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Daredevil, saison 2

La fin justifie les moyens

Sur le papier, c’est une confrontation des plus manichéennes, entre deux conceptions de l’art de faire régner la justice. La première est aveugle. Elle suit les préceptes de l’ordre établi par les codes moraux de notre société moderne. C’est une justice brutale mais non létale, qui doit parfois lutter pour rester dans le droit chemin. Pour Matt Murdock, s’abandonner aux méthodes de ceux qui malmènent la veuve et l’orphelin revient à s’abaisser à leur niveau. Ce serait délaisser une partie de son humanité pour mieux détruire les individus qui le révulsent, quitte à devenir peu à peu tout ce qu’il a juré combattre. C’est tout le contraire de Frank Castle, pour qui le mal ne peut pas se vaincre sans le mal. Sa justice est sanglante, violente et infiniment dure. Les codes moraux ne sont qu’une barrière. Une énième protection en faveur de ceux qui répandent la souffrance en jouissant des failles d’un système corrompu. Lorsqu’il n’y a plus de solutions, une décharge de chevrotine met fin à ce que des années de procédures ne parviendront jamais à enrayer. Il n’y a pas de secondes chances, plus d’espoir. C’est peut-être la seule chose qui sépare Daredevil et le Punisher. Le premier n’a pas encore baissé les bras sur la race humaine, alors que le second est déjà mort.

Leur affrontement à la fois physique et idéologique est au centre de cette deuxième saison de Daredevil. Après une première fournée qui a redoré l’image du héros aveugle suite à un long-métrage des plus amers, la deuxième salve du show de Netflix se pare d’un atout de choc. Lorsqu’il débarque dans la fournaise de Hell’s Kitchen, Frank Castle met véritablement le feu aux poudres. Jon Bernthal excelle dans le rôle de ce vengeur brisé, ex-marine qui n’est jamais réellement rentré de la guerre. L’acteur vu dans Walking Dead, Sicario, ou encore Le Loup de Wall Street délivre une prestation furax, torturée, qui confirme que ce mec a énormément de talent à revendre. Face au Daredevil de Charly Cox, l’homme ne se démonte pas, et n’en fait jamais trop. Il reste crédible de bout en bout, charismatique à crever, et s’impose comme la meilleure incarnation humaine du Punisher. Tout simplement. On en viendrait presque à oublier que la série ne tourne pas autour de son personnage. Pourtant, à la lumière des idéologies du Punisher, le personnage de Daredevil brille. Il prend de l’ampleur, s’épaissit, et sa foi en la justice et la morale sans borne est ébranlée à plus d’une reprise. Ensemble, les deux personnages communiquent. Ils se subliment l’un et l’autre, et donnent une épaisseur insoupçonnée à ce que l’on pouvait autrefois qualifier de « bonne petite série de superhéros ». Aujourd’hui, Daredevil transcende cette condition désormais réductrice, et livre une saison de haute volée. Le jeu d’acteur est plus que respectable et la réalisation fait mouche. On se paye même un autre plan-séquence des plus jubilatoires.

On ne dit pas que cette fournée était parfaitement rythmée, maîtrisée de bout en bout à la façon d’un True Dectective (première saison, ça va de soi). Néanmoins, cette saison s’en tire largement avec les honneurs. Son seul péché viendrait surement de son excès de trop. À vouloir introduire plusieurs personnages iconiques d’un seul coup, le rythme de la série s’accélère grandement, mais délaisse peut-être des parties de l’histoire qui auraient certainement nécessité plus de temps. L’arrivée d’Elektra Natchios n’était pas nécessaire si tôt dans le déroulement du récit. Alors que Matt Murdock est en pleine parade nuptiale avec Karen, l’intrigue se coupe net, et ne laisse finalement pas assez de temps pour offrir une évolution véritablement crédible du lien fort qui semble exister entre les deux personnages. L’actrice Élodie Yung est loin d’être mauvaise, mais son jeu tire un peu trop dans la caricature. Sa présence n’apporte d’ailleurs pas énormément au personnage de Murdock, si ce n’est quelques flashbacks, et un nombre incalculable d’épines dans le pied. Dans les comics, elle incarne une beauté dangereuse, qui danse agilement sur la ligne entre le bien et le mal, et qui n’hésite pas à mettre autrui en danger pour arriver à ses fins. C’est une fille provocatrice, qui parle beaucoup pour masquer une vie difficile. Mais surtout, c’est elle qui confronte sans cesse Daredevil à son sens obsessionnel de la morale. Un rôle ici parfaitement incarné par le Punisher. À croire que Netflix a voulu aller trop vite, dévoiler leur jeu d’un coup, quitte à effacer les surprises lors de la prochaine saison. Reste une série qui a définitivement relevé le niveau des adaptations superhéroïques à la télévision. Ce n’était pas gagné d’avance.

Daredevil S02 REVIEW 03

Par Fox Mulder le

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