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Dallas Buyers Club

Compte à rebours

Vers le milieu des années 80, Ron Woodroof, un électricien de Dallas diagnostiqué du VIH montait une opération d’envergure en marge des organismes médicaux américains. Le but était de répandre des médicaments jugés plus efficaces, et surtout moins agressifs que l’AZT distribué dans les hôpitaux (qui envoyait à l’époque plus de mondes six pieds sous terres qu’autre chose). Au-delà du classique face à face entre monsieur tout le monde et une armée de bureaucrates en cols blancs, le nouveau Jean-Marc Vallée soulève un pan important de l’histoire du VIH via le prisme de ce récit vrai, prenant et jamais surfait un seul instant.

L’excessif et profondément charismatique Ron Woodroof est une personnalité intéressante de son époque. Planqué sous les traits du justement choisi Mathew McConaughey, il apparait dans un premier temps comme la caricature parfaite du cow-boy grande-gueule. En bon sac à merde ivre mort dès 9h du mat, et homophobe jusqu’à en crever, il mettra son diagnostic du Sida « la maladie des pédales » sur le compte d’une erreur médicale. Le virus est pourtant bien là, opérant une transformation effarante, physique comme psychique. Le film se fait alors narrateur du périple incroyable d’un mec à qui on avait diagnostiqué plus que 30 jours à vivre. Il tiendra pourtant près de 7ans. En s’appuyant sur un déroulement chronologique indéfectible, le réalisateur (fidèle à son thème de prédilection depuis CRAZY) dépeint avec justesse toutes les étapes du reste de la vie de Woodroof. De sa lourde chute suite à la prise d’AZT, jusqu’à ses périples au Mexique, la découverte de traitements alternatifs, l’ouverture du premier Buyers Club à Dallas, et enfin son combat contre les organismes médicaux. Des labos qui semblent clairement déterminés à laisser leur production sur le marché pour des raisons évidentes (10 000 dollars par ans et par malade), au détriment de l’agressivité avérée sur les patients les plus fragiles.

Le choc reste intact lorsqu’après chaque ellipse, qu’elle soit d’une semaine, d’un mois ou d’un an, on retrouve Woodroof bien vivant, malgré son diagnostic meurtrier livré en début de film. Il change, se transforme, mettant graduellement au placard ses préjugés phobiques en devenant notamment ami avec Rayon, un transsexuel junkie incarné par un Jared Leto juste méconnaissable, bien loin du dernier 30 Seconds to Mars (qui au passage n’aura pas volé son Oscar). Au fil du temps, la grande gueule des débuts se met au service d’une cause, et gagne dans sa voix une assurance palpable. Une vraie rage mue par les nombreux visages de patients qu’il voit tomber comme des mouches. Il ne hurle plus juste pour le plaisir d’ouvrir son claque-merde devant ses collègues de taff agglutinés au fin fond d’un bar miteux. C’est un type hors de lui que l’on voit, sincèrement bouffé par la frustration de perdre les dernières secondes de sa vie dans une guerre où il part d’emblée perdant. Un homme ordinaire embrigadé dans une histoire surréaliste, qui donne à l’écran quelque chose d’assez impressionnant. Ce n’est pas juste le jeu d’acteur sublime, la réalisation au couperet, ni même le côté true story qui fait de Dallas Buyers Club un candidat parfait pour les lauriers. C’est avant tout l’histoire d’un mec sous pression, avec un compte à rebours au dessus de la tête, qui essaye de se démerder pour que lui et ses semblables ne soient pas dans un sac plastique d’ici 30 jours. Au bout du compte, c’est-ce qui s’appelle deux heures bien dépensées.

Dallas Buyers Club - VERDICT

Par Fox Mulder le

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