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Shameless, saison 6

Tel père, tel fils

Six années de diffusion et soixante-douze épisodes plus tard, la déclinaison américaine de Shameless ne faiblit pas. Les échos des éternels insatisfaits résonnent déjà. Il parait que la version anglaise est supérieure en tout point, et que le Frank Gallagher incarné par William H Macy n’est qu’une copie bas de gamme, comme tout le reste de cette adaptation en somme. Un bien pauvre argument pour celui qui n’a pas été capable de laisser sa chance à l’une des séries les plus réjouissantes proposée par nos oncles d’Amérique. Chaque nouvelle saison récole une quantité d’adjectifs et de superlatifs en tout genre, mais si on ne devait en retenir qu’un seul cette année, ce serait le suivant : émouvant.

Shameless a pris son temps cette année. Prendre son temps, c’est une initiative louable, admirable même, mais qui est à double tranchant, surtout pour une série de ce calibre, qui n’a cessé de jouer sur une avalanche de situations extrêmes. A l’image du show, les scénaristes sont malins et ont évité de tomber dans une surenchère gratuite qui ferait de Shameless une parodie de ce qu’elle était autrefois. Le démarrage est alors poussif, stagnant, avec la légère sensation de revivre les mêmes arcs narratifs amorcés par la saison précédente : la débauche de Frank, la vie chaotique de Fiona, les états d’âme de Lip et tout ce qui rythme la vie des Gallagher. Pourtant, derrière ces répétitions, Shameless semait les graines d’une ligne directrice inévitable : celle de la maturité. Les Gallagher ne sont définitivement plus des enfants et ceux qui peuvent être considérés comme des adolescents évoluent dans un univers bien loin de l’innocence de l’âge bête. Dans ce sens, il y a donc deux personnages fortement marqués par cette maturité : Debbie et Carl. Si la première affiche un comportement détestable tout au long de la saison pour plusieurs raisons, le second s’affirme de plus en plus comme l’un des protagonistes les plus intéressants de Shameless. Forcément, lorsqu’il évoluait au second plan, les projecteurs étaient rivés sur Fiona, ses déboires et ses responsabilités de chef de famille. Alors que la série semble tout doucement manquer de matière pour amener le personnage de Fiona à évoluer, elle est parvenue à faire de Carl beaucoup plus qu’une brute sans cervelle. Elle en a fait un personnage entier, et diablement attachant.

Dans sa conception de la société et de la famille, Shameless a toujours eu une certaine dimension naturaliste. Ce n’est pas seulement le milieu social qui modèle ces personnages, mais c’est aussi leurs gènes. Leur comportement est inscrit dans leur ADN, une hérédité léguée par un père alcoolique et une mère bipolaire. Cette année plus que les précédentes, chaque personnage fait écho à ces deux piliers. Néanmoins, Lip est celui qui parvient une fois de plus à se détacher de tout le reste. Derrière sa vie de débauche et ses conquêtes sexuelles, Lip est porteur d’un double message, aussi pessimiste qu’optimiste : il en faut peu pour ressembler à son père et il en faut beaucoup pour ne pas l’être. Dans toute son intelligence et toute sa ruse, Lip n’est qu’un fils abandonné qui trouve en son tuteur universitaire un père de substitution, un ersatz de Frank avec lequel il partage une connivence intellectuelle. Non seulement Jeremy Allen White fait un travail formidable dans ce rôle, mais il s’impose définitivement comme le personnage incontournable de la saison. Une fois n’est pas coutume, Frank est le seul protagoniste qui n’est pas amené à évoluer. Son égoïsme, sa lâcheté, son alcoolisme et son étonnante lucidité sur le monde qui l’entoure font l’objet de nombreux ressorts comiques. L’ambigüité du rôle est intacte : Frank est tantôt atroce, tantôt pathétique, mais aussi attendrissant. Il lui revient d’ailleurs la lourde tâche de boucler à nouveau cette saison sur une tirade qui démontre toute la virtuosité de l’écriture des scénaristes. Autant d’éléments qui font encore une fois de Shameless une excellente série, tout simplement.

Shameless S06 REVIEW 02

Par Sholid le

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