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Empire, saison 1

Veni, Vidi, Ais Perdidi

L’ascension de la série Empire a tout du phénomène de société. Alors que le premier épisode réunissait un peu plus de 9 millions de téléspectateurs, le douzième épisode a réussi l’exploit de pratiquement doubler ce score avec un peu moins de 18 millions de téléspectateurs. Si les chiffres vous sont aussi dénué de sens qu’un ensemble de caractère chinois, sachez que ce record d’audience corresponds aux plus grandes heures de séries comme Lost, The Walking Dead, Urgences ou même Les Experts. La Fox peut donc allégrement se frotter les mains, puisque ce succès inattendu est un coup double qui lui permet de jongler avec deux médias : la télévision et la musique.

Les scénaristes n’ont pas été chercher bien loin quand il s’agissait de concevoir Empire. Il suffit de s’inspirer des déboires des plus grandes fortunes du Hip Hop et le tour est joué. Prenez un Jay-Z qui se fait latter la gueule par sa belle-sœur dans un ascenseur. Rajoutez-y une poignée de Suge Knight, ce légendaire producteur américain et fondateur du label Death Row, récemment accusé d’avoir lâchement tué une personne sur le tournage du biopic N.W.A. Mélangez le tout avec l’entreprise fructueuse de Dr. Dre et vous obtenez Empire, un soap-opéra à mi-chemin entre Dallas et Glee. La série suit les traces de la famille Lyon, menée par l’impitoyable Lucious Lyon, un rappeur/chanteur/entrepreneur hors pair qui s’apprête à intégrer son entreprise en bourse. Le pauvre bougre (interprété par le très connu Terrence Howard) a la poisse puisque ses médecins viennent de lui diagnostiquer une sclérose en plaques qui devrait signer son arrêt de mort dans les deux années à suivre. Vaniteux, intolérant et très souvent ignoble, le PDG se dit qu’il serait peut-être temps de passer la main à l’un de ses trois fils. Attention, cette succession de clichés que je m’apprête à vous dévoiler n’a rien d’une exagération destinée à me moquer distinctement de la série. Andre Lyon est l’ainée de la famille. Psychologiquement, ce n’est pas la forme puisqu’il est bipolaire et complètement dénué de tout talent artistique. Du coup, Andre recherche désespérément l’approbation de son papa, histoire de régler ses nombreux conflits internes. Jamal Lyon, le chanteur de R’n’b, est le second de la famille. Alors lui, il décroche le gros lot. Non seulement il est incapable de fermer sa grande gueule, mais en plus de ça, il est le fils homosexuel d’un père ouvertement homophobe. Quant à Hakeem Lyon, le petit dernier, il est difficile de savoir si sa coiffure ou son égo surdimensionné de rappeur incompétent lui vaut toute la haine du monde. Et la mère dans tout ça ? Elle s’appelle Cookie, elle vient de sortir d’une lourde peine de prison et elle veut croquer sa part de l’entreprise. Mis à part ça, tout va nettement bien chez les Lyon.

Si j’évoquais précédemment Dallas et Glee, c’est que la série Empire n’a pas inventé la poudre. Dans cette lutte de pouvoir acharnée entre les différents membres de la famille pour prendre le contrôle de l’entreprise, on retrouve une solide base musicale, avec des titres inédits produits par Timbaland et interprétés par les principaux acteurs de la série. Une série qui a le mérite de s’aventurer sur des terres qui n’ont jamais été vraiment explorées à la télévision américaine. Pour une fois, le hip-hop n’est pas une toile de fond, il est le sujet principal. Il est juste désolant de constater que le show compile la totalité des clichés relatifs à ce genre musical, sans jamais faire d’écarts. Pire, quand la série se veut moderne en faisant d’un ersatz de Frank Ocean (le porte-étendard de la condition des homosexuels) elle le fait avec une maladresse qui frôle l’insulte. Non, tous les homos ne sont pas portés sur le travestissement comme Jamal a pu l’être dans sa jeunesse. Ces sujets auraient pu et auraient dû être traités avec un regard beaucoup plus bienveillant, tout du moins plus intelligent. Le plus gros problème de la série se trouve dans le traitement qu’elle accorde aux relations entre ses principaux protagonistes. En plus d’être totalement confus, ces changements constants de relations entre fils, père et mère sont d’un ennui terrible. Quand un personnage fait un pas en avant, c’est pour reculer d’une centaine de mètres quelques minutes plus tard. Chacun d’entre eux est pénible au possible, même si la palme revient aisément à Lucious Lyon, un manipulateur de premier ordre capable de frapper ses gosses et de les monter les uns contre les autres. Que la série soit un soap-opéra n’est pas un problème en soit. Qu’elle soit incapable d’offrir une véritable dimension psychologique à ses personnages et de les faire tenir sur la longueur est une faute aussi impardonnable que d’évoquer Tupac dans une série qui a l’interdiction de proférer la moindre insulte.

Empire - VERDICT

Par Sholid le

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