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Grand Central

Amour irradié

Rares sont les films qui prennent place dans des centrales nucléaires. C’est d’autant plus frappant que ce n’est pas un documentaire, mais bien une fiction réalisée par Rebecca Zlotowski. Un long-métrage pas militant écolo pour un sou, et qui propose l’irradiation d’une centrale comme métaphore du sentiment amoureux. Inédit et déroutant.

MON CHER NOBYL

19 centrales, 58 réacteurs: dose de radiation à surveiller ! Grand Central à beau ne pas se classer dans le documentaire, le travail qu’a réalisé Rebecca Zlotowsi tient clairement du journalisme. Ses recherches (et surtout sa lecture de La Centrale qui parle de ces sous-traitants du nucléaire et de leur quotidien) l’ont amenée à fournir des détails nécessaires à la crédibilité de l’intrigue. Le film a également bénéficié d’un spécialiste du nucléaire pour les aider à rendre tout ça encore plus crédible. D’ailleurs, le lieu du tournage n’est pas le site du Tricastin comme on pourrait le croire, mais bien une centrale abandonnée en Autriche. Autant vous dire que ça n’enlève strictement rien à l’aura de danger et de mystère qui donne un cachet assez unique au métrage. Entre les combinaisons ignifuges, les grands espaces vides et le silence de plomb, on a plus l‘impression d‘attaquer un reportage sur la catastrophe de Tchernobyl qu‘un film avec Lea Seydoux. C’est pourtant dans cet endroit que Gari (Tahar Rahim) décide de venir travailler. Il faut dire qu’avec son niveau d’étude qui se résume à un trimestre de CAP, le garçon ne semble plus trop avoir de choix. Le boulot est mal payé, et les conditions de travail sont peut-être les pires au monde (on ne peut pas y travailler toute sa vie à cause des radiations… en clair grosse ambiance). Pourtant – et ce, de manière assez inattendue – c’est aussi un bassin créateur de liens sociaux. Une chaleur humaine qui tranche constamment avec la froideur des décors.

LA DOSE D’AMOUR

La dose. C’est le mot qui revient le plus souvent à la bouche, et qui correspond au niveau de radiation que l’on peut recevoir en une journée et au cours d’une vie. Au-delà d’une certaine limite, il faut tout simplement s’arrêter de travailler. Ici « le temps c’est de la dose » martèle le protagoniste Giles, le plus expérimenté (joué par un Olivier Gourmet saisissant). C’est-à-dire que tout va trop vite, l’amour se déchire aussi vite qu’il apparait et la dose de radiation monte plus vite qu’on ne s’y attend. Gari rencontre la belle Karol (Léa Seydoux) qui travaille aussi à la centrale. Ils font alors une fission nucléaire qui se termine en un ébat amoureux : jambes en l’air dans les broussailles. C’est beau, c’est romantique et c’est tourné avec beaucoup de pudeur. Seulement leur union est impossible dès le départ, car Karol est déjà prête à se marier avec un autre collègue de la centrale. La jalousie naît et c’est là que l’équilibre passionnel fond tout comme le cœur du réacteur. Impossible alors de le refroidir en appelant les employés de TEPCO pour y déverser des tonnes d’eau. La dose, c’est donc aussi l’amour. La centrale se fait alors métaphore du sentiment amoureux. Cœur humain, cœur du réacteur, même combat. Quant à Gari, il s’accroche aux deux, en vers et contre tous. Et ce, jusqu’au retentissement strident de cette fameuse sirène (celle qu’on a tous entendue le premier mercredi à midi tapante). Seulement au bout de 5 sonneries, ce n’est plus un exercice, mais un accident nucléaire…

Porté par deux acteurs sublimes (Tahar Rahim et Léa Seydoux), le nouveau film de Rebecca Zlotowski frappe fort. En fer de lance, son lieu emblématique, mais surtout cette réalisation poétique et subtile, sublimée par une bande originale tout aussi somptueuse. Le genre qui captive le spectateur du début à la fin. On en ressort ravi. Ravi de voir que le cinéma français existe toujours.

GRAND CENTRAL - VERDICT

Par FMA le

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