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Inside Llewyn Davis

Complainte Folk

Il y a un truc de tristement sarcastique dans le nouveau film des frères Coen, qui montre que parfois le destin a un drôle sens de l’humour. En choisissant de centrer leur propos sur l’itinéraire calamiteux d’un chanteur folk défraichi, les réalisateurs de O’Brother et The Big Lebowski explorent les thèmes de la solitude, de l’ambition et de la poursuite de la gloire. Et ce, avec tout le talent qui leur appartient. Sans ne jamais en faire trop, Inside Llewin Davis est une complainte folk qui braque la lumière sur tous les artistes qui sont restés dans l’ombre. Soit l’envers du décor de la célèbre génération Greenwitch Village.

Il y a un triste air d’actualité lorsque l’on découvre pour la première fois Llewyn Davis, un musicien de talent qui cherche désespérément à joindre les deux bouts lors d’un rude hiver New-Yorkais. Nous sommes pourtant au beau milieu des 60’s, à une époque où de jeunes artistes tentaient d’ajourner les classiques du folk. Ils s’appelaient Jim Glover, Jean Ray, Tom Paxon et Dave Van Ronk. Et c’est ce dernier qui a largement inspiré le héros de ce périple solitaire, mélancolique, et bien souvent assez rude. On y découvre un Llewyn lessivé, vagabondant de canapé en canapé, vivant sans lendemains, une guitare dans la main, une grosse dose d’espoir dans l’autre. Sans complètement être rejeté des siens, il arrive à lire la déception dans les yeux de ses proches, parfois même la pitié. Ce qui dans un sens, peut se révéler infiniment plus violent que n’importe quel coup de poing en pleine face, ou bien que le torrent d’insultes qu’il se mange dès qu’il croise la seule femme qui est restée tant bien que mal dans sa vie. Frappé par une sorte de fatalité immuable, notre antihéros semble condamné à errer dans l’anonymat, et à voir les autres réussir depuis la tribune des spectateurs. Et ce, malgré tout le talent qui l’anime.

Ce talent, les frères Coen l’ont laissé s’exprimer à sa jute valeur, via de nombreuses séquences au micro. Que ce soit sur une ballade à fleur de peau pour meubler un trajet en voiture, où lors d’une session en studio d’enregistrement avec Justin Timberlake et sa barbe d’un autre siècle, les passages musicaux tiennent sans conteste la dragée haute. Ce sont d’ailleurs les acteurs eux-mêmes qui ont prêté leur voix, constituant au passage l’une des meilleures soundtrack du moment. L’industrie musicale n’est à ce propos pas épargnée pour un sou, tant les frères Coen dressent ici un portrait effroyable des maisons de disques, comme des chanteurs carriéristes prêts à mentir sur leur passé pour percer à tout prix. On pense forcément à ce type qui tente de payer des royalties avec un manteau, ou encore à la réplique assassine d’un proprio de club qui lâche un immonde « Je ne vois pas beaucoup d’argent là-dedans », suite à une performance poignante de notre vagabond. Lui que l’on voit peu à peu dériver, et dont l’état psychologique est superbement représenté par sa relation avec un chat de gouttière appelé Ulysse. Tout comme Llewyn, il passe son temps sur les routes, mais n’avance jamais. Tout ça pour revenir à la case départ. De retour au micro du club qu’il a toujours squatté. Ironie du sort, ce soir-là, c’était aussi la première New-Yorkaise d’un certain Bob Dylan. On vous le disait en préambule : le destin a un drôle de sens de l’humour.

Inside Llewyn Davis - VERDICT

Par Fox Mulder le

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