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La cinquième saison

Six pieds sous terre

Vous avez encore des doutes sur la Belgique ? La vue d’une carbonnade flamande vous gêne profondément ? Vous haïssez le cinéma d’auteur ? Tout fou le camp sérieux… Pas de cachoteries entre nous, sur le papier La cinquième saison n’a clairement rien pour captiver les masses. Pourtant, Peter Brosens et Jessica Woodworth s’apprêtent à vous servir le remède miracle, le blocage visuel, la claque émotionnelle qui vient conclure une trilogie autour du globe (Le signe des ancêtres et Altiplano). Attention, OVNI.

LE COQ NE CHANTE PLUS

Balayez toutes notions de logique ou de cohérence. C’est dans un monde en décomposition que le duo de réalisateur belge pose ses valises pour nous narrer cette singulière histoire. Une table, une tasse de café, un décor froid et surtout un face à face inédit entre un homme et un coq. Aphone, l’homme encourage sans succès le coq à chanter. Une surprenante scène, comme il y en a à la pelle, bourrée de doubles sens. Dès les premières secondes, on se rend bien vite compte du voyage glauque et sans fin que l’on va entreprendre. Le mot mystère résonne constamment dans les têtes, plan après plan, image après image. À travers une ambiance particulièrement éprouvante et inquiétante, on vivra les mésaventures des habitants d’un petit village poussiéreux des Ardennes. Pourvu d’une étrange calamité, le cycle de la nature y est brisé. En effet, aussi étrange soit-il, le printemps refuse de pointer le bout de son nez. Les oiseaux ne gazouillent plus, les poissons meurent, les abeilles ont disparu, les vaches ne donnent plus de lait, bref le monde s’effondre. C’est dans cet environnement ou l’angoisse a remplacé les rires que trois jeunes (Alice Thomas et Octave) décident de relativiser, d’expliquer le pourquoi du comment, et de faire face aux menaces que leur monde nouveau peut leur offrir. Et si le printemps ne venait plus ? Et si c‘était le début de la fin, ou la fin tout court? Autant de questions, qui ne trouveront jamais de réponse valide.

NATURES MORTES

Faites-nous plaisir, n’y voyez pas une quelconque forme de pseudo-élitisme mal venu, ni même de touches expérimentales intrusives à la con. On parle ici d’un truc réfléchi, personnel, mais à aucun moment prétentieux. Chaque plan fixe, chaque image sont étudiés, afin que le spectateur puisse admirer un tableau ou une photo. L’argumentaire se fait par le visuel, là où les dialogues ne sont que niaiseries, et superflus. C’est la pellicule qui parle d’elle-même. Il suffit de voir ces mouvements de caméra lents, millimétrés, qui nappent l’aura autour de l’écran d’une angoisse contagieuse. Plans fugitifs, mystérieux: l’horreur se fait omniprésente ! Partout et nulle part à la fois, bref vous avez compris le message… À se demander à plus d’une reprise où cela peut-il bien nous mener ? À défaut d’en connaitre l’issue, on apprécie alors d’autant plus le voyage, dont certains passages en marqueront plus d’un (que ce soit sur le plan immédiat, ou bien après réflexion). En effet, la cinquième saison a la manie attachante d’enchainer les plans qui ouvrent de nouvelles pistes de réflexion dans les scènes suivantes. L’effet est crescendo: plus le film s’installe, plus les images deviennent saisissantes. Libre à vous ensuite d’en tirer votre propre expérience, dont on taira ici les tenants et les aboutissants. Tout ce dont nous sommes sûrs, c’est que le jeu en vaut la chandelle.

La cinquième saison est une poésie à la beauté formelle et époustouflante, qui nous présente sans gènes et sans contraintes la vision d’un monde apocalyptique qui aura eu raison de la folie de l’homme. Réaliste, sombre, parfois choquant… Le duo de réalisateur se lâche totalement dans un baroud d’honneur dont l’interrogation récurrente est vouée à rester sans réponse: « Où allons-nous ? ». Bonne question.

Cinquième saison - VERDICT

Par Stupar le

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