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Night Call

Vers de terre

Bien qu’appelé NightCrawler (vers de terre) à l’origine, c’est lors de la vente du film dans l’hexagone que le titre s’est transformé en NightCall, pour taper dans la référence à Drive. Néanmoins, le titre francophone est lui aussi en parfaite cohésion avec le synopsis malsain du film. L’histoire d’un homme trouble, qui trace les appels nocturnes de la police pour filmer des images-chocs, qu’il refourgue ensuite à des télévisions. Si le film est à première vue un duplicata stylistique de Drive, le fond n’a quant à lui rien à voir. Pour son premier long-métrage, Dan Gilroy fait plus que sensation. Comme quoi : il est possible de ressembler à un grand, et d’être un grand.

Lou Bloom, le personnage interprété par Jake Gyllenhaal est un vers de terre. Dite comme ça, la chose n’a rien d’une évidence. Mais en y regardant de plus près, le titre original avait aussi toute sa signification. Lou Bloom est un rampant. Le genre de mecs à la chemise tachée, et aux cheveux mal lavés. Bien rasé mais mal habillé, il a un regard livide et sale, qui cache une personnalité de fouineur et de voleur. Il est prêt à se rouler dans la boue pour obtenir une pitance, qu’il claque en grande partie dans les frais d’un appartement pourri, aménagé avec l’esprit d’une vielle de 90 ans. Mais la vie de Lou change le jour où il assiste à un sauvetage. Celui d’une femme blessée lors d’un accident de voiture. Des cadreurs arrivent sur les lieux pour capturer ce moment tragique et le revendre à une grosse chaîne de télévision américaine. Le minable Lou se trouve enfin une vocation pour laquelle il va se révéler plus que bon, au point de dépasser les limites de la morale sans aucune vergogne. Jake Gyllenhaal porte le rôle puissance 1000, et a d’ailleurs perdu 9 kilos pour entrer dans la peau de Lou. L’acteur américain rend cet atroce personnage magnifique dans son immoralité. Gyllenhaal fascine en psychopathe obsessionnel, aussi désarmant qu’inquiétant, et non dénué d’un certain humour involontaire. Les répliques déjà cultes de son personnage sont d’ailleurs un délice. Selon l’acteur, sa performance est due aux conditions de travail. Tout était tourné de nuit : «Je me suis mis à moins réfléchir et à laisser mes émotions prendre le dessus. Je crois vraiment que nos émotions et les événements qui surviennent sur un plateau finissent par se retrouver à l’écran ».

La ressemblance avec Drive ne se limite donc qu’à ces plans nocturnes, au volant d’une voiture. Pas de quoi crier au plagiat. De toute façon, l’esthétique visuelle est beaucoup plus simple que chez Nicolas Winding Refn. La mise en scène est rythmée, aidée par de multiples scènes de courses poursuites et autres traversées de la ville pied au plancher, toujours caméra au poing. Il y aurait presque de quoi oublier la vraie force de NightCall : son scénario. C’était d’ailleurs la vocation première de Dan Gilroy, avant de passer derrière la caméra. Il a notamment écrit l’histoire de Bourne Legacy, Real Steel ou encore Two for the money. Peut-être pas des grands films, mais qui avaient leur qualité d’écriture. Avec NightCall, Dan Gilroy a montré qu’il était un grand scénariste, à la fois dans son sens du rythme et dans l’écriture des dialogues tout simplement prodigieux. Le plus beau moment est d’ailleurs quand Lou Bloom convainc une collègue de bureau de coucher avec lui, d’une façon totalement inhabituelle. Dan Gilroy réalise un thriller mordant qui allume avec cynisme et justesse, des médias entraînés dans une course à l’audimat. Rares sont les films de studios à oser si franchement vomir le système et ses anti-valeurs, et rares sont les sujets autour de ces pigistes charognards de l’info. Cynique, avec une bonne dose d’humour noir, Night Call est un divertissement aussi grisant que tétanisant.

Nightcrawler - VERDICT

Par FMA le

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