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Nymphomaniac

Bouillon de Luxure

On peut aisément reprocher tout et son contraire à ce Nymphomaniac : sa morale alambiquée, ses scènes de cul à foison, son cheminement teinté de métaphores douteuses, ou encore sa construction scolaire, divisant soigneusement en chapitres le récit d’une auto confessée nymphomane. Mais c’est aussi ce qui en fait un diptyque singulier, diablement ancré dans le vice, et volontairement controversé. Quatre heures de cris, de jouissances, de douleurs, de fluides corporels de toutes sortes pour en arriver à une simple conclusion : dans Nymphomaniac, la consommation extrême du sexe n’est qu’un moyen pour arriver à une fin. Soit l’élaboration d’une tribune hors norme qui laisse à LVT tout le loisir d’étaler une fois de plus sa pensée, comme il l’avait fait dans l’excellent Melancholia, avec Charlotte Gainsbourg.

Ici aussi, l’actrice française prend d’assaut la caméra sous les traits de Joe, une nymphomane physiquement usée et moralement abattue, que l’on va suivre dans les étapes clés de sa vie, emmenées sous la forme d’une confession délivrée à un confident d’un soir. De la brutale défloraison de son hymen par un jeune collègue, jusqu’à ses rendez-vous nocturnes avec une dizaine d’inconnus par soir, sa découverte de l’amour, sa grossesse, ou encore ses douloureuses séances de soumissions dans l’arrière sale d’un tortionnaire peu recommandable. Le tout constamment contrebalancé par Selligman, un interlocuteur asexué, toujours en pleine possession de sa virginité à l’aube d’un troisième âge bien entamé. Pour résumer : le film s’attarde 4 heures sur les révélations croustillantes d’une nympho faites à un puceau de 70 ans, qui va constamment tenter de rationaliser, expliquer, et comprendre les comportements de Joe en faisant appel à des références philosophiques, artistiques, religieuses, et même numérologiques. Tout ça pour permettre à Lars von Trier de dresser un portrait édifiant de la femme, et plus généralement de la société moderne. C’est cette subjectivité à toute épreuve qui pousse le réalisateur à faire des analogies entre une succession de plans culs dans un train, et une séance de pèche au gros, démonstration à l’appui. Une imagerie parfois comique, souvent grotesque qui a pour visée première de briser le ton professoral écrasant des longues discussions entre nos deux protagonistes.

Les leçons à en tirer ne sont d’ailleurs pas toujours évidentes. On en vient par exemple à s’interroger sur la justification de l’étalement des origines familiales du vieil homme, qui ne semblent avoir aucun rapport avec le propos principal. À moins que ce ne soit qu’un moyen de plus pour instaurer une confiance mutuelle. Vous donner l’impression de connaitre depuis toujours ce type venu de nulle part, à qui Joe déballe depuis des heures toute sa vie sexuelle. La virginité, le dévergondage, l’amour, la famille, la violence, la thérapie, l’acceptation, la déchéance et surtout la solitude sont autant de thèmes abordés via le prisme de situations plus ou moins crues. On pense à cette scène d’interrogatoire où Joe met à jour la pédophilie d’un homme de la manière la plus cruelle qui soit. Le propos qui en découle, emplis de compassion pour le pervers démasqué n’en est que plus sulfureux : ce n’est qu’un homme sexuellement bridé, en pleins déni et moralement droit, qui sait pertinemment qu’il est condamné à vivre une vie absente de toutes notions d’épanouissement sexuel. Violence physique, mais aussi violence morale, lors de ce monologue arrachant d’Uma Thurman dans le rôle de la femme bafouée, entre le pathos absolu et la comédie pure. On n’est heureusement pas dans l’exploration bête et méchante de la liste des perversions, même si certaines sont effectivement suggérées. Il s’agit plus d’une succession de paradoxes, qui tendent à souligner l’absurde : d’abord la célébration du corps, puis sa digression. D’abord la morale féministe, puis la misogynie. D’abord l’exubérance, puis les tabous. Et puis le vice, toujours.

Nymphomaniac - VERDICT

Par Fox Mulder le

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