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Rectify, saison 3

Rectifié, libéré, sublimé

Trois saisons, vingt-deux épisodes : pas une seule fois Rectify ne faiblit dans son récit contemplatif observant la remise en liberté du perturbé Daniel Holden. Tout ce que la série entreprend, elle le réalise avec succès. Le couloir de la mort, la rédemption, les souvenirs, la difficulté de surmonter l’insurmontable : autant de situations complexes qui sont montrées avec la plus grande simplicité. Le terme n’est clairement pas péjoratif, bien au contraire. En toile de fond, ce sont les bribes d’une enquête bâclée qui refont surface et qui permettent de dessiner encore une fois les traits du futur de Rectify. Et ce futur, il s’annonce une nouvelle fois plus radieux que jamais.

Visualisez les souvenirs d’une personne comme une énorme falaise en bord de mer. À chaque vague, la puissance de l’eau entame la roche friable. Des années plus tard, cette falaise n’est plus la même. En apparence, rien n’a véritablement changé. Pourtant, ce sont bien des millions de particules qui ont été arrachés de ce bloc de pierre par la force maritime. Ces souvenirs ont subi l’effet du temps, ce tailleur de pierre impardonnable qui n’épargne personne. La notion de vérité devient alors une question de perspective, plus que de souvenirs, ces derniers étant aussi malléables qu’ils sont aussitôt modifiés par le cours du temps. Cette dimension a récemment été explorée par la première saison de True Detective, mais aussi par les excellents débuts de The Affair. La série portée par Dominic West et Ruth Wilson offrait deux perspectives différentes pour un seul et même sujet, celui de l’adultère et de ses conséquences. Rectify n’a pas la prétention narrative de The Affair, ni même la portée dramatique de True Detective, mais elle partage avec elles cette fascination pour les falaises de l’esprit humain. Plus que jamais, cette troisième saison n’a pas hésité à mettre en lumière la fébrilité de ces souvenirs et la difficulté de leur reconstruction. Cette réflexion s’impose aux yeux de tous par l’enquête du shérif de Paulie, suite à la découverte du corps de George Melton, tué lors du tout premier épisode de la série. Une fois de plus, les yeux sont rivés sur Daniel Holden, un ancien fantôme du couloir de la mort, libéré vingt ans après sa condamnation pour le meurtre et le viol de sa petite amie. Les raisons ? George était un témoin clé de l’enquête et si Daniel a été lavé de tout soupçon concernant le viol, rien n’indique pour le moment qu’il n’est pas capable d’ôter la vie.

Les six épisodes qui composent cette troisième saison se concentrent donc sur deux événements distincts : d’un côté la mort de George, survenue dans le pilote, et de l’autre côté le voyage de Daniel et Trey au domicile de George. Événement qui a eu lieu durant la seconde saison. La série a donc fait le choix de baser son intrigue sur des éléments qui ont subi les ravages du temps, autant chez les personnages que chez les spectateurs. Le génie (comme le diable) se trouve donc dans les détails : s’il est possible de distinguer les protagonistes des antagonistes, la vérité est difficile à reconstruire pour le spectateur comme pour les personnages. Tout le monde se souvient de cette confrontation entre Daniel et Trey au domicile de George. Il est par contre plus difficile de se souvenir des petits éléments qui permettent de conserver le vrai du faux. Le problème s’impose alors comme un jeu qui brise quasiment le quatrième mur entre le spectateur et l’œuvre : non seulement les personnages sont désemparés face aux faiblesses de leurs souvenirs, mais le spectateur est lui aussi confronté à ce même problème, tout simplement parce qu’il est impossible pour le commun des mortels de retenir le moindre détail, peu importe son importance. Au terme de sa troisième saison, Rectify semble avoir bouclé avec brio son premier grand arc narratif, l’aboutissement de trois ans de travail. Depuis le début, le doute plane quant à la culpabilité de Daniel, la série prenant toujours un malin plaisir à briser les frontières entre ses souvenirs obscurs et les faits avérés. Banni de sa ville natale, l’ancien condamné à mort paraît toujours aussi sensible, mais plus déterminé que jamais à profiter de sa liberté. Une situation qui est retranscrite avec la même délicatesse qu’auparavant : à la fois mélancolique et puissante.

Rectify S03 - VERDICT

Par Sholid le

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