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The Affair, saison 2

Petit meurtre entre amis

« Le renouvellement : voilà la seule et unique chose qu’il lui reste à prouver ». Ce sont sur ces mots que nous avions conclu notre critique de la première saison de The Affair, et c’est sur cette même idée que nous ouvrirons ce nouveau billet. En multipliant les points de vue, The Affair est définitivement parvenu à renouveler son efficace formule. Les protagonistes sont captivants, les sentiments gagnent en complexité et la série efface habilement toute connotation manichéenne. Un concept qui fonctionne, quand il n’est pas malmené par une gestion délicate des différentes temporalités et par certains rebondissements et révélations dignes d’un soap opera. Impossible donc pour la série d’égaler sa fantastique première saison, tout comme il est impossible de ne pas rester médusé face à la maîtrise de ce récit.

Il est vrai que le choix d’augmenter les points de vue ressemble plus à une solution de facilité qu’à une véritable trouvaille narrative. Pourtant, il s’agit de l’évolution naturelle du concept qui a fait le succès de The Affair. D’autant plus qu’il s’agit d’offrir les visions de Cole et Helen, deux personnages qui ont autant à dire sur l’histoire que Noah et Alison puisqu’il s’agit de leur anciens compagnons. L’intérêt de leur perspective est au premier plan, ces deux protagonistes étant au second plan de la romance dépeinte dans la première saison. Le résultat est même surprenant et ne manque pas de renverser les codes préétablis. Cole devient moins antipathique, Helen se positionne plus en tant que bourreau de son propre malheur que victime d’un mari volage. De l’autre côté, la série devient plus clémente avec Noah, à mesure que le véritable caractère d’Alison se dévoile. Tous ces renversements s’effectuent dans la parfaite continuité de la série, en explorant des pistes déjà effleurées dans la première saison. C’est encore une fois ce qui constitue le succès de The Affair : cette caractérisation instable des personnages qui évolue à mesure que les points de vue livrent leurs vérités. Conséquence de cette multiplication des subjectivités : le jeu quelque peu futile de la recherche des différences est beaucoup moins efficace. Il était beaucoup plus facile à mettre en place dans la première saison, puisqu’il s’agissait de comparer uniquement les souvenirs de Noah et Allison. Désormais, tout s’entrecroise, tout se mélange, seul quelques détails résident et permettent de voir à quel point le diable peut se trouver dans la couleur d’une chemise. Un mal pour un bien : il est peu probable que ce jeu visuel et narratif aurait contribué au renouvellement instauré par cette seconde saison.

The Affair est parvenue à une telle maîtrise de son concept qu’elle se permet même d’offrir quelques métaréflexions, en s’adressant indirectement au spectateur. Une mise en abyme qui s’effectue grâce au sulfureux livre de Noah, qui serait l’équivalent même de la série puisqu’il raconte l’adultère de deux amants. Lors du repas de Thanksgiving, Alison adresse une série de reproches à Noah, reproches qui font implicitement référence au jeu de séduction des deux personnages. C’est assurément l’élément le plus subtil de la série, celui d’être le reflet d’un reflet, d’être une série qui se regarde sans l’assumer, tout en laissant au spectateur les clés du puzzle. The Affair est alors une double passion : celle d’une histoire banale transcendée par son concept et celle qui susurre à l’oreille du spectateur qu’elle est consciente de son existence. Au sommet de ce règne narratif, Dominic West (Noah Solloway) trône à nouveau comme un acteur hors pair, capable de jouer l’auteur sanguin face à une mauvaise critique comme le patient d’un psychologue qui se confesse pendant un peu moins de trente minutes. Mettre en avant sa prestation ne signifie pas que le reste n’est pas à la hauteur, seulement que le personnage de Noah Solloway n’a pas à rougir du détective Jimmy McNulty qu’il interprétait dans The Wire. Malheureusement, la maîtrise du concept de The Affair ne signifie pas que l’histoire est aussi bien ficelée. Entre certains rebondissements grossiers, une gestion calamiteuse de la temporalité (qui peut devenir très rapidement perturbante) et une révélation finale qui tombe comme un soufflet, tout juste digne d’un mauvais téléfilm, cette seconde saison ne manque pas de nous rappeler que l’illusion de la forme ne peut marcher qu’un temps. Conçue pour durer pendant trois saisons, The Affair a encore toutes les cartes en mains pour sceller avec brio le destin de ses personnages.

The Affair S02 REVIEW 02

Par Sholid le

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