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The Imitation Game

La théorie et la pratique

Il y avait tellement mieux à faire avec la vie d’Alan Turing. Mathématicien hors pair, cryptologue surdoué et père de l’informatique, il restera avant tout l’un des plus grands héros de l’histoire de l’humanité, dont les travaux durant la Seconde Guerre mondiale ont épargné la vie de près de 14 millions de personnes, en précipitant la chute des nazis de deux années. Pour autant que je sache, vous, moi, votre père et votre grand-père devons la vie à cet homme dont on ne connait pourtant pas grand-chose. Un génie de l’ombre au destin tragique, conspué par ses contemporains à cause de son homosexualité. Un comportement « indécent » qui était à l’époque punie par la loi britannique. Bref, le genre de destin dont Hollywood raffole, nominé pour l’Oscar du meilleur film.

Une nomination que l’on mettra bien volontiers sur le compte de la prestation de Benetict Cumberbatch, qui excelle dans une partition de surdoué asocial qu’il connait bien. Contrairement à Sherlock, Alan Turing pousse néanmoins le syndrome du surdoué condescendant un cran trop loin : il est incapable de comprendre l’ironie, s’isole sans cesse et remballe tout le monde. Sous l’objectif de Morten Tyldum, la caricature de l’homme devient anxiogène. Pas besoin d’en faire des caisses pour comprendre que Turing est un handicapé social, mandaté pour trouver la clé d’Enigma, un cryptage allemand réputé inviolable qui permettrait de prédire toutes les attaques allemandes. Un sujet qui avait déjà fait l’objet d’un film sorti en 2002 avec Kate Winslet. Ça s’appelait Enigma, et il y a une bonne raison au fait que vous ne vous en rappeliez pas. Le déchiffrage de ce code nazi constitue d’ailleurs le gros du film, et se heurte à une problématique qui est loin d’être nouvelle : comment transmettre les principes complexes de la Cryptologie à une audience profane, qui est sensée comprendre les enjeux d’une recherche scientifique complexe, tout en ignorant ses tables de multiplication ? La réponse passe (hélas) par une vulgarisation pas des plus glorifiantes, qui donne lieu à pas mal d’incohérences assez dérangeantes. La solution de l’énigme semble pourtant évidente, et ce, pratiquement dès le début. Tout le paradoxe est là : comment les têtes pensantes les plus brillantes du pays de Sa Majesté ont pu passer deux longues années à étudier une problématique, qu’un type lambda comme moi, qui de surcroit déteste les maths, a pu capter dès les premières minutes du film ?

On ne nous épargne d’ailleurs pas la sempiternelle scène de la découverte transcendantale, qui est faite lors d’une conversation anodine dans un bar, parce que sinon ce ne serait pas drôle. C’est dommage, parce qu’il y avait très certainement matière à nous instruire en tant que spectateur dans cette longue et fastidieuse recherche, dont on ne retiendra finalement que les rouages d’une machine qui tournent sans trop savoir pourquoi ils tournent. Mais ils tournent, donc ça doit vouloir dire que ça marche bien ! Plus grave, la psychologique de Turning se limite à une succession de clichés, d’ellipses et de non-dits, qui tentent de faire passer la facilité du scénario à éviter le sujet pour de la pudeur. Son homosexualité, qui reste une thématique centrale du long-métrage, a l’hypocrisie d’être moralisatrice, alors que le film lui-même évite soigneusement de la montrer à l’écran, préférant le sourire de Kiera Knightley dans le rôle de lead-romantique. La morale pour les droits des gays, oui. Mais de là à montrer Turing embrasser même furtivement un autre homme, surtout pas ! J’ai rarement vu une telle hypocrisie. Dénoncé par la police, Turning sera contraint à la castration chimique, qui le fera grossir au point de l’empêcher de courir. Privé de son droit d’exister pour ce qu’il est, il sera retrouvé mort deux ans plus tard des suites d’un suicide. Chose que l’on ne voit pas dans le film, qui préfère se contenter d’un simple texte. Comme ils disent dans le milieu scientifique : après la théorie, il serait peut-être temps de songer à la pratique.

The Imitation Game - VERDICT

Par Fox Mulder le

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