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Her

Romance désincarnée

Tendrement bercé par les doux arrangements d’Arcade Fire, Spike Jonze pose sur bande l’une des plus belles romances de l’année. Plongé dans un monde rétro-futuriste proche, Her est un film à la fois triste et lumineux, empli d’une fatalité presque irréversible, et pourtant renversante d’espoir. C’est une parenthèse mélancolique ancrée dans notre réalité, qui soulève sous le couvert d’une poésie low-fi, des questions comme l’isolement, le rapport au virtuel, ou encore le deuil sentimental. Un joli métrage en somme, comme on en voit pas si souvent que ça.

Sa voix est chaleureuse, rassurante, pleine de vie. Elle est toujours là, susurrant au creux de l’oreille toute l’attention dont Theodore Twombly a besoin. Elle le soutient au quotidien, elle le fait rire lorsqu’il replonge dans la douleur de son divorce, ou simplement lorsque les flashs d’un bonheur perdu s’impriment silencieusement sur sa rétine. Elle le tire du lit le matin, lui donnant bien plus que du courage. Une envie, une force. Elle lui a rendu la vie. Elle n’est pourtant qu’une OS, soit une intelligence artificielle originellement crée pour trier les mails et accélérer vos recherches Google. Samantha n’est pourtant qu’une voix dans un ordinateur, certes la voix de Scarlett, mais qu’une voix quand même. Elle n’a pas de corps, mais elle semble avoir une conscience et des désirs de plus en plus forts. Dans un premier temps plus intrigante qu’autre chose, elle deviendra au fur et à mesure complice, amie, confidente, maitresse, amoureuse. Ce n’est pas une énième bizarrerie du réalisateur de Dans la peau de John Malkovitch, mais plus une intrigue tout droit sortie d’un épisode de Twilight Zone. Ce qui fait vraiment peur, c’est que dans un futur proche, la civilisation ressemble de plus en plus à une somme d’individualités. Tout le monde se croise, mais personne ne se parle. Les gens déambulent les rues déblatérant dans le vide, une oreillette vissée dans le crâne. Comme une version avancée et diablement plus alarmante de notre aire d’hyper-connectivité.

C’est d’ailleurs là que réside le vrai attrait du métrage, plus que dans son idylle cybernétique qui s’essouffle sérieusement en milieu de film. Her joue constamment avec notre rapport au vrai, et surtout avec cette propension à trouver refuge dans une relation en ligne pour colmater les dommages du monde réel. Un phénomène bien ancré dans notre ère, qui prend de l’ampleur à chaque nouvelle génération. Theodore est le parfait exemple du type qui dérive lentement mais surement, incarné par un Joaquin Phoenix au sommet de son art dans ce rôle du timide grand dadais, planqué derrière la moustache juvénile d’un mec qui adore se perdre dans les méandres fantaisistes des jeux vidéos du futur. Il passe ses journées à écrire des lettres d’amour pour les autres. C’est son job, et il fait partie des meilleurs. Pourtant, il ne peut s’accrocher au sien, se voyant contraint de laisser filer la fille avec qui il a grandi. La première qu’il a aimée. Tout ça parce qu’il vivait dans une bulle, refusant obstinément d’avancer à ses côtés. C’est tout le paradoxe du Clown triste. Une leçon de vie subtilement délivrée, qui ne prend tout son sens que lors de l’ultime scène. Une romance désincarnée, noyée dans une esthétique pointue, des effets de réverbérations en pagaille, et les gimmicks récurrents de Jonze. Une love story parfois maladroite, mais finalement bourrée de bonnes intentions.

Her - VERDICT

Par Fox Mulder le

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