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The Hateful Eight

Close that door !

The Hateful Eight est tout sauf un western. Ne vous fiez pas à ses vastes étendues enneigées, ses étoiles de shérif et ses chapeaux de cow-boy. Bien que la forme puisse laisser planer le doute, dans sa construction, comme dans la gestion de ses personnages principaux, le dernier Tarantino se rapproche infiniment plus d’un Reservoir Dogs que d’un Django Unchained. Pour son huitième long-métrage, on ne peut qu’admirer la prise de risque de ce réalisateur définitivement hors du commun. Le choix du huis-clos est toujours osé. C’est un genre profondément casse-gueule. Seules de fortes personnalités, un casting d’élite, une écriture pointue et des situations conflictuelles peuvent non seulement rendre supportable cette unité de lieu, mais aussi (et surtout) la transcender. Et c’est précisément ce pour quoi les hommes, femmes et familles de tout âge et de tout horizon se précipitent encore vers le cinéma de Tarantino. On cherche la transcendance, ou tout du moins à vivre quelque chose. Voir un truc différent. Passer un bon gros moment de cinéma, qui donne envie de se noyer dans le cliché, claquer le soda, le pop-corn, et la bonne vieille tentative de rapprochement après 35 minutes de film. Sauf que The Hateful Eight n’est pas forcément un métrage dans sa définition la plus formatée, classique, et prête à être consumée et aussi vite oubliée sur un siège en velours rouge. C’est une douce imposture, qui joue constamment avec vos nerfs.

Certains pourront parler de génie, d’autres loueront un style osé, alors que les plus réfractaires parleront d’écran de fumée. D’arnaque qui cache le vide d’un scénario qui pourrait tenir sur une double page A4. La vérité, c’est qu’une fois derrière une caméra, Tarantino devient le plus grand truand de la galaxie. Son œuvre cinématographique entière pourrait être résumée par une succession d’artifices superbement menés. La vérité, c’est que l’homme n’a jamais failli à sa capacité à nous surprendre. Et d’une manière tordue, presque sadique, c’est ce qu’il fait une fois de plus avec son nouveau film. Une vaste blague diront certains. Et on est passé à un rien de le penser, de crier avec les loups, et d’enterrer la bête au plus profond des entrailles de sa filmographie iconique. Durant les 45 premières minutes, le temps semble comme suspendu. Le film expose, montre avec insistance, en fait des tonnes sur les lourds silences, les dialogues anodins. La réalisation flâne, s’attarde sur les figures imposantes qui composent le casting de cette huitième œuvre filmique. Tarantino capture le charisme de Sam Jackson comme au premier jour. Il insiste, sur les cicatrices de Kurt Russel, tout en prenant le soin de ne jamais interrompre la paix de ce moment (presque) strictement contemplatif. Alors que le spectateur attend patiemment que les hostilités démarrent, qu’il se passe enfin quelque chose, Tarantino joue avec nos nerfs. Il pose le décor pièce par pièce, réplique après réplique plan après plan. C’est comme s’il savait que vous saviez que tout allait partir en vrille au bout d’un moment. Car tout va partir en vrille. C’est une certitude qui plane sur le film dès la première seconde. Des armes à feu seront dégainées, des coups de feu seront tirés, des verres seront renversés, de multiples fluides corporels seront versés. La question n’est plus de savoir si tout ceci va réellement se passer, mais plutôt quand ? Avec qui ? Et comment ?

Lorsqu’il enferme huit personnages aux antipodes les uns des autres, armés jusqu’aux dents, souvent dangereux, et chacun mût par des intérêts opposés, Tarantino crée la parfaite recette pour un carnage annoncé. Et il sait que vous en êtes parfaitement conscient. Tout le jeu du réalisateur sera alors de torturer son spectateur, qui attend l’inévitable d’une seconde à l’autre. Cette tension palpable, cette paranoïa permanente s’étalent sur près de trois heures. Trois heures à guetter le moindre signe, tenter d’interpréter la moindre réplique, essayer de lire dans le trouble jeu des personnages enfermés dans ce chalet reculé, coupé du monde par une terrible tempête. Beaucoup sont des habitués du réalisateur. Tim Roth, Michael Madsen, ou encore Walton Goggins, qui signe probablement l’une des meilleures prestations de sa carrière. Comme à son habitude, le réalisateur signe une montée en puissance aussi prévisible que salvatrice. Certains n’hésiteront pas à taxer The Hateful Eight comme une longue traversée du désert, qui vire au festival de gore et de poudre à canon dans ses dernières minutes. Et dans les faits, c’est précisément ce que propose le film. Le pire élément de la filmographie de Tarantino, peut-on lire un peu partout. C’est en tout cas celui que l’on retiendra comme le moins accessible. Une contradiction avec l’image que se fait Tarantino de son propre cinéma. Néanmoins, cette longue exposition, qui peut parfois être ennuyeuse, semble nécessaire à l’appréciation globale du film. La fin n’existerait pas sans le début, et inversement. Avec The Hateful Eight, Tarantino a voulu prendre son audience à revers, surprendre, quitte à perdre une partie substantielle du public en route. En ce sens, c’est précisément ce qui fait que ce film ne mettra certainement jamais personne d’accord. Tarantino en était probablement conscient dès sa première lecture du script, et ça ne l’a pas empêché d’aller au bout de cette idée, qui se révèle ô combien jubilatoire. C’est l’audace, dans toute sa splendeur.

Hateful Eight REVIEW 02

Par Fox Mulder le

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