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Jimmy P

Blessure de l’âme

« Le rêve nous mène dans l’avenir puisqu’il nous montre nos désirs réalisés, mais cet avenir, présent pour le rêveur, est modelé par le désir indestructible, à l’image du passé. » Sur ces mots, Freud explique le but de tout rêve qui peut être un révélateur de blessures du passé. C’est grâce aux rêves et aux méthodes du Dr George Devereux que l’indien James Picard va trouver la solution à ses troubles intérieurs. Un film qu’on n’attendait pas si passionnant.

UN INDIEN DANS LA PEINE

James Picard, renommé Jimmy P, est un Indien de la communauté des BlackFoot. Portant le nom indien de « Tout-le-monde-parle-de-lui », Jimmy est interprété par Benicio del Toro dont le travail sur le phrasé et sur l’allure est très réussi. Benicio revient donc dans les salles obscures de la plus belle des façons dans ce rôle d’un indien d’Amérique, qui fut réquisitionné lors de la Seconde Guerre mondiale pour libérer la France. Jusque-là, rien de bien extraordinaire. Sauf que le bougre tombe sur la tête et se fracture le crâne. À partir de là, Jimmy rentre dans la grande famille des soldats ayant un choc post-traumatique. Une thématique non sans rappeler « The Master » et « A Dangerous Method » pour le côté thérapie. Le film garde cependant sa propre identité. Notamment, car Jimmy n’est pas blessé mentalement à cause de l’horreur de la guerre ou à cause des bombes. Il souffre à vrai dire d’un mal bien plus pernicieux que son choc à la tête n’a fait que déclencher. Maux de tête, cécité, surdité, lumières dans les yeux. Les crises de cet homme en font un Indien dans la peine. Et tout ceci est une histoire vraie tirée du livre du Dr qui a guéri Jimmy P : Georges Devereux. Une histoire qui se concentre énormément sur la femme et qui en dresse un portrait fort. Jimmy P a en effet une expérience hautement traumatisante du sexe féminin. À la fois avec sa mère, sa sœur, une jeune amie qu’il a vue se noyer et ses compagnes. Seul un certain George Devereux va réussir à démêler tout ça.

FREUD DANS LA PLAINE

George Devereux est un psychanalyste juif ayant changé d’identité pour fuir le génocide pendant la guerre. C’est Mathieu Almaric qui interprète le rôle du médecin à la perfection. Devereux est précisément un anthropologue (étudie tout ce qui se rapporte à l’homme) et aussi un psychanalyste (vise à comprendre la signification inconsciente de maux psychologiques ou physiques). Il est le seul qui réussit à aider Jimmy. Déclaré à la fois fou, schizophrène et parfaitement normal, l’Indien blackfoot continue pourtant à vivre ses troubles très violents. Il ne sait pas parfois s’il rêve ou s’il est éveillé. À ce titre, le récit de ses rêves lors des séances avec le Dr Devereux est juste exquis. Tout d’abord, car magnifiquement écrit et donc passionnant. Mais aussi grâce à leur représentation si proche et familière qu’on reconnait parfois nos propres rêves (un homme sans visage, l’impossibilité de courir). La mise en scène est réaliste et minimaliste ce qui en donne un cachet encore plus séduisant. Pourtant, le film ne passionne pas tout de suite. Il prend bien tout son temps de mettre en place l’intrigue captivante. Alors qu’on soupçonne un film trop classique et prévisible, le réalisateur Arnaud Desplechin nous emmène dans son univers de la mort et de la psyché. Avec d’autres thématiques comme le racisme, l’amitié, le besoin de réponses, Jimmy P est un film vraiment passionnant, car il nous tient du début à la fin dans le but d’obtenir la guérison du malade. Et Freud n’est jamais très loin dans tout ça.

Le long-métrage de Desplechin développe parfaitement son intrigue pour aboutir à la réponse qui sauvera l’Indien. Son passé familial et amoureux étant la cause d’un trauma psychotique (blessure de l’âme). Le récit est d’autant passionnant qu’il est porté par deux acteurs brillants et par une histoire qui nous concerne sur pas mal de points. Comme dit Devereux « Il (Jimmy) souffre de ce que tout le monde souffre ». Tourné en seulement 6 semaines et dans un souci de simplicité, Jimmy P se démarque de la masse.

Jimmy P - VERDICT

Par FMA le

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