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Kingsman

Bons baisers de Londres

Après avoir livré le meilleur épisode de la saga X-Men avec Days Of Future Past, Matthew Vaughn revient derrière la caméra avec Kingsman une parodie des films d’espionnage, aussi rafraichissante qu’amusante. Ce n’est pas la première fois que Vaughn excelle dans le genre parodique, puisque le réalisateur avait déjà secoué le septième art avec son adaptation remarquée de l’excellent comics Kick Ass. Dans la droite continuité de ce dernier, Vaughn tourne en dérision avec habilité des décennies d’histoire cinématographique et utilise une vague de mauvaises habitudes dans un film qui ne se prend pas au sérieux, mais qui porte un regard à la fois critique et bienveillant sur le genre.

Les parodies, au même titre que les comédies, ont toujours souffert du regard méprisant que la critique lui porte. Le phénomène n’est pas nouveau et il n’est pas étonnant de voir un drame, un thriller ou une tragédie couper l’herbe sous le pied d’une parodie lors d’une énième cérémonie de récompense. Et quand bien même une comédie parviendrait à décrocher un trophée exceptionnel (disons Birdman, pour l’Oscar du Meilleur Film), elle est très souvent rattachée à un autre registre dominant, qui prête nettement moins à sourire. Kingsman (au même titre que Kick Ass) n’échappera très certainement pas à cette malheureuse habitude. Pourtant, l’exercice n’a rien d’aisé. D’autant plus que la ligne entre la parodie et le simple film de série Z est facilement franchissable. Il suffit qu’une bonne partie des gags tombent à l’eau pour que le film se vautre sans jamais se relever, cimenté dans un océan de matières fécales. Concrètement, la parodie nécessite autant de travail que n’importe quel film puisqu’un rire est parfois plus difficilement abordable qu’une larme. En plus d’être une parodie qui tourne en dérision une bonne partie des clichés des films d’espionnage, Kingsman est aussi un film d’action à la réalisation inébranlable. Il suffit d’être familier avec la filmographie de Vaughn pour reconnaître immédiatement qui se cache derrière la caméra. Aussi grossier que subtil, aussi stupide que malin, Kingsman ne fait jamais dans la dentelle, au risque de perdre parfois l’œil du spectateur qui est noyé sous une pluie de fracture et de scène étrangement rythmées. Étrange parce que la réalisation semble se focaliser durant quelques dixièmes de seconde sur les actes les plus barbares. Étrange parce qu’une fois qu’on y est accoutumé, l’effet confère un charme indéniable au film qui accentue sa violence dérisoire.

Aux frontières de plusieurs mythes, Kingsman est une revisite des chevaliers de la Table ronde et des films qui mettent en scène James Bond. C’est aussi un récit initiatique qui suit l’évolution d’Eggsy, un délinquant londonien amené à devenir un gentleman-espion et qui verra en son principal formateur (interprété par l’excellent Colin Firth) un père de substitution. Si la relation qui unit les deux personnages est touchante, on regrette que l’initiation d’Eggsy occupe plus de la moitié du film, au risque d’abreuver de manière brutale le spectateur dans une dernière partie mieux rythmée. Le film s’autorise même à plusieurs reprises des références explicites à des célèbres espions, qui font irrémédiablement l’objet d’une réflexion parodique amusante. Plus qu’une simple dérision du genre, Kingsman est avant tout une leçon explicite sur ce qui fait un bon film d’espionnage, mais aussi sur les habitudes souvent lassantes du genre. L’occasion pour les personnages de briser à plusieurs reprises le quatrième mur en se moquant ouvertement des rebondissements scénaristiques attendus. L’antagoniste du film (joué par Samuel L. Jackson) le dit lui-même : un bon film d’espionnage repose avant tout sur la qualité de son méchant principal. C’est d’ailleurs ce qu’on pourrait reprocher à Kingsman : si la parodie est radieusement mise en œuvre, l’antagoniste fait preuve d’un manque d’ambition scénaristique regrettable. Néanmoins, les enjeux de son plan machiavélique sont mesurables et surtout immédiatement contrebalancés par une exécution des plus discutables. Concrètement : c’est tellement con que c’est forcément tellement bon. Et vous connaissez la chanson, cela en devient donc incontournable. Ce qui est sûr, c’est qu’avec Kingsman, Matthew Vaughn démontre avec virtuosité que la réussite du déjanté Kick Ass n’était pas due à un concours de circonstances.

Kingsman - VERDICT

Par Sholid le

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