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Louie, saison 5

You're Gonna Cry

La critique de Louie dans sa globalité est d’une facilité enfantine. Il suffit juste de rappeler à chaque reprise qu’il s’agit de l’une des meilleures séries comiques existantes, bien que la notion d’humour soit assez relative dans le cas présent. Toutes les qualités qui ont été louangées précédemment sont toujours d’actualité. Louie est toujours cet ovni télévisuel dont la modeste ambition n’a d’égal que sa capacité à profondément gêner le spectateur. Et comme toute expression du génie artistique, on ne peut qu’être navré de voir que cette cinquième saison est totalement passée inaperçue. L’injustice digérée, la série se révèle être plus belle que jamais, plus absurde que jamais, plus passionnante que jamais.

Admettons que vous n’avez jamais visionné un seul épisode de la série Louie. Admettons même que l’hérétique que vous êtes confonde Louis C.K avec une marque de vêtement. Admettons que je n’agisse pas comme le dernier des connards condescendant et que je prenne le temps de vous expliquer en quoi consiste cette série méconnue. Louie ne s’explique pas. J’aimerai vous dire qu’il s’agit d’une série comique, mais ce n’est pas vraiment le cas. Dramatique, tragique, ce n’est pas vraiment le cas non plus. La seule chose qui semble constante, c’est que la série s’appuie sur le quotidien d’un humoriste qui semble en constant décalage avec son environnement. Bien évidemment, le personnage est directement inspiré du comédien lui-même, puisque Louie C.K cumule les casquettes d’acteur, de réalisateur, de scénariste et de producteur. Le résultat est celui que l’on connaît depuis cinq années maintenant : Louie bénéficie d’une liberté artistique sans précédent, éclipsant toutes les autres productions au schéma narratif mathématiquement calculé. Rien ne semble prévu d’avance dans Louie. Même lorsque la saison se contente de livrer huit courts épisodes, la série navigue entre les eaux sombres de l’inconstance scénaristique, sans que jamais cela ne paraisse brouillon. Si la quatrième saison semblait s’éloigner de la comédie au profit d’une dramatisation toujours plus déconcertante, cette nouvelle fournée se rapproche considérablement du schéma traditionnel de la série, bien que la notion de tradition soit encore une fois complètement méprisée par la série. Le générique est de retour, les excellentes prestations de l’humoriste au Comedy Cellar occupent à nouveau une place de choix : celle d’ouvrir ou de conclure les épisodes. Calé devant son écran, les yeux médusés devant les pérégrinations absurdes de ce quarantenaire grassouillet, il est impossible de ne pas esquisser un sourire de gêne ou de compassion.

Avant de pousser la réflexion un peu plus loin, il est impératif de souligner que la série doit être l’une des seules existantes capables de mettre en scènes deux enfants (les filles de Louie) sans que l’envie de les enfermer dans un placard ne se fasse ressentir. Plus que jamais dans cette cinquième saison, Louie semble appuyer la plupart de ses ressorts comiques sur le décalage entre son personnage principal et l’environnement dans lequel il évolue. Dans ses différentes prestations humoristiques, Louie n’est pas tendre avec la société et elle le lui rend bien. La série est d’autant plus saisissante qu’elle fait de son personnage principal un homme ordinaire aux réactions ordinaires. Louie, c’est vous, c’est moi, c’est toute personne normalement constituée. C’est parce qu’il agit de manière convenue sur le plan social qu’il semble en dehors de la société que la série tente de dépeindre. La communication entre Louie et les autres est inexistante. Elle ne se fait pas, car les personnages ne sont jamais sur la même longueur d’onde. Ce décalage est constamment accentué par des situations fortement gênantes, le genre de scène qui stupéfait le spectateur et qui lui ferait immédiatement arrêter le visionnage s’il ne savait pas que la série désamorce cette gêne absurde par des moments plus légers, pour ne pas dire plus accessible. C’est ce qui s’approche le plus d’un schéma narratif dans cette série, et c’est aussi ce qui interroge indirectement le spectateur sur le sens de c qu’il voit à l’écran. Coup de génie ou vaste moquerie ? La séparation entre ces deux dimensions est tellement fine que Louie s’est imposée dès ses débuts comme un show qui ne satisfera pas tout le monde. Et c’est aussi parce qu’elle prend le parti de tirer le spectateur vers le haut, de ne pas le prendre pour un récipient tout juste bon à se faire entuber par un entonnoir qu’elle se permet de ne pas tout dire, de rester parfois muette et surtout d’être une exceptionnelle réussite.

Louie S05 - VERDICT

Par Sholid le

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