Pour améliorer votre expérience , nous utilisons des cookies sur notre site Web.
Si vous continuez à naviguer sur ce site, vous acceptez d'utiliser des cookies sur le site Internet Sick Magazine . Ok En savoir plus

The Affair, saison 1

Dominic, nique nique !

Vous lirez un peu partout que The Affair met en scène une histoire simple. Le genre d’histoire au cadre idyllique que vous pourriez retrouver avec horreur en feuilletant le vieux livre Arlequin de votre grand-mère. L’argument est difficile à contredire. Un quarantenaire qui trompe sa femme avec la serveuse d’un restaurant, une trentenaire paumée qui trompe son mari avec un professeur de littérature, tout cela transpire le stéréotype jusqu’à la moelle. Sauf que valider cette idée, c’est oublier que c’est souvent sur les conflits les plus simples que se construisent les plus grandes histoires.

Un seul épisode, c’est ce qui aura suffi à The Affair pour poser la dualité d’un récit aux fondements fragiles. Au centre d’une enquête policière, Noah et Allison se souviennent de leur première rencontre, de leurs semaines d’adultère sur l’île paradisiaque de Montauk. La subjectivité est de mise et ne manquera pas de déstabiliser le spectateur en quête de vérité. Ce qui fait la force de la série de Showtime, c’est sa narration qui ne se repose jamais sur ses acquis. Chaque épisode est divisé en deux parties distinctes : l’une est consacrée à Noah, l’autre est dédiée à Allison. Chacun livre sa version des faits, sa sensibilité précise à l’égard de certains détails qui peuvent être oubliés par l’un, quand ils seront omniprésents chez l’autre. Ainsi, une même scène a deux facettes, deux vérités qu’il convient de réconcilier. Dans l’état, le procédé pourrait paraitre redondant puisqu’il oblige le spectateur à visionner deux fois les mêmes choses. Et pourtant, il s’agit de l’une des plus grandes qualités de la série. La non-linéarité de la narration, misant sur une balance constante entre flashblack et flashforward, est un exemple de justesse. Jamais la série ne parait confuse, jamais elle ne semble se perdre dans son propre récit. L’ensemble est maîtrisé de bout en bout, durant une dizaine d’épisodes qui maintiennent un suspense que l’on n’aurait pas soupçonné et qui vole en éclat dans les dernières minutes de cette première saison. Bien entendu, le schéma narratif rappelle immédiatement celui mis en place dans l’excellente série True Detective. Mais les enjeux ne sont pas les mêmes. Plus modeste, plus proche du quotidien de chacun, The Affair transcende la banalité de son récit dans une passion dévorante, une alchimie de tous les instants, notamment grâce à son casting irrésistible.

Personne n’aurait pu mieux interpréter Noah Solloway que Dominic West. L’acteur, connu pour son rôle intemporel de Jimmy Mc Nulty dans The Wire, se confond avec son personnage : un enseignant de littérature, auteur raté d’un livre que personne n’a lu, gendre d’un beau-père qui croule sous les billets grâce au succès de ses médiocres ouvrages, mari d’une femme que bon nombre n’hésitent pas à qualifier de parfaite, et père de quatre enfants imprévisibles. Au-delà de son charisme indéniable, Dominic West est l’atout majeur de The Affair. Il parvient à rendre son personnage à la fois aimable, emphatique et profondément détestable. Ruth Wilson, l’actrice qui campe Alison Lockhart, effectue un travail tout aussi remarquable dans le rôle de l’amante, perdue dans un paysage synonyme de traumatisme parental. Les seconds rôles sont tout aussi convaincants et confèrent à la série un sceau de qualité qui semble infaillible. L’écriture parait parfois pompeuse, prétentieuse. Mais ce serait confondre l’intelligence de la plume avec la médiocrité des productions qui naissent chaque année. Délaissé de tout manichéisme nauséabond, The Affair ne juge jamais ses protagonistes, et laisse tout le soin au spectateur de se forger un avis sur la situation. Ce n’est pas une démonstration, c’est une invitation à comprendre ce qui peut pousser deux personnes à se détourner de la fidélité. Parfaite de bout en bout, cette première saison réussit absolument tout ce qu’elle entreprend, sans commettre le moindre faux pas. Maintenant, l’excitation de la nouveauté va laisser place à l’angoisse du futur : si le concept de The Affair est terriblement efficace, il parait néanmoins dépendant de l’enquête policière qui ne pourra pas s’étaler sur la longueur. Le renouvellement : voilà la seule et unique chose qu’il lui reste à prouver.

The Affair - VERDICT

Par Sholid le

Plus de lecture