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L’Odysée de Pi

Le vrai voyage inattendu

Adaptation du roman « L’Histoire de Pi » du canadien Yann Martel sorti en 2001, « L’Odyssée de Pi » fait partie de ces projets ambitieux, farfelus, dont beaucoup de cinéastes raffolent mais dont très peu sont prêts à tenter l’expérience. Jean-Pierre Jeunet (ouf !) ou encore M.Night Shyamalan (double ouf !) ayant au dernier moment refusé de s’y brûler les doigts et d’y abandonner le peu qui leur reste de talent, c’est finalement à Ang Lee (Tigre et Dragon, Le Secret de Brokeback Mountain…) qu’est revenu la lourde tâche de donner vie à cette histoire atypique et réputée « intransposable » à l’écran. Réputée seulement…

LE POIDS DES MOTS

Piscine Molitor Patel (alias Pi) est un jeune garçon de 6 ans rêveur, accro à la littérature et à tout ce qu’elle véhicule d’imaginaire. Né d’un père athée, tendance terre-à-terre, et d’une mère protectrice qui lui donnera goût à l’hindouisme, il se trouvera une passion soudaine pour les religions (islam, catholicisme) à la suite de sa « rencontre » avec le Christ, jeté en pâture aux hommes par son divin Papa. Mais c’est surtout la confrontation brutale et sauvage avec Richard Parker -tigre du Bengale appartenant au zoo de son père- et orchestrée par ce dernier pour le sortir de sa rêverie, qui le marquera à jamais. Lorsqu’à l’âge de 16 ans, et suite au naufrage du paquebot censé les conduire lui et sa famille au Canada, il se retrouve en compagnie du tigre sur un canot de sauvetage. Dès lors, son voyage initiatique débute, le conduisant à trouver les réponses aux questions qui le taraudent, quitte à remettre en cause toutes ses convictions. Construit comme un flashback et narré par un Pi entre deux âges, le récit est divisé en trois parties bien distinctes : la genèse (son enfance), l’exode (son voyage), et le testament (son récit à un romancier). Evitant le piège du découpage insignifiant dans le seul but de meubler jusqu’à l’arrivée sur le canot constituant le cœur du film, Ang Lee réussi le tour de force de créer sans cesse des liens entre ces trois tranches de vie. Véritable fil conducteur de cette Odyssée, c’est bien l’imaginaire, le symbolique, la transmission du savoir, du récit, auxquels Pi se raccrochera. Et nous aussi ! Chaque mot, chaque situation, chaque plan, est porteur de sens et le tout prendra alors corps lors du twist final, qui renverra chacun vers ses propres convictions, laissant le spectateur libre d’interpréter comme bon lui semble tous les tenants et aboutissants d’une histoire plus complexe qu’il n’y paraît.

LE CHOC DES PHOTOS

Non content de nous proposer un récit de qualité, « L’Odyssée de Pi » enfonce le clou par un traitement visuel époustouflant ! Le tout magnifié par une réalisation tour-à-tour aérienne, subtile, intimiste d’Ang Lee et qui appuie le propos plus qu’elle ne le souligne, on atteint par moment une grâce et une justesse qui laisse béat d’admiration. Reconnaissons que nous ne pensions pas le réalisateur capable d’atteindre un tel niveau de cohérence. Outre les séquences empreintes de poésie et d’onirisme telles les méduses bioluminescentes, les hallucinations de Pi ou le banc de poissons-volants, c’est surtout le tigre qui attire toute notre attention ! Entièrement réalisé en CGI (images de synthèse), le félin est d’un réalisme à couper le souffle ! A aucun moment il ne dépeint avec le décor ou avec l’acteur. A aucun moment il ne nous extirpe de ce voyage par un quelconque côté cheap de très mauvais goût. Un travail vraiment impressionnant qui prouve que lorsqu’ils sont utilisés avec intelligence, sérieux et mis au service de l’histoire plus que pour en combler les lacunes, les effets spéciaux peuvent véritablement apporter un gros plus à la narration. Mention spéciale enfin au naufrage du paquebot ! Rarement une telle catastrophe n’a été montré avec autant de puissance émotionnelle. Vécu au côté de Pi, on traverse littéralement chaque étape du drame, avec la terrible sensation de se prendre toute la violence de la situation de plein fouet au même titre que le héros. Et c’est à l’issue de cette séquence renversante et partagée que le lien entre Pi et le spectateur se fera. Dès lors, il nous prendra par la main, nous montrera, nous apprendra, avec la folle envie de ne plus nous lâcher. Ca tombe bien, on en avait pas très envie non plus…

> Voir la bande-annonce de L’odyssée de Pi

Film familial bourré de double-sens qui contentera les plus jeunes comme les plus vieux, réflexion sur le pouvoir des mots et des images, et donc dans une certaine mesure, sur le cinéma lui-même, Pi nous invite à vivre une Odyssée d’une justesse rare. Intelligent, beau et d’une richesse incroyable, parfois drôle et émouvant mais sans jamais tomber dans le pataud ou la facilité, Ang Lee nous offre là un cinéma comme on en voit peu, du cinéma comme on l’aime.

Odyssee dr Pi - VERDICT

Par YobSolo le

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