Pour améliorer votre expérience , nous utilisons des cookies sur notre site Web.
Si vous continuez à naviguer sur ce site, vous acceptez d'utiliser des cookies sur le site Internet Sick Magazine . Ok En savoir plus

The Leftovers, saison 1

L'amour du Chaos

Il y a certains chocs émotionnels dont la violence surpasse n’importe quelle agression physique. La perte soudaine d’un proche, d’un enfant, d’un ami ou d’un amour emporte avec elle une partie de nous. Certains disent le meilleur. Que reste-t-il de l’humanité suite à la disparition massive et soudaine de 2% de la population mondiale ? Que reste-t-il de nos espoirs ? De nos certitudes ? De notre envie d’avancer ? Ce sont les questions qui reviennent le plus dans le roman de Tom Perotta, dont la nouvelle série de HBO reprend l’intrigue. Contrairement aux thématiques des Revenants et consorts, The Leftovers s’attarde pour une fois sur ceux qui restent. Avec les moments de doutes, de révoltes, et de brutalité que cela implique. En somme, la matière idéale pour une série psychologique diablement prenante, qui joue constamment avec nos nerfs.

Si on devait résumer les choses en un mot, The Leftovers se résume à un gros mindfuck perpétuel, qui ne tombe jamais dans la facilité. Les chemins de l’intrigue sont tortueux, parfois poussifs, et ne facilitent pour ainsi dire jamais la vie au spectateur. L’envie constante d’en savoir plus est pourtant là, dévorante. Poussant sans arrêt l’interrogation au-delà des questions fatidiques : où sont-ils ? Pourquoi ? Comment ? Vont-ils un jour revenir ? Probablement pas. L’intérêt de la série réside ailleurs, à commencer par les nombreux mystères qui entourent la ville de Mapleton : un échantillon représentatif sur lequel se concentre le propos. Un patelin perdu, aux habitants remplis de secrets. On pourrait penser à Twin Peaks, une fois n’est pas coutume. D’autant plus que Justin Theroux reste une des coqueluches de David Lynch, principalement connu pour son rôle dans Mulholland Drive. Ici, l’acteur campe le rôle principal. Celui de Kevin Garvey, shérif d’une ville qui vacille à la limite du chaos, chef de file d’une famille en morceau, alcoolique tueur de chiens errants à ses heures perdues, et accessoirement poids lourd de charisme, qui tiens à lui seul une bonne partie du show. Il est le pilier, la figure rassurante d’autorité. Pourtant, la série n’hésite pas à plusieurs reprises d’émettre de gros doutes sur sa santé mentale, jouant au passage avec la nôtre. On reconnait bien là la perversité de Damon Lindelof, une des têtes pensantes derrière le scénario alambiqué et controversé de Lost.

Pour être franchement honnête, on doutait encore sérieusement de sa capacité à conclure un récit dignement, donnant au moins un semblant d’explications à un mystère vieux de 10 épisodes. Mais ce n’est pas vraiment le genre de la maison. The Leftovers fait plus dans le malaise claustrophobique, qui tend la main au spectateur pour mieux le pousser à terre 5 minutes plus tard. Dans ce début d’apocalypse, des groupes dissidents se sont constitués, à l’image des Guilty Remnant. Vêtus de blancs, ils ne croient plus en rien, ont banni l’usage de la parole, et s’enfilent clope sur clope pour symboliser l’espoir qui se consume. Leurs actions sont souvent humainement dévastatrices, et donnent lieu à des situations de terrorisme émotionnel. Cette violence intérieure est d’ailleurs un fil rouge perpétuel, qui ne franchit qu’à de très rares occasions la barrière du physique, donnant alors lieu à quelques-unes des scènes les plus brutales que la télévision ait connues. Ces divisions incarnent plus particulièrement l’aveu de la décrépitude de la société telle que nous la connaissons. C’est l’effondrement pierre par pierre de l’ordre sociétal établi. Une descente aux enfers d’une beauté glaçante, qui met le principe même de civilisation moderne dos au mur. Le tout rythmé par la poésie épique de la bande-son de Max Richter. On vous le disait en préambule, un joli mindfuck perpétuel. Et ce n’est pas prêt de s’arrêter : la saison 2 est déjà en chantier.

The Leftovers - VERDICT

Par Fox Mulder le

Plus de lecture