Pour améliorer votre expérience , nous utilisons des cookies sur notre site Web.
Si vous continuez à naviguer sur ce site, vous acceptez d'utiliser des cookies sur le site Internet Sick Magazine . Ok En savoir plus

Enemy

Thriller Miroir

Avant toutes choses : ceci n’est pas le frère caché de The Double sorti il y a deux semaines. Enemy s’inspire d’un roman prix Nobel de littérature nommé L’autre comme moi de José Saramago, et non du livre de Dostoïevski. L’autre grande différence c’est le réalisateur, Denis Villeneuve, acclamé depuis son angoissant Prisoners mais aussi pour son adaptation de la pièce Incendies de Wajdi Mouawad. Enemy est un thriller esthétique qui laisse un sentiment béant, une sidération totale. Et surtout, c’est un film qui fait cogiter. Un grand réalisateur québécois est né.

Adam (Jake Gyllenhal) finit chacun de ses cours en disant que l’Histoire se répète inexorablement. Tout comme sa vie. Il est professeur en université, et chaque jour il traîne ses cheveux gras, son costume ringard, et son allure apathique entre son appartement miteux et sa salle de classe peu remplie. Il arrive tout de même à avoir une copine avec qui il se contente de faire l’amour. Un jour, un de ses collègues lui conseille le film : « Quand on veut on peut ». C’est à partir de ce DVD loué dans une vidéothèque que tout va commencer. Adam découvre que l’un des acteurs lui ressemble en tout point. Il part alors à sa recherche dans un jeu de piste qu’il n’est pas sûr de vouloir mener à son terme. Le réalisme du récit est saisissant : comment réagit-on si l’on croise un être identique à soit ? Et comment réagit notre entourage ? C’est bien là une des grandes différence avec The Double qui jouait plus sur le fantastique. Ici, les gens sont vraiment choqués par cet alter-égo. Jake Gyllenhal est à ce titre assez impressionnant, et parvient aisément à donner deux corps totalement différent entre Adam, l’original, et Anthony, le double. L’acteur peut d’ailleurs remercier Denis Villeneuve de lui avoir proposé ce rôle, tout comme celui du policier dans Prisoners. Assurément de quoi redonner une visibilité à son talent incomparable (Donnie Darko, c’était lui). Pour obtenir un effet aussi naturel que possible dans les scènes où Adam et Anthony se font face, les équipes ont utilisé un dispositif de motion-control baptisé Mo-Sys, capable d’être programmé pour dupliquer un mouvement de caméra à plusieurs reprises.

Pour ce qui est du jeu d’acteur, une doublure donnait la réplique à Gyllenhaal, avant d’être effacée et remplacée par l’autre « version » de l’acteur. Esthétiquement, Enemy a beaucoup de qualités. Mais il a surtout une identité. Toute la photographie et les lieux sont empreints d’une couleur jaunâtre, terne, chaude. Le sentiment crasseux qui en émane laisse avant tout une forte sensation d’enfermement. Le spectateur se sent rapidement mal à l’aise. La caméra insiste d’ailleurs sans cesses sur cette ville oppressante (Toronto) avec des plans vus du ciel, créant un sentiment de claustrophobie. Si l’intrigue est lente à démarrer, une fois en place le déroulement laisse place à une certaine fascination. Le double du protagoniste est maléfique, et forcément plus charismatique. Le fantasme d’échanger de vie entre les deux remplace la curiosité du départ : coucher avec la femme de l’autre, prendre son job, prendre sa vie. Pour rendre le tout encore plus inquiétant, Denis Villeneuve utilise la figure de l’araignée de manière récurrente, symbole de la femme, du sexe et du subconscient. Tout comme il a beaucoup recours aux phénomènes des rêves qui sont, ici, très dérangeants. Enemy est un film difficile à comprendre, à interpréter. Tout comme nos rêves. Il joue avec nos perceptions, nos émotions. Et la fin reste un mystère à élucider. Le spectateur se prend dans la toile et finit déchiqueté par une tarentule géante, ou autrement dit, par la qualité d’écriture et de mise en scène de Denis Villeneuve.

Enemy - VERDICT1

Par FMA le

Plus de lecture