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Les Hauts de Hurlevent

Relecture so(m)bre et violente

A l’image du Jane Eyre de sa sœur, l’unique roman d’Emily Brontë, grand classique de la littérature anglaise, semble déjà avoir vécu plusieurs vies et au moins autant de morts. Pour son énième résurrection, Andrea Arnold s’affranchit de tout excès de romantisme superflu. C’est du dur, du brutal, une histoire d’amour et de violence qui se finit mal.

RELECTURE SENSUELLE

Perdu dans une lande au doux parfum de bout du monde, la dure vie du jeune vagabond Heathcliff va rapidement trouver du réconfort au près de la petite Cathy Earnshaw. Entre eux, l’alchimie pourtant innocente de deux enfants est déjà palpable. Les plans sont sensuels, les regards discrets, à la fois vif et langoureux, et les formes juvéniles se dessinent à la moindre bourrasque de vent. La caméra épouse les pleines humides, filmant la nature tantôt statique, tantôt déchainée. Renforcé par des caméras embarquées intimes dont Andrea Arnold use et abuse, parfois à outrance. La marque d’un manque d’assurance? Peut-être, mais sûrement pas. Les scènes sont touchantes et la modestie crève l’écran, teintée pourtant d’une modernité dans la retranscription d’une émotion souvent brute. La photographie superbe tranche avec cette violence et l’hostilité glaciale du reste de la famille Earnshaw. Hidley, le grand frère raciste, est le parfait personnage de roman. A ce titre, la noirceur des créations de Brontë y est fidèlement retranscrite, même si le film ne s’attarde que sur la première grosse moitié de l‘œuvre.

L’AMOUR & LA VIOLENCE

Le silence est roi, et peu de dialogues se risquent à briser cette loi des non-dits auxquels 1000 mots ne rendraient pas justice. Les minutes défilent, hypnotisées par le bruit du vent et des éléments. Pas une musique, pas un artifice tout au long de cette fable de deux heures, si ce n’est les effets de flou et de mise au point à répétition, bien souvent au service de plans subliminaux, voire sublimes tout court. Une fleur entrain d’éclore, puis une pomme pourrie, les images sont typiquement romanesques. La violence n’est pas directe, elle est dans l’air, dans des lapins auxquels on tord le coup, dans une chèvre qu’on saigne de rage, ou dans un chien que l’on pend jusqu’à l’agonie. A ce titre, on devine (encore sans un mot) ce qui se cache derrière le regard de plus en plus sombre de Heathcliff (excellent Solomon Glave) qui décide de disparaître le jour où Cathy se rapproche du riche voisin. Volatilisé, puis revenu transformé, le casting d’enfants laisse place à de jeunes adultes touts aussi convainquants. James Howsons et Kaya Scodelario (Effy de Skins) poursuivent ainsi cette histoire d’amour qui se transforme en histoire de vengeance, conclue par The Enemy un morceaux unique de Mumford & Sons spécialement écris pour le film, qui brise plus de 2H d’un silence onirique.

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L’apogée d’un film faussement modeste, résultat touchant d’une relecture très terre à terre du classique de Brontë. L’oeuvre est imparfaite mais son honnêteté et son authenticité en font, à plus d’un titre, bien plus qu’une simple adaptation cinématographique. C’est un roman grandeur nature.

Les hauts hurlevent - VERDICT

Par Yox le

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