction inévitable des défauts de nos pères.

RYAN GASOLINE

The Place Beyond The Pines est une tragédie shakespearienne en trois actes mettant en valeur des personnages typiques et antagonistes. Luke (Ryan Gosling), motard acrobatique qui porte en lui tous les clichés du mâle en puissance (tatouages, muscles, motos, violence et témérité). En dehors de sa carapace superficielle, Luke ne se sent pas vraiment « homme » quand il découvre qu’il a laissé derrière lui un gosse et une ex (Eva Mendès, moche et naturelle comme jamais). A partir de là, le masque tombe et se brise en morceaux devant la beauté que peut représenter un enfant, symbole de la vie et de la descendance.  Le tatouage d’une larme au coin de l’œil de Luke se transforme en réel sanglot. Cet enfant est le miroir de sa propre enfance et il souhaite éviter de reproduire sur son fils, ce que son père lui a fait subir par son absence. Rarement, la fragilité et la délicatesse de la relation père/nouveau-né n’ont été aussi joliment évoquées par l’angle d’une caméra. Cette première partie intense et touchante est sublimée grâce au charisme foudroyant de Ryan Gosling. En semant l’éclair, on ne récolte que la tempête et pour subvenir aux besoins de son gosse, le biker aux cheveux platines se lance dans le braquage de banques jusqu’au jour où il dérape au sens propre comme  au sens figuré. C’est ensuite à Avery Cross (Bradley Cooper, impressionnant) jeune policier idéaliste de croiser la route de Luke. Personnage antagoniste qui braque la morale du spectateur. Un affrontement furtif et choquant  a alors lieu entre les deux hommes.

LUKE : JE SUIS TON PÈRE

C’est à partir de cette rencontre et de ce changement brutal du fil d’histoire que se déroule un film triptyque. Thèse, antithèse, synthèse ? De quoi trouver ça bien pompeux, d’autant que le scénario n’est pas dépourvu de manichéisme. Sauf que le film est profondément incarné aussi bien par ses acteurs que par son réalisateur. Il y a une telle vigueur, audace et une sensibilité dans chaque plan, que le spectateur en ressort profondément touché et enthousiaste. Le dernier acte de la pièce se clôt sur les deux descendances des protagonistes. Jason (fils du motard) vole de la drogue dans une pharmacie et AJ (fils du flic) se comporte une enflure monumentale et dispose d’une haine exacerbée. Les deux jeunes se rencontrent dans une décharge d’électricité. Le tonnerre ne devrait pas tarder à frapper une deuxième fois au même endroit de la destinée de ces deux familles. Dans ce choc qui se termine de façon tonitruante en bouclant la boucle, on ressent la puissance évoquée par l’image seule. La caméra grand angle surplombe une route ouvrant une forêt de pins que les personnages empruntent tous à un moment clé de leur histoire. Une route les menant sur les traces de leur père, un lieu mystique où on recherche son identité mais où agit l’implacable destin digne d’une tragédie grecque. Elle écrase les protagonistes. Nous prenons la même route que nos pères sur laquelle nous traçons la légende intime et personnelle de notre vie.

La relation père/fils est au sein de ce drame profond. Le long-métrage fait réfléchir sur ce que nous laissons à nos enfants et sur ce que nos pères ont fait pour nous. Derek Cianfrance, grâce à un casting génial et à un décor de circonstance, dépeint l’image fantasmée des petites villes américaines reculées et nous plonge dans une narration émouvante en trois actes. Il y demeure des éclairs de génie (la scène introductive) malgré une qualité allant decrescendo. Derek Cianfrance est un cinéaste talentueux sur lequel il faut garder un œil. Et une chose est sûre, si la critique ne vous a pas convaincu la performance de Ryan Gosling et Bradley Cooper, acteurs splendides aux antipodes, ainsi que la Bande Son signée Mike Patton finiront de vous convaincre.

Place Beyond Pines - VERDICT

Par FMA le

Plus de lecture