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Mr Robot, saison 1

Hacking Bad

Je sais ce que vous allez penser. Encore de la masturbation intellectuelle sur une œuvre qui regorge de qualités, mais qui usurpe quelque peu son statut de perfection que la terre entière semble lui attribuer. Après tout, Mr Robot n’a absolument rien inventé. Ses influences font partie intégrante de la culture populaire. American Psycho, Fight Club, V Pour Vendetta en tête de liste, la nouvelle série de la chaîne USA s’appuie sur un propos et des procédés qui flatteront l’œil avisé, tout comme l’esprit de celui qui parviendra à déchiffrer le mystère avant qu’on lui présente la solution. Mr Robot ne prétend pas dire les choses différemment, mais elle les présente suffisamment bien pour envouter les globes oculaires qui l’observent. C’est une série qui étonne autant qu’elle fascine, et qui ne choisit jamais l’option de se ranger dans la solution de facilité. La remise en question est au centre de ce récit psychologiquement usant. Sans conteste l’une des meilleures nouvelles séries de l’année.

Dans l’esprit collectif, le piratage se résume à l’image d’un fessier prépondérant cloué sur une chaise et de quelques doigts qui s’agitent frénétiquement sur un clavier pendant que les cernes de la personne en question grossissent à mesure que la lumière de l’écran violente ses rétines. La réalité est bien entendu beaucoup plus complexe, les stéréotypes résidant uniquement dans l’esprit des paresseux. Le travail effectué par Mr Robot est d’abord celui d’une certaine désacralisation de l’image construite du pirate. Elliot Alderson est ce qu’on appelle un Hacker, un petit génie de l’informatique qui use ses talents à la fois de manière altruiste, mais aussi de manière égoïste. Quand il ne s’introduit pas dans la vie privée d’un pédophile pour exposer ses crimes aux yeux des forces de l’ordre, il se glisse dans les méandres de votre ordinateur afin d’en extraire les plus lourds secrets, dans le simple but de combler son incapacité à être sociable. Le problème d’Eliot n’est pas inédit. Il est traité de manière comique dans The Big Bang Theory avec le personnage de Sheldon et il a été torturé de longues années dans la série Dexter. Ce qu’apporte Mr Robot à ce souci en toute somme vraisemblable, c’est une dimension crédible, un attachement sans faille à un personnage construit en grande partie sur ses faiblesses et sur des tirades saisissantes. Des tirades qui n’épargnent personne, des réseaux sociaux aux toutes puissantes entreprises américaines, de l’abandon de toute vie privée sur internet jusqu’aux dettes insoutenables imposées par la société. La série de USA est bavarde, peut-être même trop, mais elle ne parle jamais pour ne rien dire. C’est ce qui arrive généralement quand les concepteurs d’une série ont une vision et qu’ils ne se contentent pas d’agir comme de vulgaires éponges.

L’un des problèmes mineurs rencontrés par Mr Robot est similaire aux critiques que l’adaptation de Fight Club récupère souvent. En voulant agir à contre-courant, en voulant effectuer une levée de boucliers face à une société capitaliste qui broie le cerveau de ses citoyens dans une consommation excessive, la série tombe parfois dans le convenu. Qu’on soit bien d’accord, monter de toutes pièces un groupe de pirates et le nommer F Society n’a rien de subversif. Tout au plus, c’est une revendication faussement explicite qui est heureusement et judicieusement contrebalancée par les desseins plus réalistes et moins fantasmagoriques des autres protagonistes de la série. Qu’il s’agisse du PDG de Allsafe Security, attaché à son entreprise et surtout au bien de ses employés, ou de l’amie d’enfance d’Elliot, la série a l’intelligence d’offrir une palette de personnages qui subissent les lois pécuniaires de leur monde. C’est donc l’histoire du serpent qui se mord la queue, mais dont le manège reste suffisamment excitant pour ne pas se détourner de l’attraction. Il faut bien l’avouer, Mr Robot est une démonstration de narratologie, la preuve qu’il est possible de maintenir une tension permanente, tout en jouant avec ce que le spectateur semble savoir. Le choix de reposer sa narration en grande partie sur le point de vue d’Elliot est judicieux, puisqu’il permet une empathie grandissante pour un personnage psychologiquement instable, tout en multipliant les rebondissements scénaristiques. Rien n’est véritablement neuf et il en faudrait peu pour que Mr Robot ne soit qu’une redite parmi tant d’autres. La maîtrise : voilà ce qui fait de cette première saison une franche réussite. Ça et le fait qu’elle ait offert un rôle convaincant à Christian Slater. Un miracle parmi tant d’autres !

Mr Robot - VERDICT

Par Sholid le

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