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Lincoln

Au revoir, Présideeeent !

Pour son 27ème film en près de 40 ans de carrière, Steven Spielberg tente le pari de s’attaquer au plus emblématique président des Etats-Unis. Alors oui, certains tremblent déjà, connaissant la capacité du réalisateur pour transformer le plus passionnant des scénarios en une insupportable soupe mielleuse et sirupeuse, souvent indigeste, mais vers laquelle on revient toujours gêné, avec les papilles en ébullition. Que ceux-là se rassurent : ce coup-ci, il y a quand même ajouté du piment et une pincée de sel, pour un résultat sucré-salé qui contentera tous les palais ! Sauf que… on n’y reviendra peut-être pas cette fois.

BIOPIC COMMANDO

Mais d’abord, soyons honnêtes deux petites minutes (ou au moins une pour les plus faux-culs…). Un biopic, même si au préalable intéressant, c’est souvent très chiant. Raconter la vie de quelqu’un, essayer de rendre compte de toute la singularité et de toute la complexité d’un personnage, même sur 3h de film, avouons-le, en plus d’être incroyablement prétentieux, c’est aussi et surtout plus casse-gueule que passionnant ! Dans la plupart des cas, on se retrouve devant des films réducteurs, noyés sous un magma d’inepties racoleuses et calomnieuses, maladroitement disséminées sous de la psychologie plus que douteuse. Alors certes, tous les biopic ne sont pas de cette facture-là, et heureusement (et non, nous ne parlons pas que d’Oliver Stone, pour les petits curieux…) ! Mais quand on  ajoute en plus à ce tableau déjà guère reluisant, un Spielberg tout droit revenu des bas-fonds de son improbable « Cheval de Guerre » de 2011, il y a avait effectivement de quoi avoir peur ! Pourtant, après 2h30 passé en compagnie de Lincoln, reconnaissons que Mr E.T. a (dans l’ensemble) plutôt bien rempli son contrat. Choisissant de ne s’intéresser qu’aux derniers mois du Président, ceux précédents son assassinat (et durant lesquels il mènera une rude bataille politique qui aboutira à l’abolition de l’esclavage) Spielberg évite ici le piège du biopic lourdingue. Au contraire, il s’abstient de tout effet grandiloquent, et se met au service total de l’Histoire au risque de sombrer dans un académisme exacerbé. Le choix du réalisateur de s’effacer et de se tenir à distance du personnage principal, souligne surtout un profond respect pour son sujet. Père de famille et mari aimant (bien qu’ « affublé » d’une femme fuyant légèrement de la cafetière), « Lincoln » se veut avant tout être le récit sur l’envers du décor des enjeux politiques de ce fameux 13ème amendement, vu à travers le prisme d’un homme ordinaire, plus que par celui de la fonction qu’il occupe.

AU THÉÂTRE CE SOIR

Choix audacieux donc. Et qui implique, par conséquent, un traitement qui ne l’est pas moins ! Entre manipulations, intimidations et pots-de-vin, la part belle est ici donner à des répliques assassines par l’intermédiaire desquelles chacun défend son bout de gras tant bien que mal, à grands coups d’arguments bien sentis. Si l’exercice peut paraître périlleux, pour un tel sujet il est bien souvent obligatoire. Et c’est en s’assurant les services du « Pulitzerisé » Tony Kushner pour s’occuper des dialogues, que Spielberg comptait donner du cachet à ces jouxtes verbales. Hélas, à force de trop vouloir en faire, le tout devient rapidement moralisateur, le discours poussif, et les citations et autres anecdotes de Lincoln lui-même, lassantes et encombrantes, parce que bien trop abondantes… Dommage. Du coup, la majeure partie de l’action se situant en intérieur, l’ensemble tend à lorgner plus du côté du théâtre filmé que du film dit « de chambre » voire « de procès », avec en prime, le fameux quatrième « mur invisible » ayant ici plutôt des allures de « mur en béton armé » ! Car c’est bien là le principal défaut du film. Le spectateur ne se sent à aucun moment concerné par les enjeux historiques et politiques qui se trament devant lui ! Alors ok, on connait la fin… Mais un peu d’émotion merde, c’est trop demander ? « Lincoln » est baigné d’une telle austérité, limite maladive, qu’elle transpire à tous les plans !  Des prises de vue en intérieur en lumière naturelle, aux teintes bleu/gris des prises extérieures, en passant par l’interprétation de Daniel Day Lewis, absolument rien n’inspire de l’empathie !  Et la surabondance de violons et autres trompettes typiques dans ce genre de productions n’y feront rien… Pas plus que les cinq dernières minutes qui viennent démonter en un clin d’œil tout le propos du film et faisant plus offices de fin alternative dans un bonus DVD que d’une quelconque conclusion à la hauteur de cette figure historique de l’Histoire américaine.

VOIR BANDE-ANNONCE RVLG

Constat en demi-teinte pour cette dernière production Spielberg. Oscillant paradoxalement entre œuvre majeure et œuvre mineure, « Lincoln » se trémousse maladroitement le cul entre deux fauteuils. Intelligent, malin et audacieux, il tend malheureusement aussi vers le pompeux, le prétentieux et l’inabouti. Reste nous, spectateurs, perplexes devant ce spectacle digne d’une fête de fin d’année dans une école américaine 2h30 avant un carnage : ravi d’être là, préférant être ailleurs, et partageant avec lui l’inconfort de la position.

Lincoln - VERDICT

Par YobSolo le

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