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Raconter une histoire, ce n’est pas à la portée de tout le monde. Soyons honnêtes : si je devais vous tenir en haleine durant les cinq cents prochaines minutes, vous seriez nombreux à quitter le navire au bout des dix premières. Nic Pizzolatto, créateur et scénariste majeur de True Detective, occupe cette position ambivalente de chef d’orchestre. Son rôle est de faire en sorte que la mélodie qui se dégage de son récit consume votre attention sans jamais faiblir. Parfois harmonieuse, d’autre fois désaccordée, cette seconde saison ne tente pas de reproduire l’air inoubliable de son aîné. Au lieu de ça, elle s’écarte de la partition attendue en livrant une symphonie qui divise autant qu’elle interroge. La déception est justifiée. Mais il ne serait pas impensable que les vertus du temps aient un effet positif sur cette saison qui ne manque pas de qualités.

Par où commencer ? La tâche n’est pas simple pour une série qui n’a cessé de déchaîner les avis négatifs, alors même qu’elle soulevait l’admiration il y a un peu plus d’un an. Disons que la seconde saison de True Detective est maladroite. Dans sa première anthologie, sous ses airs complexes, parfois même pompeux, la série s’attelait à construire un récit qui retranscrivait habilement la fébrilité des souvenirs et de leur reconstruction. Le temps et la mémoire ne font pas bon ménage, c’est un fait. Naturellement, le décor et les thématiques changent totalement cette année. Exit les terres désolées de la Louisiane, bienvenue dans l’enfer californien. Et vous savez ce qu’on dit de l’enfer ? Nic Pizzolatto n’a cessé de marcher sur des pavés de bonnes intentions. Première intention : doubler les points de vue en offrant quatre protagonistes. Seconde intention : dépeindre des êtres écrasés par le poids d’un passé souvent tumultueux. Troisième intention : développer en toile de fond une réflexion sur la paternité et ses enjeux. L’ensemble est alors cadré par une enquête menant trois détectives et un malfrat à reconstruire les pièces d’un puzzle quelque peu complexe. Le problème, malgré tout l’intérêt qu’il est possible d’éprouver pour cette histoire, c’est que cette complexité et ce manque de clarté inutile desservent complètement cette seconde saison. La faute à un récit moins maîtrisé, plus confus, qui peine à exposer ses enjeux et sa tension dramatique. Il y a bien quelques coups d’éclat, parsemés le long de ces huit épisodes qui font naître à chaque fois l’espoir de saisir pleinement l’intérêt de cette saison. Au terme de son dénouement, True Detective laisse néanmoins une impression d’inachevé et d’un manque de cohésion, autant dans sa trame narrative que dans sa réalisation.

La surprise est minime puisque la série a troqué l’unité de Fukunaga (unique réalisateur de la première saison) pour en enchaînement de réalisateurs qui n’ont jamais eu le temps nécessaire pour imposer leur vision de la Californie. Et ce n’est pas la multiplication des prises de vue aériennes des routes californiennes qui offre une quelconque ambition visuelle convaincante à cette saison. La liste des reproches est longue et on pourrait aussi s’atteler à pointer du doigt des répliques qui paraissent tellement forcées que la série a dansé avec les travers du soap opéra. Il faut dire que ces mêmes tirades étaient présentes dans la première saison, mais qu’elles s’inscrivaient parfaitement dans le personnage de Rust Cohle (Mathew McConaughey). La réussite de cette saison, c’est d’être parvenu à proposer quatre protagonistes principaux captivants, intérieurement déchirés par des conflits qui les guideront jusque dans les dernières minutes. Dans ce domaine, Ray Velcoro (Colin Farell) s’impose immédiatement comme le plus convaincant d’entre tous, oscillant entre le désespoir total et une rage intérieure qui motive chacune de ses actions. À vrai dire, il est plus facile de ressentir de l’empathie pour ce personnage qu’il n’était possible d’en ressentir pour Marty Hart dans la première saison. Nic Pizzolatto est un écrivain et le sombre portrait qu’il dresse de ses protagonistes est influencé par des décennies de publications littéraires. L’espoir n’existe pas dans le monde de ces hommes. Seul le chaos permet d’y remettre de l’ordre. Malheureusement pour l’écrivain, il n’est jamais vraiment parvenu à instaurer de l’ordre au sein de son œuvre. Un manque de maturité qu’on veut bien pardonner pour deux raisons : le générique qui claque et la rédemption filmographique de Colin Farell !

True Detective S02 - VERDICT

Crédit image entête (modifiée) Yuri Shwedoff. On vous encourage vivement à visiter l’excellente page Behance de cet artiste en suivant ce lien.

Par Sholid le

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