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Hannibal, saison 3

Une fin de loup

Parfois, il suffit d’un rien. Un coup de chance, quelques foutues planètes alignées dans le bon ordre. Que les bonnes têtes se rencontrent au bon moment, et Hannibal perpétue ses immondes crimes durant trois années sur un média qui n’était définitivement pas prêt à assister à ce déferlement de violence. Au-delà de son esthétique si singulière et de sa brillante interprétation, Hannibal est l’exemple même de l’adaptation intelligente. Sans vouloir plaire à tout le monde et en s’accrochant à sa vision mythique du cannibale, Bryan Fuller ne s’est pas contenté de sublimer le célèbre tueur, il l’a transcendé.

Quand NBC a annoncé travailler sur une série centrée sur Hannibal, le monde a explosé de rire. La réaction a été similaire lorsque des millions de personnes ont pu observer avec des regards médusés le film Hannibal Les Origines. De toute manière, le célèbre tueur en série n’a jamais été aussi bon que dans Le Silence des Agneaux, le reste des adaptations étant plus ou moins discutables. Trois ans après le lancement de la série sobrement intitulée Hannibal, le monde ne rigole plus. Le monde est terrorisé. Le monde est effrayé. Par-dessus tout, le monde a redécouvert le visage du mal, celui qui évolue dans la gratuité la plus totale, celui qui ne s’explique pas. L’anthropophagie est fascinante, parce qu’elle a existé et qu’elle existe sûrement toujours, mais aussi parce qu’elle relève d’une pathologie extrême génitrice de nombreux fantasmes. Qu’est-ce qui peut pousser un homme à cuisiner son semblable ? Son passé, sa folie, ses envies. Hannibal est un personnage marquant, un diable de substitution qui est parfaitement conscient de l’ampleur de son acte. La série éponyme en a fait un manipulateur de premier ordre, d’autant plus effrayant qu’il semble constamment maîtriser l’intégralité des pièces de l’échiquier. Les caractéristiques du célèbre tueur sont à leur paroxysme. C’est un dandy affirmé qui cumule les passions pour la cuisine, les beaux-arts et les costumes hauts en couleur. Ce que Bryan Fuller est parvenu à réaliser, c’est une empathie à toute épreuve pour le célèbre personnage campé par Mads Mikkelsen. Les propos qui vont suivre me vaudront sûrement un déversement de contradictions, mais la dimension artistique, la proposition narrative de Hannibal et l’empathie ressentie pour le cannibale sont à des années-lumière de ce que la série Dexter a été capable de proposer.

La deuxième saison s’était achevée dans l’apothéose totale, bouclant le premier arc narratif de la série. Le chemin de l’adaptation des œuvres de Thomas Harris était tracé. Il s’est perpétué dans cette troisième saison, reprenant les grandes lignes d’Hannibal Rising et Dragon Rouge, les deux œuvres faisant une moitié de saison chacune. À nouveau, l’adaptation est complètement libre, Bryan Fuller n’hésitant pas à supprimer des éléments des œuvres originales et à en apporter de nouveaux. Peu importe ce qui est dit ou montré, le fondement de Hannibal reste inchangé. Mieux, il est repoussé dans ses derniers retranchements en ne représentant ni plus ni moins qu’une histoire d’amour entre le psychiatre et Will Graham. L’idée est tordue, sinueuse, à l’image de la série. La représentation de cette fascination que les deux personnages entretiennent mutuellement n’est pas opportuniste. Elle est audacieuse parce qu’elle s’affranchit de tout jugement. Elle est belle dans sa représentation, dans le jeu constant qui anime deux personnages que tout oppose et que tout réunit à la fois. L’horreur n’est toujours pas gratuite. Certes, elle est visuellement dérangeante en tout point, mais elle ne fait jamais l’objet d’un voyeurisme malsain. J’entends ces murmures, ces réfractaires qui reprocheront à la série de Bryan Fuller d’être bavarde, prétentieuse et de combler du vide avec quelques visions macabres. Il est vrai qu’elle a ses longueurs, ces moments d’égarements où l’on se dit que les choses auraient pu être faites différemment. Il est vrai que dans ses propos, Hannibal est faussement exigeante. C’est principalement dans sa représentation que se trouve toute son audace, dans ses idées que se trouve sa réussite, dans son exécution que se trouve son admiration. C’est une erreur de la télévision qui a toutes les chances de devenir un objet d’adulation comme le sont encore Twin Peaks et consorts.

Hannibal S03 - VERDICT

Crédit image, Euclase. Découvrez tous les superbes portraits pop-culture de l’artiste sur sa page.

Par Sholid le

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