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Shameless, saison 5

La célébration de l’indécence

Après cinq années de diffusion, je me demande encore comment l’excellente version américaine de Shameless a bien pu rester aussi confidentielle chez nous. Boudée par tous les grands médias, la série la plus borderline de Showtime ferait presque passer le reste du câble américain pour de la télévision conventionnelle. Sans ne jamais tomber dans l’auto-caricature, Shameless est une série qui porte bien son nom : une célébration bien arrosée de la décadence, qui titube sur les conventions, avant de bien gentiment pisser sur la morale bien pensante. Une idéologie biaisée qui se fait constamment cracher au visage, mettant à nu son hypocrisie, incarnée par l’abandon pur et simple des classes les plus défavorisées de Chicago. Et puis il y a cette famille qui tente de survivre. Complexe, tiraillées, mais formidablement attachante. À la fois crade, autodestructrice, mais diablement humaine.

Les Gallagher ne sont pas au bout de leurs peines. À dire vrai, ce foyer jugé « dysfonctionnel » par le gouvernement américain n’a connue que les galères. Ils cohabitent ensemble sous le toit d’une bicoque en ruine, se battent pour payer les factures d’eau ou d’électricité. Tout le monde met la main à la patte pour aider le foyer familial à garder la tête hors de l’eau jusqu’à la fin du mois. Les premières saisons faisaient la peinture de cette famille de six gosses, élevés par leur grande sœur, abandonnée par une mère bipolaire, et constamment tirés vers le bas par un père qui vendrait un gosse pour quelques tournées de plus à l’Alibi, le bar crado du coin. Frank Gallagher apparaissait alors comme le problème de l’équation. L’élément perturbateur qui venait systématiquement foutre cette famille en l’air. On dit souvent que la pomme ne tombe jamais bien loin de l’arbre. Je ne sais pas si le chaos se transmet dans les gènes, ou bien si c’est une question de contexte, ou encore de mimétisme. Mais au fil du temps, le rôle du patriarche dans le déclin de cette famille s’est largement estompé. Fiona, Lip, Ian, Debbie et Carl n’ont pas besoin de leur père pour enchainer les conneries. Toute leur existence est dictée par leur environnement. La société difficile dans laquelle ils tentent de survivre. Plus précisément, les quartiers sud de Chicago, laissés à l’abandon. Dans le tram qui relie le centre-ville au SouthSide, le trajet en dit très long. Au départ, des jeunes actifs et plutôt aisés. Quelques arrêts plus tard, les alcooliques et les clochards ont remplacé la riche population.

Ce que certains considèreraient comme un enfer pourri jusqu’à la moelle, les Gallagher l’appellent leur maison. C’est leur quartier, leur taudis. Ils s’y sentent chez eux, et bien que souvent révulsé par cet environnement sans merci, ils ont du mal à en partir. Comme attirés par les avantages de vivre dans une société oubliée de la société. Un cadre fascinant, car loin de se soucier des apparences, qui prône un mode de vie marginal, presque anarchique, et pourtant tellement plus proche de la nature humaine. Celle qui fonctionne à l’instinct, avant qu’elle ne se fasse broyer la civilisation et ses conventions, ses restrictions, et cet ordre dont nous avons besoin pour vivre les uns avec les autres, mais qui nous bride sur le plan personnel. Ce qui fait de nous une suite de chiffres dans un registre, plutôt qu’un être émotionnel répondant à son propre libre arbitre. Véritable star de la série, Frank Gallagher continue de générer une profonde admiration, parce qu’il refuse l’ordre établi. Un obstacle qui se met constamment en travers de sa définition du bonheur : une vie d’excès, la recherche du frisson, le besoin d’exister en tant qu’être humain égoïste, manipulateur, baratineur complètement torché du matin au soir, qui n’hésite pas à envoyer son fils de 13 ans en taule pour le plaisir de la mettre profond à sa fille psychopathe, et son mioche obèse et attardé qu’il déteste profondément. Chaque personnage est sublimement écrit, et brasse tous les aspects de notre société, pour mieux en souligner les dysfonctionnements, comme l’avait fait (dans un autre registre) The Wire avec le système américain. Sous l’humour gras, sous les situations les plus dégradantes se cache une vraie réflexion sociétale passionnante. Une série exceptionnelle, tout simplement.

Shameless S05 - VERDICT

Par Fox Mulder le

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