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Jessica Jones, saison 1

L’homme qui murmurait à l’oreille de l’Homme

Jusqu’à maintenant, le traitement accordé par Marvel à ses figures héroïques féminines a de quoi susciter de nombreux débats. Elles brillent par leur effacement relatif, dans un monde où le phallus semble être la condition inébranlable pour réaliser les exploits les plus impressionnants. Inutile de citer Agent Carter ou les personnages féminins d’Agents Of Shield, ce serait se voiler la face quant à leur importance au sein du Marvel Universe et plus généralement dans l’esprit populaire. Jessica Jones fait donc office d’acte de rédemption pour la Maison des idées, qui offre à l’une de ses héroïnes les plus récentes une première saison à la qualité discutable.

Certes, la défense rétorquera que les choses semblent bouger depuis quelque temps, avec la place occupée par Black Widow et Scarlet Witch au sein d’Avengers 2. Mais ce serait oublier qu’après un peu moins de dix ans d’existence, l’univers Marvel n’a toujours pas été capable d’offrir un long-métrage digne de ce nom à l’une de ses héroïnes. Quoi qu’il en soit, Jessica Jones rompt immédiatement, presque sans surprise, avec l’image prédéfinie du superhéros. Il serait même erroné de la qualifier en tant que telle. Ses pouvoirs sont limités au strict minimum. Son débit de boisson fait passer Tony Stark pour un siroteur de cidre. Son quotidien, c’est peut-être le vôtre. Elle gère son emploi du temps, pantalon baissé, fesses posées sur ses toilettes. Elle remet en place le voisin beaucoup trop bruyant. Le ménage, ce n’est pas trop son truc. Autant que le travail par ailleurs. En somme, Jessica Jones est la moins héroïne des personnages de Marvel, ce qui contribue à ses réussites. Sa plus grande qualité, c’est avant tout son némésis, Killgrave, un sociopathe de premier ordre capable de manipuler l’esprit des gens en aboyant de simples ordres. Qu’on se le dise : les séries Marvel estampillées Netflix sont paradoxales, d’autant plus si on les compare aux productions cinématographiques du même univers. L’une des principales attractions de Daredevil, si on met de côté la curiosité de voir renaître le héros après le fiasco du film éponyme, était avant tout le personnage de Wilson Fisk. Le procédé est le même avec Jessica Jones. On regarde moins la série pour son personnage principal que pour le personnage de Killgrave, fabuleusement interprété par David Tenant. Un comble quand on sait à quel point la Maison des idées n’est jamais parvenue à créer un antagoniste digne de ce nom. Inutile d’invoquer le nom de Loki. C’est un peu comme bouffer un paquet de protéine en poudre au lieu d’un véritable steak : la définition même d’un substitut, à défaut d’avoir mieux.

Le problème majeur de Jessica Jones, c’est son incapacité à livrer une intrigue qui tient sur la longueur. Assurément, la série aurait mérité une réduction de son temps de parole et un épaississement de ses personnages. La sauce prend quelque temps, puis le soufflé retombe, à mesure que les répétitions s’enchainent. En fait, cette première saison est romantique au possible. Elle est palpitante lorsqu’elle livre peu à peu ses secrets, lorsque ses personnages se dévoilent et que Killgrave s’impose comme l’un des piliers du show. Et puis, sans vraiment s’en rendre compte, c’est la routine qui s’installe. Les personnages ne révèlent plus rien, les événements se répètent, comme si la série avait déjà fait le tour de la relation ambiguë entre son héroïne et son antagoniste après seulement quelques épisodes. C’est regrettable puisque la série de Netflix effleure parfois des thématiques inédites dans l’univers de Marvel. Les actes de Killgrave sont souvent (et légitimement) associés à du viol pur et simple, sans que le personnage ne saisisse pleinement la gravité de ses pouvoirs. Il y a aussi ce quatrième épisode qui, sous ses airs opportunistes visant à replacer la série dans l’univers Marvel, évoque aussi une certaine discrimination envers les personnes dotées de pouvoirs hors norme. Une autre manière de voir à quel point l’absence des X-Men se fait durement ressentir. Il y a toutes ces bonnes idées, toutes ces thématiques intéressantes, dont les rapports entre justice et sanction, qui essayent de tisser un fil conducteur. Malheureusement, ce jeu du chat et de la souris ne marche qu’un temps. Le temps de réaliser que, malgré une interprétation globale satisfaisante et un univers sombre qui sied parfaitement à la maison Netflix, Jessica Jones n’a pas grand-chose à offrir. Difficile de s’enthousiasmer pleinement, tout comme il est difficile de l’enterrer. La série n’est pas profondément mauvaise, juste maladroite.

Jess Jones REVIEW 02

Source image entête.

Par Sholid le

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