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Jeune & Jolie

Ni culte, ni surprise

Les femmes rêveraient-elles en secret de se prostituer ? En voilà une bonne question ! De toute évidence, ce fantasme n’est en rien un désir universel, malgré ce qu’a voulu laisser entendre le réalisateur François Ozon lors du dernier Festival de Cannes. Par contre, ce qu’il a peut-être voulu dire, c’est que les personnages féminins de son film sont bel et bien concernés par cette réalité. Et surtout la jeune Isabelle, beauté froide désincarnée.

OZON LE TABOU

Au risque de ne pas vous surprendre: beaucoup de tabous sont présents dans Jeune et Jolie. Vous en avez surement déjà lu des tartines ailleurs: prostitution volontaire d’une mineure, perversité adolescente du frère qui observe sa sœur nue (lorsqu’il n’est pas en train de purement et simplement s‘astiquer le manche). Et que dire de l’infidélité féminine? De la confiance en soi? De la femme objets? « Si tu veux » répète inlassablement notre adolescente dont le rapport ambigu de soumission et de contrôle à de quoi faire frémir. Rien que de s’imaginer qu’Isabelle puisse être notre sœur ou notre fille a un truc de vraiment dérangeant. Avec une mélancolie sortie des chansons de Françoise Hardy, Isabelle ne sort pas, ne parle pas beaucoup, elle ment, bref: elle a indéniablement quelque chose de pervers. En fait, ne serait-elle pas tout simplement adolescente ? C’est dans la scène du psy – très cocasse au passage – que le tournant du film se fait. La jeune fille y laisse entendre qu’elle n’a aucune motivation pour se prostituer, sa famille étant en réalité très aisée. On en viendrait presque à se demander s’il ne s’agirait pas en réalité simplement du récit de l’adolescence, avec sa mélancolie, ses désillusions, son dégoût des hypocrisies du monde adulte, sa clandestinité, et ses prises de risque.

HABILLAGE DE LUXE

Rendons hommage au réalisateur sur ce point, Ozon a une fois de plus réussi à filmer tout ça avec beaucoup d’esthétisme. Un contraste bien nécessaire face à un sujet qui devient pourtant de plus en plus dans l’ère du temps. À ce titre, ses visites de grands hôtels aux bras de patrons pleins aux as qui n’ont dans l’œil que le désir brulant de fourrer une gamine de l’âge de leur fille ont quelque chose de franchement répugnant. « Tu sais ce qu’on dit hein : Pute un jour, pute toujours ». Si bien qu’on redoute à chaque fois qu’elle tombe nez à nez sur DSK sortant de sa douche. L’homme dans Jeune et Jolie est vraiment le maillon faible. Le beau-père d’Isabelle est aussi un cas entre son quasi flirt avec sa belle-fille et sa non-réaction au fait qu’Isabelle se prostitue : « Elle est mignonne, c’est normal qu’elle ait eu des propositions ». Ozon ose, même l’humour où on ne s’y attend pas quand il fait dire à un des clients « Tu es étudiante ? C’est que ça doit être la crise ! » On en rigole tellement que ça en devient scandaleux. Et pourtant, le sujet est tout ce qu’il y a de plus sérieux. Le réalisateur oscille ainsi entre la légèreté et la gravité, d’un extrême à l’autre. À l’image de l’humeur d’un ado en somme.

Jeune et Jolie est une sorte de documentaire sans jugement de valeur. Ozon filme avec perversité et distance cette jeune fille à travers 4 saisons où il n’y a ni cliché, ni voyeurisme (un peu quand même). C’est d’un réalisme implacable. Alors qu’on redoutait d’avoir 1 h 37 de cul, le film s’équilibre plutôt bien pour empêcher cette redondance. En dehors de la réalisation classique, mais très efficace, l’élément à vraiment retenir sera la performance de Marine Vatch qui provoque le trouble tout au long d’un film.

Jeune & Jolie - VERDICT

Par FMA le

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