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The Leftovers, saison 2

Shut the fuck up, Patti

A l’image des rescapés de The Leftovers, rien ne nous avait préparé à cela. Bien entendu, il y avait cette tension permanente dans la première saison, ces moments d’égarements, de flottement, où le spectateur n’était livré qu’à lui-même face à l’incompréhension générale qui en émanait. Et puis il y a eu cette deuxième saison. Ce coup d’éclat, ce coup de génie. Cette maîtrise absolue de la narration, portée par cette allégorie fascinante du deuil et du combat face à l’absence. Face à ce qui est impossible à expliquer. Le résultat est sans appel. Cette année, s’il n’y avait qu’une seule série à retenir, à retourner dans tous les sens, à interpréter de toutes les manières possibles : ce serait celle-ci.

2% de la population mondiale disparait soudainement. Le chaos est total. Les croyances sont bouleversées. L’espoir anéanti. Chacun réagit à sa manière. Pour certains, c’est à travers un pèlerinage à Jarden, ville du Texas épargnée par ces disparitions, que la peur de voir ses proches s’évaporer s’adoucit. Pour Kevin Garvey, Jarden est un nouveau départ, une manière d’échapper à ses démons psychotiques et de reconstruire un semblant de foyer familial. En choisissant de délocaliser l’action de son intrigue principale, cette seconde saison de The Leftovers exploite finalement l’intégralité de son potentiel, et bien plus encore. Aux personnages principaux de la première saison se mêlent de nouveaux arrivants, de nouvelles manières de réagir et de combattre les superstitions païennes. La ville de Jarden est le terrain par excellence pour dépeindre ces comportements radicaux. Havre de paix pour les âmes en deuil, écran de fumée pour les membres de la secte des « Guilty Remnant », ce sont ces réactions diamétralement opposées qui tissent une intrigue aux embranchements multiples. Intrigue qui s’éparpille en plein milieu, pour finalement converger vers l’essentiel dans sa dernière ligne droite. Une manière de montrer au spectateur qu’au-delà des interprétations qu’il est possible d’en dégager, The Leftovers raconte avant tout une histoire. Et quelle histoire ! Passionnante de bout en bout, de son ouverture faramineuse à sa conclusion apocalyptique, la série de Damon Lindelof ne perd jamais son temps. Chaque minute, chaque seconde est utile. Chaque plan, chaque musique a sa place. Tous ces éléments, qu’on pourrait autant louanger que taire par peur d’en abuser et de les user, font de cette seconde saison une réussite absolue, un chef d’œuvre télévisuel qui divisera autant qu’il réunira. Parce qu’elle n’essaie pas de contenter tout le monde. Parce qu’elle exploite ses idées, parce qu’elle regorge de subterfuges qui en font une œuvre accomplie.

Kevin Garvey n’est pas au centre du récit. Il ne l’a jamais vraiment été de toute manière. Sa folie, le poids de son héritage paternel, son combat interne contre la défunte Patti, ses pertes de mémoire : l’ancien shérif de Mapleton divague à mesure que ses troubles augmentent. En écho, c’est le célèbre titre des Pixies « Where’s my mind » qui retenti à plusieurs reprises. Une sublime manière de cristalliser l’histoire poignante d’un personnage ordinaire, prêt à tout pour échapper à ses démons. Comment oublier cette tension grandissante lorsque Kevin se livre à des joutes verbales avec Patti ? Comment oublier ce huitième épisode, indescriptible tellement il tutoie les sommets ? Si Justin Theroux (Kevin Garvey) effectuait un travail remarquable dans la première saison, il crève l’écran dans la seconde. Sans jamais en faire trop, en incarnant la justesse par excellence, l’acteur transcende et offre à The Leftovers l’un de ses piliers les plus attachants. Il faudrait bien plus de temps et de lignes pour faire honneur au reste des protagonistes. Là où les premiers épisodes de la série ne parvenaient pas vraiment à livrer des personnages égaux, les suivants ont façonné des êtres saisissants. Au même titre que les différents éléments qui constituent l’intrigue, toutes ces personnes appartiennent à une machine infernale, de géants rouages qui se mettent en marche dans les dernières minutes de la saison. La série de Lindelof est intelligente, puisqu’elle considère que ses spectateurs sont capables de combler les vides, de mettre des mots sur un silence, un regard. Ses thèmes sont universels, sa portée est intemporelle. Au terme de son récit, il ne reste qu’un seul mot capable de décrire l’indescriptible : incroyable. Il ne reste plus qu’une peur : celle qu’une éventuelle troisième saison puisse détrôner cette seconde itération, parfaite en tout point.

Leftovers S02 REVIEW 02

Par Sholid le

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