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The Judge

Vieux Démons

Bien qu’il ait en apparence tous les attributs d’un récit procédural, The Judge cache en réalité sous sa robe une sale histoire de famille. En choisissant de traiter de l’héritage d’une parenté bourrée de rancœur, David Dobkin s’envole à mille lieues du registre de la comédie qu’il affectionne tant. Voilà déjà pas mal d’années que Hank Palmer a quitté le foyer familial, laissant derrière lui tous les démons de sa vie passée. Une existence tumultueuse, qui va lui ressurgir en pleine figure lors du décès de sa mère. Dépouillés de leur unique figure féminine, les survivants de cette famille morcelée se mènent la vie dure. Tout particulièrement Hank et son paternel : le Juge. Une figure d’autorité sur le déclin qui nous met face à notre propre mortalité.

Les drames familiaux sont indiscutablement les plus vigoureux. Une succession de non-dits, de déceptions cachées et de blessures profondes qui mènent souvent à des situations qui semblent insurmontables. Il n’y a rien de mieux qu’une vieille rancœur pour animer un repas de famille. Celle des Palmer n’est néanmoins pas comme les autres. Depuis le trépas de sa figure maternelle, elle a un genou à terre. Sans la tendresse qui les unissait, le lien d’amour semble rompu. Il ne sait comment s’exprimer, et enchaine les maladresses aux lourdes conséquences. Il y avait une belle composition à faire sur l’histoire de ces retrouvailles forcées entre un père et son fils. Hélas, le déroulement un peu convenu brasse un message assez poussiéreux. Celui de l’avocat égocentrique sans merci, qui redécouvre à la campagne les joies de la vraie vie, enfonçant toujours plus loin le cliché de la retraite spirituelle, l’exil de la centrifugeuse citadine qui tourne à 100 à l’heure, broie les rêves, et exhibe une version factice de l’American Dream, en contradiction avec les « vraies » valeurs de la vie. Une approche vous en conviendrez un peu dualiste, qui sert de prisme pour graduellement révéler une facette plus humaine de l’avocat mégalo. Celle d’un jeune écorché vif qui ressort son t-shirt Metallica comme au bon vieux temps, et qui fait du vélo au grand air, les cheveux au vent. Mouais.

C’est bien là le seul et véritable problème de The Judge : vous pouvez en deviner la fin dès la scène d’exposition. Le film se déroule sous vos yeux comme une prédiction, et échoue de ce fait dans l’art de vous surprendre. De plus, le réalisateur a souvent tendance à en faire trop, à l’image de cet affrontement père / fils sous une tempête force 4. Les regards dans le vague, l’eau qui dégouline sur la figure, le paysage post-apocalyptique… Avait-on vraiment besoin de ces artifices datés pour souligner l’intensité de leur contentieux ? Cette mise en scène lourdingue ne contribue dans le fond qu’à atténuer le travail d’interprétation des acteurs, et ajoute un côté surfait dont le récit se serait bien passé. Cela ne veut pas dire que le métrage de David Dobkin est dénué de belles propositions. On pense notamment à la partition impeccable de Robert Durvall, dans le rôle de ce Juge de 73 ans ancré dans ses valeurs, qui n’accepte pas de vieillir. Soucieux de son image, et imbu de sa condition de patriarche, l’homme est dans le déni. Incapable de se souvenir si oui ou non, il a commis un meurtre le soir de l’enterrement de sa femme. Honneur brisé d’un homme médicalement au plus bas, qui nous renvoie directement à notre propre condition. Douloureuse piqure de rappel qui nous dit que rien n’est éternel. Qu’il faudra au moment venu savoir passer le flambeau, et que l’héritage existe autant par les actes, que par la descendance qu’on laisse derrière nous.

The Judge - VERDICT

Par Fox Mulder le

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