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Justified, saison 6

Meilleur ennemis

Le face à face aura bel et bien eu lieu. Le revolver au niveau de la ceinture, le regard perçant, le chapeau vissé sur la tête au milieu d’une route désertique. Les doigts tentaculaires, qui s’approchent dangereusement de la gâchette. Il ne manquait plus que les échos d’Ennio Morricone pour parfaire cette affiche digne d’un film de Sergio Leone ou bien de Tarantino. Après six ans d’attentes, ce n’est pourtant pas le charismatique Boyd Crowder qui se tient en face du Marshall Raylan Givens. Il s’agit de Boone, un méchant lambda rencontré quelques épisodes plus tôt. Un type à la gâchette facile qui terrorise les habitants de Harlan pour le compte d’un énième gros poisson. Mais la substantifique moelle n’est pas là. Elle se trouve dans l’affrontement indirect que tout le monde attendait. Celui qui a commencé il y a des années dans une nouvelle du grand Elmore Leonard, et qui se conclu de la plus belle des manières.

On devine très facilement cette volonté des scénaristes de surprendre le spectateur jusqu’à la dernière seconde. Graham Yost ne voulait pas d’un final téléphoné depuis l’épisode 1 de la saison 1. Mais il ne voulait pas non plus tomber dans le twist final aussi stupide qu’incohérent. Le genre de fin que l’on dégaine pour le plaisir de surprendre, et rien de plus. La fin de Justified donne tout son sens à la série, tout comme l’ultime réplique ose enfin mettre des mots sur la relation profonde qui unis le Marshall Givens et son meilleur ennemi. Si chacune des saisons de Justified se concentrait sur un antagoniste précis, issu des entrailles de l’Amérique la plus profonde, Boyd Crowder était une constante depuis le début. Son traitement scénaristique et psychologique a profité exactement du même soin qui a été apporté au personnage principal de la série. Bien qu’il campe dans le camp des méchants, il est le deuxième héros de Justified. Une figure emblématique à laquelle le spectateur s’attache scène après scène, épisode après épisode, et saison après saison. L’acteur Walton Goggins n’y est d’ailleurs pas pour rien. L’excellent Shane Vendrell de The Shield, vu en transsexuel dans Sons of Anarchy et bientôt à l’affiche du prochain Tarantino tient son rôle à bout de bras, et excelle de bout en bout. La personnalité exubérante de Boyd Crowder, ses mimiques, sa manière de parler, sa détermination mais aussi sa froideur : Goggins l’a dans la peau.

Un constat qui pourrait également s’appliquer à la prestation constante de Timothy Olyphant. Son air désabusé, sa dégaine de mec increvable qui aborde toutes les situations avec le plus grand des sang froid, ses répliques assassines qui partent aussi vite que de furtifs coups de couteaux. Difficile de se lasser de la danse perpétuelle des deux figures emblématiques de la série, qui se tiennent chacune d’un côté du miroir. La légalité contre le crime. La morale contre l’anarchie. Le bien contre le mal. Pourtant, impossible de ne pas déceler de nombreux points communs entre Boyd et Raylan. Ils sont tous les deux fait de la même étoffe. Des enfants du pays qui ont choisis deux chemins différents, et qui avaient leurs raisons. Comme souvent dans les œuvres de Elmore Leonard, la morale est ambiguë, et c’est-ce qui fait de Justified une série passionnante. Dans le fond, on pourrait vraiment dire que la série est l’exemple même d’une fiction qui allie le classicisme de la forme, et la réussite totale du fond. Moins cérébrale que True Detective, moins rentre dedans que Banshee, la série de Graham Yost est un compromis parfait. Un exemple qui prouve qu’il est possible de tenir six ans sans ne jamais lasser le spectateur. Contrairement à beaucoup d’autres séries, Justified a eu l’intelligence de s’arrêter au bon moment. Une denrée rare, au pays de la saison de trop.

Justified S06 - VERDICT

Par Fox Mulder le

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