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Spectre

L’ombre de lui-même

Et c’est ainsi que Daniel Craig fit ses potentiels adieux à James Bond : dans une vingt-quatrième aventure insignifiante, diamétralement opposée au souffle qu’avait su insufflé Casino Royal à la franchise. Difficile de dire à qui revient véritablement la faute. Entre un Daniel Craig qui semble s’emmerder, un Sam Mendes peu inspiré et un scénario aussi creux que la tête du personnage campé par Christopher Waltz, Spectre enchaîne avec une adresse navrante les faux pas. Si Skyfall était parvenu à redresser hautement la barre après l’accident Quantum Of Solace, Spectre agit comme une douche glaciale, un félin qui ronronne tranquillement dans son coin sans se douter de l’ennui que sa vision suscite.

Dans les contours de son scénario, Spectre a tout d’une justification bâtarde, censée représenter une certaine apothéose de l’arc narratif engagé par Casino Royal. Ainsi, les événements vécus par le Bond campé par Craig dans les trois précédents longs métrages sont liés, justifiés par la maléfique organisation Spectre, menée d’une poigne de fer par Christopher Waltz. Ça ronronne, ça ronronne. Le célèbre agent secret part alors en croisade, motivé par une vengeance nourrie par les nombreuses pertes de son entourage. Ça ronronne tellement qu’on se demande comment les esprits derrière les scénarios de Casino Royal et Skyfall ont pu accoucher d’une œuvre aussi vide de substance. Dans les faits, cette volonté de conclure ce grand arc narratif à travers la symbolique de l’antagoniste tout puissant qui tire les ficelles n’a rien de véritablement médiocre. L’idée n’est pas mauvaise, disons juste qu’elle obéit à une certaine facilité scénaristique. D’autant plus qu’aucun élément de Spectre ne tente de nous faire oublier à quel point l’histoire est creuse. Seulement voilà : dans le rôle de l’antagoniste, Christopher Waltz fait du Christopher Waltz. Celui qui devrait véhiculer la crainte et l’angoisse n’est qu’une icône insipide, un vengeur sans scrupule aussi ennuyant que peut l’être le film. C’est un principe qui fonctionne à tous les coups : lorsqu’une œuvre oppose un héros à un antagoniste, ce dernier se doit d’être à la hauteur. Casino Royal fonctionnait en grande partie grâce à l’excellent Mads Mikkelsen, tout comme Skyfall assurait le spectacle avec la prestation de Javier Bardem. Waltz est bon, mais la faiblesse de son personnage Franz Oberhauser pèse lourdement sur Spectre. Aucune confrontation n’est palpitante, et les joutes verbales entre Bond et son nemesis servent tout juste la progression du récit.

Alors on se rattache aux quelques réussites qui ponctuent les très longues deux heures trente du film. L’ouverture en plein Carnaval du Jour des Morts à Mexico inaugurait le meilleur pour la suite. C’est sûrement l’une des seules scènes captivantes du film. Le combat intense entre Bond et le personnage interprété par Bautista est assez jouissif. Certains plans sont réussis, c’est indéniable. Le reste est un enchaînement de scènes d’action au demeurant lisibles, qui ne cèdent pas aux sirènes du montage épileptique, mais sacrément convenues. Rien, dans le travail de Mendes, ne laisse penser que le cinéaste a voulu surprendre, renouveler la formule, innover ou tout simplement proposer une aventure rythmée en s’appuyant sur les quelques éléments qui ont fait le succès de l’incarnation de Daniel Craig. Spectre est un chat qui ronronne et qui méprise le monde. Craig a l’air usé, Bond semble plus désabusé qu’à l’ordinaire. Pendant longtemps, on a reproché à cette nouvelle itération d’être trop sérieuse, de manquer de second degré. Un argument qui ne tenait pas la route face à l’excellent renouvellement proposé par Casino Royal mais qui prend désormais toute son ampleur avec Spectre. Et ce n’est pas les personnages plats incarnés par Monica Belluci, Lea Seydoux et Andrew Scott qui parviennent à sauver le film de l’ennui qu’il dégage. C’est regrettable, car cette incroyable palette de talents avait sûrement beaucoup plus à offrir qu’un matou qui se repose entièrement sur ses lauriers. Décevant et ennuyeux, Spectre devrait probablement signer la fin du règne de Craig et de Mendes, le premier étant fatigué par le rôle, le second ayant accepté de réaliser le film à reculons. Il n’y a pas de fumée sans feu…

Spectre - REVIEW01

Par Sholid le

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