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Only God Forgives

Only Gold

Vous pensiez avoir tout vu ? Le gore de Tarantino, le style exacerbé de Wes Anderson, le mutisme d’un conducteur au vêtement scorpion. Only God Forgives est un OVNI (Objet Violent Non Identifié) né à Bangkok et qui fait l’effet d’une tragicomédie infernale, d’une horreur et d’une absurdité sans nom. Ce nouveau long-métrage de Nicolas Winding Refn mettant une nouvelle fois son acteur fétiche Ryan Gosling en scène, vient peut-être de marquer d’une tâche indélébile le cinéma contemporain.

UNE JOURNÉE EN ENFER

Dans un Bangkok reconnaissable par ses putes mineures, ses transsexuels, ses néons rouges et bleus, ses rues inquiétantes et son trafic de drogue, il n’y a aucune paix possible. L’enfer est sur terre et il loge ici dans le cœur de chacun. Julian (Ryan Gosling) dirige un club de boxe thaïlandaise, dévoré par une rage intérieure inextricable. Il est atteint de mutisme et d’impuissance sur tous les plans. Billy, son frère, est un pédophile violent et antipathique. Leur mère (Kristin Scott Thomas) est un monstre féminin tel que le cinéma en a rarement connu. Peinture œdipienne moderne, les relations malsaines entretenues entre Julian, son frère et leur mère trempent également dans le mythe des Atrides. Vous avez dit inceste ? Mais le pire d’entre eux est peut-être encore ce policier local, fantôme ancestral et âme invincible de la Thaïlande, qui peut vous trancher la peau des couilles d’un revers de sabre. Le mal incarne chaque corps, chaque plan, chaque discussion appuyée par un club de boxe à l’éclairage rougeâtre évocateur. Un monde infernal qui ouvre ses portes dès l’incipit puisque Billy viole puis fait saigner une jeune pute de 16 ans… Débute alors ce qu’on n’a l’habitude de lire que dans certaines histoires sordides où la vengeance et les crimes sont d’une violence extrême et empêchent la caractérisation d’un camp de gentils et de méchants. Un déferlement absolu de barbarie auquel nos yeux ont rarement été habitués et dont le réalisme des maquillages fait réellement pâlir un certain Tarantino… Crâne écrabouillé, côtes apparentes après découpage, bras sectionné… L’action se déploie alors comme au ralenti dans un univers quasi mystique alternant phases silencieuses et insertions de violence. La noirceur qui s’en dégage est extrêmement séduisante car elle mélange puissance et contemplation.

UN STYLE IN(MYTHE)ABLE

On ne peut décemment qu’aborder le sujet du style et du fétichisme qui déborde de chaque plan de Nicolas WR. Ce culte qu’il voue pour les plans fixes, les visages muets, les ellipses orchestrées et Ryan Gosling, tout simplement. On peut évidemment le lui reprocher, mais pas du moment que cela crée une atmosphère qu’aucun autre ne peut créer. Car à travers ce mutisme, ces plans immobiles, une cruauté sourde est mise en scène: comme lorsqu’on noie un enfant dans l’eau et qu’il ne peut crier. Par l’inaudible, les cris deviennent plus brutaux, par l’invisible lié aux nombreuses ellipses, les visions fantomatiques imposées aux spectateurs deviennent plus troublantes. On en ressort sourd et aveugle comme retournés à l’état embryonnaire. Et surtout, profondément galvanisé par une sorte d’étrange jubilation purement cinématographique. Car oui, le scénario ou plutôt les dialogues ne tiennent pas sur beaucoup de pages. Et pourtant ce que réussit à créer Nicolas et son acteur Ryan est un mythe. Une tragicomédie grecque où les protagonistes font subir aux autres les pires violences. Et le pire dans tout ça c’est qu’on rigole (parfois). Rien n’est vraiment drôle (sauf quand la mère insulte ouvertement la petite amie de Julian) mais le spectateur face à une telle atrocité ressent un besoin de prendre du recul. Les repères explosent alors et l’on ne sait plus quoi dire sur ce film venu d’ailleurs. Est-ce de la pure branlette ? Est-ce un coup de génie ? Comme lors de cette scène déjà culte où la caméra se fixe sur un enfant handicapé. On se demande quoi penser.

Only God Forgives nous fait jubiler par sa mise en scène ébouriffante accompagnée d’une bande son furieusement démente qui prend son apothéose dans l’excipit. Son récit digne des atrocités de l’Antiquité en fait un film parfaitement anachronique, perdu dans l’espace temps. Le trip est purement stylistique et profondément noir. Nous assistons à un clip dantesque d’1h36 qui nous fait exulter. Une sorte de péché morbide et voyeur que les Dieux ne nous pardonneront jamais.

Only God forgives - VERDICT

Par FMA le

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