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House of Cards, saison 3

A la maison blanche

House Of Cards aurait pu s’achever de manière anarchique au terme de sa seconde saison. Frappant d’un poing déterminé le mobilier du bureau ovale, Frank Underwood régnait au sommet de la chaîne alimentaire comme le monstrueux manipulateur qu’il est. Le politicien semblait infaillible, prompt à ravager quiconque oserait se mettre en travers de son chemin. Ce serait perdre de vue que le protagoniste principal de la série n’est qu’un demi-dieu, complété par une femme qui n’a jamais cessé de sacrifier sa vie pour la réussite de son double masculin. Ainsi, c’est de manière déséquilibrée, mais toujours maîtrisée d’une main de fer, que cette troisième saison s’attache à exposer les fêlures politico-sentimentales du terrible couple Underwood.

La majestueuse série de Netflix est fascinante. Visuellement parlant, la dernière production télévisuelle à avoir fait preuve d’autant de soin dans sa mise en scène racontait l’ascension du plus grand producteur de méthamphétamine du nouveau Mexique. House Of Cards est d’une froideur réconfortante. Chaque plan semble calibré au millimètre prêt, savamment étudié pour ne jamais écraser les protagonistes. Il me serait possible de continuer à vous expliquer longuement en quoi la réalisation est singulière, mais je me contenterai de citer le rédacteur en chef de la rédaction, ce grand mégalomaniaque à la vision aussi limpide que de l’eau de roche : «  Je ne sais pas qu’elles sont les personnes qui ont réalisé les épisodes, mais elles sont comme moi. Elles ont un putain de problème avec la symétrie. ». Ce soin accordé à la réalisation est étrangement apaisant, quand bien même chaque épisode apporte son lot de manigances et autres joutes verbales éloquentes de Frank Underwood. Même lorsque les péripéties le veulent, lorsque le rythme s’emballe occasionnellement, la série n’est jamais une agression mentale. C’est fascinant, parce que cela participe à une certaine désensibilisation du spectateur et à l’empathie inquiétante que tout le monde peut ressentir pour le personnage principal. Sur ce point, comme sur de nombreux autres, cette troisième saison est encore une fois une réussite totale. D’autant plus qu’à l’image de la seconde saison, les apartés de Frank ont fait l’objet d’une meilleure maîtrise : moins présentes et plus percutantes, elles font preuve d’un cynisme à toute épreuve.

Cette année, House Of Cards a développé deux lignes directrices attendues qui se confondent de manière quelque peu déséquilibrée. La première répond à l’adage qui veut qu’une fois au sommet, le plus dur consiste à garder sa position. La seconde montre avec dextérité que derrière chaque grand homme se cache une femme. Cette femme, c’est Claire Underwood, ce véritable faire valoir, constamment sacrifié sur l’autel du pouvoir et de la vanité. L’unique véritable reproche que l’on pourrait adresser à cette troisième saison, c’est de s’être trop focalisée sur les relations du couple Underwood dans sa seconde moitié, au risque de délaisser quelque peu les manigances et autres rebondissements politiques jubilatoires. Évidemment, la série n’a jamais dissimulé s’être appuyée sur ce couple hors pair. Mais à force de jouer le chaud et le froid et de trainer en longueur cette intrigue, House of Cards se répète, quitte à sensiblement lasser. A l’image du contexte politique actuel, les scénaristes ont jugé bon se concentrer sur une intrigue exploitant les relations internationales entre les États-Unis et la Russie. En résulte des affrontements verbaux grisants entre Frank Underwood et Viktor Petrov, le pendant à peine dissimulé de Vladimir Poutine. Quant aux fondations qualitatives de la série, elles restent inchangées. Est-ce vraiment nécessaire de les rappeler ? Les protagonistes sont brillamment interprétés. Le charismatique Kevin Spacey fait un travail exceptionnel, au même titre que Robin Wright. L’écriture est fantastique, les bonnes idées ne manquent jamais et il faudrait bien plus que quelques superlatifs bien placés pour rendre honneur à la série. Si ce n’est pas la marque des grands, cela y ressemble assurément.

House of Cards S03 - VERDICT

Crédit image (modifiée), Ben Whitesell. Retrouvez l’original et toutes les excellentes illustrations de l’artiste sur sa page.

Par Sholid le

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