Pour améliorer votre expérience , nous utilisons des cookies sur notre site Web.
Si vous continuez à naviguer sur ce site, vous acceptez d'utiliser des cookies sur le site Internet Sick Magazine . Ok En savoir plus

Straight Outta Compton

American Rap Dream

Raconter à vos grands-parents l’émergence du Gangsta Rap et la naissance de l’un des plus grands groupes que la terre ait jamais portés : voici l’ambition de F. Gary Gray et du biopic Straight Outta Compton. Si les qualités narratives du long métrage ne sont pas à remettre en question, le film consacré à N.W.A est problématique, comme bon nombre de biopic. Entre réalité fantasmagorique, faits volontairement omis et sacralisation du tout puissant Dr. Dre, l’ascension filmographique du célèbre groupe se situe quelque part entre le mensonge et la vérité. De quoi faire grincer les dents de ceux en quête de véracité, tout en comblant les personnes pour qui ce sigle intemporel n’a jamais rien évoqué de bien particulier.

Il y a plus d’un siècle, les naturalistes ont conceptualisé la notion de milieu. Soyons brefs et vulgaires : le comportement de chacun s’explique par l’environnement dans lequel il a grandi. Soyons encore plus vulgaires : plus un être côtoie la merde, plus son attitude s’expliquera par son environnement. Est-ce que les membres de N.W.A auraient connu le même destin en grandissant dans un pavillon bourgeois ? La question est légitime. Néanmoins les faits sont tels qu’ils sont : en grandissant dans l’un des quartiers les plus violents et les plus défavorisés de Los Angeles, Ice Cube, Eazy-E, Dr Dre, MC Ren, DJ Yella et Arabian Price ont donné naissance à un courant musical à part entière. Cette naissance, Straight Outta Compton la dépeint avec une efficacité indéniable. Rythmé de bout en bout, le film s’attelle à dresser le portrait du groupe de ses débuts jusqu’à sa toute fin, soit l’équivalent de cinq longues années. Cinq années durant lesquels le groupe connaît la gloire, les disputes, les menaces du FBI, les escroqueries financières d’un manager peu scrupuleux, les révolutions musicales et l’émergence d’icônes intemporelles comme Tupac, Snoop Dogg et les Bones Thug-N-Harmony. Il y a de quoi dire et il est même regrettable de voir à quel point le film passe brièvement sur certains points clés du groupe et du label Ruthless Records. Fascinant, le film met aussi en lumière l’absence de décalage entre cette époque et la nôtre. Si le Gangsta Rap est devenu monnaie courante, les débordements policiers sont aussi plus présents que jamais. Le sulfureux titre Fuck Tha Police trouve alors tout son sens et fait violemment écho à notre actualité. L’ensemble est porté par un casting sans faute et des acteurs qui semblent se fondre avec les rappeurs qu’ils interprètent.

Sur la forme, le pari est réussi pour F. Gary Gray qui est parvenu à offrir une œuvre haletante et inspirée. Sur le fond, c’est sujet à débat. Qu’attendre d’un biopic sur l’un des plus grands groupes de rap, produit par deux des plus grands membres de ce groupe ? La question est légitime puisque derrière Straight Outta Compton, nous retrouvons les noms d’Ice Cube et Dr. Dre, plaqué sans concession en lettre capitale. Non pas que le film s’éloigne radicalement de la véritable histoire du groupe au point d’en livrer une vision complètement erronée, mais vous vous doutez bien que le long métrage ne va jamais oser livrer une vision négative de ces deux icônes. Le plus gênant reste bien entendu la sacralisation de Dr. Dre, quasiment érigé en tant que figure héroïque, qui conclue le film au terme d’un affrontement verbal quelque peu pittoresque avec le terrible Suge Knight. Bien entendu, il ne s’agit pas de remettre en cause le génie du rappeur et producteur hors pair. Aucun mot concernant les violences physiques à l’encontre de Dee Barnes perpétré par Dre, encore moins concernant le vaste patrimoine financier laissé par Eazy-E après sa mort. Les éléments détournés, oubliés sont nombreux, phénomène qui serait acceptable si cela ne transformait pas complètement la perception que l’on peut se faire de certains personnages. Straight Outta Compton ne raconte pas l’histoire de N.W.A. Il montre une certaine vision de cette histoire, comme toute œuvre qui ne prêtent pas être un documentaire, mais un film. La logique du genre est respectée et quiconque prend pour vérité absolue tout ce qui est montré se doit de s’intéresser de près à l’histoire du groupe pour acquérir le recul nécessaire. Un excellent film, une biographie beaucoup plus discutable. Le mieux encore, c’est de découvrir leur histoire, à travers leur musique.

Straight Outta Compton - REVIEW 02

Par Sholid le

Plus de lecture